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  • : OGM : environnement, santé et politique
  • : Actualité et faits scientifiques sur les OGM. Postmodernisme en science.
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Introduction

Le propriétaire de ce site ne dit pas si les OGM c’est bien ou mal, s’il faut en manger ou pas. Il n'est payé ni par Monsanto, ni par Carrefour, ni par Greenpeace... (lire la suite).    

Ses analyses sur les biotechnologies ont été poursuivies sur le cadre idéologique plus large, celui de la postmodernité.

 

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L'auteur

Marcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS et enseignant à l’Université Grenoble-Alpes, ses seules sources de revenus. Ses analyses n'engagent pas ses employeurs.

 

Nouvel ouvrage:

De la déconstruction au wokisme. La science menacée.

Notes pour la Fondapol (téléchargeables)

Glyphosate, le bon grain et l'ivraie

 

Précédent : L'affaire Séralini: l'impasse d'une science militante

Autres ouvragescouv grand public :

OGM, la question politique

 

 

 Les OGM, l'environnement et la santé  

 

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3 décembre 2025 3 03 /12 /décembre /2025 11:11
Le culte de la « biodiversité » se pratique même pour les plantes les plus communes (c’est-à-dire des espèces qui prolifèrent !) et dans les endroits les plus improbables, comme ici aux abords de la rocade sud de Grenoble. Il est significatif que le terme quasi religieux de « respect » soit utilisé, et non « protection » qui ferait davantage apparaitre ici l’inanité de la démarche. Il est à noter que cette bande  herbeuse a disparu depuis la prise de cette photo, lors d'un réaménagement routier de cette zone...

Le culte de la « biodiversité » se pratique même pour les plantes les plus communes (c’est-à-dire des espèces qui prolifèrent !) et dans les endroits les plus improbables, comme ici aux abords de la rocade sud de Grenoble. Il est significatif que le terme quasi religieux de « respect » soit utilisé, et non « protection » qui ferait davantage apparaitre ici l’inanité de la démarche. Il est à noter que cette bande herbeuse a disparu depuis la prise de cette photo, lors d'un réaménagement routier de cette zone...

Le terme « biodiversity » semble avoir été utilisé pour la première fois par Raymond F. Dasmann, un biologiste de la conservation, dans son livre A different kind of country paru en 1968. Il s’agit d’une contraction de diversité biologique. La vraie mise en avant de ce néologisme est due au botaniste Walter G. Rosen qui organisa un congrès sur ce thème, qui eut lieu en 1986 à Washington.

Le terme fut propagé largement les années suivantes pour servir de slogan scientifique, à la fois pour sensibiliser à la perte de cette diversité biologique et pour … obtenir des financements pour la biologie de la conservation.

 

Quand un terme scientifique devient un concept sociétal et un enjeu politique

Le Sommet de la Terre de Rio en 1992 inaugura le succès planétaire du néologisme « biodiversité » et lui permis de faire une entrée fulgurante dans la sphère politique : il devint l’un des thèmes de la bataille culturelle menée par l’écologie politique, qui l’éleva au rang de concept sociétal. Pour le professeur de Droit David Takacs, certains y ont vu l'occasion de changer notre « carte mentale » par rapport à la nature en en faisant un « instrument pour une défense zélée d'une construction sociale particulière de la nature ».

Son vrai sens scientifique (diversité dans la nature, à différents niveaux, voir ci-dessous) est oublié dans l’utilisation médiatique du terme, devenu synonyme de Nature et un élément incontournable du culte panthéiste qui lui est rendu en notre ère postmoderne.

 

Parler de « la » biodiversité » n’a souvent aucun sens

Scientifiquement, l'important dans biodiversité, c'est la diversité ! La diversité des écosystèmes, donc de paysages. Dans les écosystèmes, la diversité d'espèces et de leurs interactions. Et à l'intérieur des espèces, la diversité du patrimoine génétique. Sans oublier « les services rendus » par la biodiversité (pollinisation, fixation de l’azote atmosphérique, du gaz carbonique, épuration des eaux, etc.) : en 1997, Robert Costanza et collègues (Université du Maryland) dans une publication dans Nature l’évaluait à 33 000 milliards de dollars par an.

Biodiversité: de la science au sociétal

Pour identifier si le terme « biodiversité » est utilisé dans un sens scientifique (ou pas…), un petit test est facile à réaliser : relire les phrases contenant le terme en omettant « bio », pour ne conserver que « diversité ». Si la phrase fait encore sens, il est raisonnablement utilisé dans son sens scientifique ; dans le cas contraire il s’agit de son sens sociétal.

 

Vouloir « restaurer la biodiversité » n’a aucun sens

Quelle serait la référence ? Il y a 10 ans, 100 ans, 1000 ans ? C’est tout simplement une construction idéologique (une vision fixiste de la nature, de type Jardin d’Eden). En revanche, on peut tenter d’éviter de nouvelles pertes, ce qui est important, que l’on considère la valeur écologique, patrimoniale, esthétique, ou économique de la nature.

Cependant, il faudra toujours faire des compromis entre les intérêts des humains et la biodiversité. Nous serions ainsi bien inspirés de ne pas dicter notre vision du monde aux pays pauvres, qui aspirent légitimement à l’être moins…

On peut en penser ce que l’on veut, mais il faut reconnaitre que c’est également un choix idéologique que de donner, chez nous, la priorité absolue aux « abeilles » par rapport à la production agricole. Notamment de betteraves sucrières, dont les champs menacent en réalité peu les pollinisateurs, même si le risque d’effet secondaire n’est jamais nul lorsque l’on cherche à protéger les récoltes contre les maladies ou les ravageurs, c’est-à-dire des effets nuisibles de la biodiversité....

 

La diversité des utilisations politiques de la « biodiversité ».

Mettre en avant « la biodiversité » vous situe confortablement dans le Camp du Bien. Ce qui n’incite pas à faire preuve de nuances. Quels que soient les progrès réalisés, notamment en Europe, la biodiversité ne peut être que « menacée », « effondrée », etc., dans la narration dominante. De même, le terme « écosystème » est généralement associé à « fragile » ou « sensible ». L’autoflagellation est aussi une caractéristique de notre ère postmoderne… Sont rarement mentionnés les progrès réalisés : les nombreuses espèces réintroduites, les milieux désormais protégés, la multiplication des normes environnementales (quelquefois idéologiques), etc.

Pour certains scientifiques aussi (nous aurons l’occasion d’y revenir…), les interprétations catastrophistes de leurs études leur fournissent des arguments pour revendiquer de nouveaux financements pour leurs recherches.

La biodiversité n’a cependant pas le même sens lorsqu’elle est vue par les pays riches ou par les pays pauvres. Pour ces derniers, elle est souvent source de maladies et de pertes de récoltes. Pour les premiers, il existe une « crise de la biodiversité », intimement associée dans le récit médiatique à la « crise climatique ». Il faudrait donc s’engager dans une trajectoire soutenable, ce qui n’est pas faux. Cependant, la démarche porte en elle les causes de son échec si elle n’est conçue que comme une nouvelle façon de remettre en cause le « capitalisme », ou dans une version moins radicale « le modèle économique fondé sur la croissance », qui de plus ne serait pas assez vertueux, égalitaire, etc. La première menace pour la biodiversité ne niche-t-elle pas dans les utopies politiques ?

LA NATURE A DEUX VISAGES !

Par Christian LévêqueDirecteur de recherche honoraire de l'IRD, Président honoraire de l’Académie d’Agriculture, membre de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer, spécialiste en écologie aquatique et expert en biodiversité. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont « Le double visage de la biodiversité. La Nature n'est pas un jardin d'Eden » (L’artilleur, 2023).

 

L’homme est certes un être pensant, mais c’est d’abord un être biologique. Et à ce titre il fonctionne comme les autres espèces de vertébrés supérieurs. Pour que la lignée se pérennise, et selon la pyramide des besoins de Maslow, il doit d’abord assurer ses besoins physiologiques (alimentation) et sa sécurité physique (santé, protection contre les prédateurs) avant de considérer son appartenance à un groupe social et sa place dans ce groupe. On rejoint ainsi la notion de santé selon l’OMS (santé physique, mentale, sociale), ce qui est la base du concept de « bien-être humain ». 

Le monde vivant est un monde violent, brutal et sans morale. Chaque espèce pour se nourrir doit tuer d’autres êtres vivants. Le concept de chaine trophique cache en réalité un véritable massacre permanent. La vie se détruit et se recrée en permanence. L’homme des origines était un être sans défense et donc vulnérable en raison de sa faible fécondité. La peur peut être vue positivement comme une réaction de défense face au danger qui entraine l’action. Si Sapiens a survécu alors que d’autres lignées d’hominidés se sont éteintes, c’est peut-être parce que c’était un être peureux qui s’est méfié de la nature et a réussi à éviter les pièges des prédateurs et des nuisances (maladies, risques naturels). La peur de la nature est toujours présente et s’exprime par exemple dans les phobies, mais également dans les peurs invisibles (pollutions, endémies, climat…).

Pour se protéger l’être humain a eu recours aux innovations techniques : il a maitrisé le feu, mis au point des armes et des outils, créé des villages protégés. Sapiens a ainsi aménagé sa « niche » pour se protéger des aléas de la nature (protection contre les crues, réserves d’eau, etc..).

L’homme est aussi un être inquiet face aux incertitudes du futur qui créent un sentiment d’instabilité et donc d’insécurité. Il doit disposer d’un approvisionnement suffisant et permanent pour se nourrir, et la peur de manquer l’a amené à faire évoluer ses pratiques de chasse et de cueillette. L’agriculture a été un moyen d’assurer cette sécurité alimentaire.  La peur de manquer de nourriture est toujours une source d’inquiétude permanente aujourd’hui (cf. l’épisode Covid !).

Le sentiment récurrent d’anxiété a été instrumentalisé de nos jours pour créer des peurs qui seront exploitées médiatiquement : peur des pollutions, des OGM, du nucléaire, du climat, etc.

La nature a deux visages. Tout concorde à dire que ce que nous appelons nature, n’est pas un lieu paradisiaque. Or, dans notre société occidentale, la pastorale écologique met l’accent sur le côté bucolique de la nature, présentée comme un lieu d’équilibre et d’harmonie, en occultant son autre visage. C’est un héritage de la représentation d’une nature créée par Dieu à l’usage des humains qui ne pouvait être, intrinsèquement, que bonne et généreuse. Si elle nous apparait parfois hostile, c’est parce que les humains n’ont pas respecté la parole de Dieu, et que ce dernier les punit. Il faut alors implorer sa clémence par des offrandes et des pénitences. Les 10 plaies d’Egypte sont un exemple de la punition de Dieu. 

La nature n’est ni bonne ni mauvaise, elle est indifférente, mais nous pouvons la percevoir comme généreuse ou hostile (thématique du bien ou mal…) selon les circonstances. Dans la nature on trouve des espèces consommables et des espèces toxiques pour les humains. Ce dernier étant omnivore a été amené à se méfier concernant la toxicité potentielle de ses sources de nourriture.  D’où cette sensibilité particulière aux pollutions et aux OGM qui a été exploitée par les mouvements militants.

Toute l’écologie, scientifique ou politique, repose sur un biais cognitif majeur : la croyance en l’existence d’une nature qui serait belle et ordonnée si les humains ne la détruisaient pas. La pastorale écologique est une ode à une nature bucolique qui a occulté la dualité du ressenti de la nature dans le monde vécu.  Un raisonnement casuistique, va alors faire porter sur l’espèce humaine le poids des nuisances de la nature.  Si nous ressentons des nuisances c’est parce que les activités humaines détruisent les équilibres fondamentaux. Autrement dit le visage sombre de la nature n’est pas considéré comme un donné, une qualité intrinsèque de la nature, mais comme une conséquence, une punition… Il n’est pas étonnant que dans ce contexte l’écologie soit devenue une science chargée de faire le procès de l’espèce humaine. La pensée magique a ré-émergé à propos de l’épisode Covid : la nature se venge des exactions que nous lui faisons subir.

Les aménagements apportés par nos activités modifient les dynamiques spontanées de la nature. Il est un fait que Sapiens aménage sa niche écologique en la sécurisant et pour assurer sa subsistance.  Une nature « vierge » qui sert de référence à des mouvements militants, serait donc incompatible avec la présence des humains. Mais la réalité nous rappelle que cette nature aménagée n’est pas nécessairement vécue comme une dégradation. Nous sommes confrontés au paradoxe que des systèmes aménagés sont labellisés site de protection de la biodiversité (Camargue, lac du Der-Chantecoq, labellisés site Ramsar !). Quant au bocage, ce système agricole emblématique, c’est en réalité un système forestier dégradé ! Ces exemples démontrent combien le discours écologique est inconsistant en matière de protection de la nature. Ils nous montrent aussi que l’avenir n’est pas dans le retour utopique à une nature des origines, mais dans une co-construction de la nature respectant, autant que faire se peut, les besoins de notre espèce et ceux des non humains, dans une démarche en permanence adaptative.

L’accent mis sur l’aspect bucolique de la nature a fait l’objet d’une instrumentalisation particulièrement discutable de la part de certains économistes. La thématique des services fournis par la nature qui consiste à ne considérer que les avantages économiques que nous tirons de la nature sans prendre en compte les couts de la lutte contre les nuisances est un bel exemple de démarche partisane qui tord la réalité. Pour une science écologique qui se prétend systémique et intégrative, une telle démarche, montre combien les biais cognitifs imprègnent les discours actuels de l’écologie.

La thématique de la santé est un domaine particulièrement sensible qui concerne tout un chacun. La fréquentation de la nature a sans aucun doute un effet relaxant pour les citadins stressés. Mais cette nature en Europe est une nature historiquement aménagée par l’agriculture et « sécurisée » par les hygiénistes…, ce n’est pas une nature « vierge » ! C’est pourquoi dire que préserver la nature c’est préserver notre santé est un gossier mensonge qui tend à gommer des millénaires durant lesquels les humains ont été à la merci de la nature. Les grandes endémies du Moyen Age (peste, choléra) ont marqué les esprits ainsi que la grippe espagnole au début du XXème siècle. Les parasites et leurs vecteurs existent dans les milieux dits « vierges » qui se font d’ailleurs rares. Ils n’attendent que l’arrivée des humains… Que des ONG environnementales, à l’exemple du WWF, puissent diffuser de tels messages illustre une fois encore la liberté que ces lobbies - pour qui la protection de la nature passe bien avant la protection des humains - prennent avec la réalité.

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18 avril 2023 2 18 /04 /avril /2023 15:16
En hommage à Klaus Ammann

Klaus Ammann, Professeur Émérite de l’Université de Bern est décédé le 12 avril 2023.

Il a été un grand défenseur des faits scientifiques sur les biotechnologies végétales. Je suis honoré d’avoir mené des combats justes et d'avoir publié avec lui.

 

Autorisez le Riz Doré maintenant !

Decades-old GMO regulation unfit for 21st century. Euractiv. Klaus Ammann and Marcel Kuntz (12 janv. 2016)

Editing EU legislation to fit plant genome editing. EMBO Reports, online Sept. 14th, 2016, Agnès Ricroch, Klaus Ammann, Marcel Kuntz

A Plea for the Renewal of the ISBR. G. Tagliabue, M. Kuntz, H. I. Miller, K. Ammann. Trends in Biotechnol.  Available online 14 November 2017

 

Lire aussi sur le blog d’André Heitz.

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8 novembre 2021 1 08 /11 /novembre /2021 12:27

mise à jour le 18 avril 2023

 

 

 

La société occidentale contemporaine est depuis quelques décennies gagnée par une nouvelle idéologie dominante, que l’on peut nommer le postmodernisme.

Celui-ci a eu, dès les années 60/70, ses théoriciens dont les thèses consistent en un déni des points de vue philosophiques généraux des Lumières, une méfiance envers la raison et le progrès, et par conséquent envers la science et la technologie, et qui rejettent les « méta-récits » (christianisme, marxisme, science, etc.). Le postmodernisme se définit également comme un ensemble de « déconstructions ».

 

Ces « déconstructions » concernent entre autres :

l’Homme des Lumières (encouragé à devenir un être individualiste et consommateur, à l’identité variable qui construira entre autres son « genre »),

la Nation (à laquelle se substituent d’autres « communautés imaginées », comme des groupes réclamant le statut de minorités et/ou d’opprimés),

la démocratie représentative (à laquelle il faudrait préférer une démocratie « participative », aux contours pourtant flous et où règnent des minorités actives),

et enfin, déconstruction de la réalité elle-même par un constructivisme social (tout est « construction sociale ») intimement lié au relativisme (au sens de : tout se vaut).

J’ai eu l’occasion d’analyser le basculement, notamment dans des publications scientifiques en Anglais, que je souhaite résumer ci-dessous.

Un nouvel ouvrage à paraitre, en Français, va expliquer cette déconstruction.

 

L’idéologie postmoderne déclinée en science et technologies

 

Transposée par la chapelle de sociologie postmoderne dite des « Science and Technology Studies » (STS), la même idéologie touche la science, qui ne serait qu’une « construction sociale », une simple opinion d’une « communauté scientifique » partageant des présupposés, qui ne vaut pas plus que toute autre opinion. Relativisme oblige, les militants de l’écologisme et les charlatans doivent être écoutés comme (voire plus que) les scientifiques reconnus.

 

Une conception, en apparence d’« ouverture », devenue hégémonique dans les institutions scientifiques, est à risque d’être captée par des groupes politisés (voir l’affaire de la « mission science citoyenne » confiée naïvement en 2013 par la Direction du CNRS à un chercheur limitant). 

 

En fait de « participation des citoyens », ce seront souvent des activistes qui « participeront ». Cette idéologie est parvenue à s’imposer dans l’évaluation scientifique des risques par exemple. Le but final est de l’imposer partout, y compris en amont dans les laboratoires.

 

Mes publications critiques :

M. Kuntz (2012) The post-modern assault on science. EMBO reports 13: 885-889

M. Kuntz (2013) Why the postmodern attitude towards science should be denounced. EMBO reports 14(2):114-6

M. Kuntz M. (2016). Scientists Should Oppose the Drive of Postmodern Ideology. Trends in Biotechnology, 34 (12), 943 – 945

M. Kuntz(2017) Precaution: Risks of public participation. Science, 355(6325):590

M. Kuntz (2017) Science and postmodernism: from right-thinking to soft-despotism. Trends in Biotechnology, 35(4), 283–285

Pourquoi cette idéologie s’est imposée en Europe

 

Dans la publication suivante, je pars de la constatation qu'après la Seconde Guerre mondiale, l'Europe a voulu, légitimement, prévenir de nouvelles guerres et d'autres atrocités (génocides, totalitarismes). À partir des années 1970, la démarche est devenue idéologique : l'Europe a voulu éviter tout « tragique », et pour ce faire a choisi de renoncer à une ambition de puissance. Dans les années 1980, cette idéologie du « sans tragique » s'est étendue aux risques technologiques et a donné naissance au principe de précaution.

 

Publication

M. Kuntz. Technological Risks (GMO, Gene Editing), What Is the Problem With Europe? A Broader Historical Perspective. Frontiers in Bioengineering and Biotechnology, 2020, 8

 

Ce fut un choix contre-productif : le blocage des biotechnologies des plantes et des OGM diabolisés illustre cette dérive qui s'est étendue aux nouvelles biotechnologies appelées « gene editing ». L'Europe y est largement distancée par les États-Unis, eux-mêmes rattrapés par la Chine. Tenaillés par l’idéologie postmoderne, nos élites politiques et administratives demeurent insensibles à cette perte de puissance et à la vassalisation qui en découle.

 

Publications

Martin-Laffon  J. , M. Kuntz M. , Ricroch A.E. (2019) Worldwide CRISPR patent landscape shows strong geographical biases. Nature Biotech. 37: 613–620

A. Ricroch, J. Martin-Laffon, B. Rault, V. C. Pallares, M. Kuntz. Next biotechnological plants for addressing global challenges: the contribution of transgenesis and New Breeding Techniques. New Biotechnology

 

 

Le facteur-clé : le sentiment de culpabilité occidental

 

La Bien-Pensance contemporaine croit devoir porter sur ses épaules toute la culpabilité de l’Occident. Pour sa rédemption, elle affiche de nouvelles vertus : donner des gages de non-sexisme, de non-racisme, être « inclusif », « éco-responsable », et autres slogans que chacun interprète comme il veut. Il faut signaler sa vertu, même et surtout si l’on n’a, en réalité, commis ni délit, ni crime sur ces sujets.

 

Aux Etats-Unis, en raison de son passé esclavagiste et ségrégationniste, la culpabilité se manifeste souvent au sujet des « races ». Sa dérive fanatique, l’idéologie « woke » et la « cancel culture » pratiquent une chasse aux sorcières dans les universités (des Professeurs sont harcelés voire licenciés lorsqu’ils ont déplu à certaines minorités actives).

 

Les déconstructeurs de la science : de la postmodernité au wokisme

Le meurtre de George Floyd à Minneapolis fut l’événement déclencheur de ce qui était en gestation : la racialisation des discours dans les sciences dites dures. 

 

Publication

A. Bikfalvi, M. Kuntz. International Scholars Must Resist the American Campaign to Inject Racial Tribalism Into Science. Quillette magazine, August 2020

Traduction par Peggy Sastre, publiée par Le Point

 

 

L’idéologie postmoderne déclinée sur le « genre »

 

L’idéologie du genre est portée dans le monde universitaire par une branche de la sociologie postmoderne, les « Gender Studies », cousine en constructivisme (l’identité sexuelle ne serait qu’une construction sociale) des STS (les lois scientifiques ne seraient qu’une construction sociale). Certains utilisent cette notion de « genre » dans une démarche idéologique, en tentant de l’introduire dans tous les aspects du monde universitaire et de la recherche.

 

Comme pour la sous-représentation des Noirs en science, qui porte les accusations de « racisme systémique » aux Etats-Unis (alors que les causes sociaux-économiques sont plus complexes), argument est pris du fait qu’il n’y a pas, dans toutes les disciplines scientifiques et à tous les niveaux hiérarchiques, une stricte parité entre hommes et femmes, pour porter des accusations de « sexisme » (là aussi les causes sont plus complexes). La wokisation en cours de l’Europe considère qu’il est nécessaire d’imposer la parité, par la propagande et la rééducation sociale. 

Publications

M. Kuntz. Sexisme imaginaire, soumission idéologique et coercition dans le monde universitaire.

Causeur, 15 juillet 2021

M. Kuntz. Le wokisme en marche. La chasse aux "violences sexistes et sexuelles" (VSS) est ouverte à l’Université. Atlantico, 16 octobre 2021

 

 

Un marqueur idéologique : la pratique de l’écriture « inclusive »

 

Comme pour les affichages de vertu évoqués ci-dessus, il ne fait pas de doute que, mise à part quelques idéologues, la plupart des personnes pratiquant l’écriture inclusive pensent bien faire. 

 

En réalité, « inclure tout le monde » ne peut se faire par la langue qui en tant que telle n’est ni inclusive ni exclusive : la langue est un outil de l’entendement qui ne relève pas d’une logique quantitative ni d’une représentation sociale. Si elle était généralisée, l’écriture inclusive favoriserait l’atomisation de la langue en autant de communautés fondées sur les séparatismes linguistiques, graphiques et idéologiques, et donc la balkanisation intellectuelle et culturelle de la francophonie. Elle deviendrait en réalité excluante.

 

Publication

M. Kuntz. Théorie du genre et écriture inclusive ont pris le pouvoir au CNRS: le cri d’alarme d’un chercheur. Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires, 18 janvier 2021

 

En résumé

 

L’idéologie postmoderne porte une conception différentialiste (communautariste) qui s’oppose à l’universalisme des Lumières : les Blancs vs. les « racisés », les hommes vs. les femmes, etc. 

En science, elle encourage le relativisme contre la méthode scientifique, et le constructivisme qui peut aller jusqu’à récuser l’existence des faits scientifiques.

Le basculement idéologique de la modernité vers la postmodernité peut se résumer par l’image d’un pendule.

 

Basculement de la modernité vers la postmodernité progressivement depuis la fin des années 60, pour devenir idéologie dominante en Occident depuis les années 90

Basculement de la modernité vers la postmodernité progressivement depuis la fin des années 60, pour devenir idéologie dominante en Occident depuis les années 90

S’étant glissé dans les habits de la démocratie, de l’égalité, de la justice, etc., incorporant aussi « l’écologie », et portée par le système médiatico-politico-culturel dominant, l’idéologie postmoderne a pu dissimuler aux scientifiques, pour mieux les manipuler, les menaces qu’elle présente pour la science.

 

Annexe

Bibliographie sur l’écriture inclusive

Académie Française (Hélène Carrère d’Encausse, Marc Lambron). Lettre ouverte sur l’écriture inclusive. 7 mai 2021

 

Kévin Bossuet. L’écriture inclusive n’a rien à faire au sein de l’école de la République. Le Figaro-Vox, 24 février 2021

 

Sonia Branca-Rosoff. Déconstruire le français commun ? Cités 2021/2 (N° 86), pages 41 à 55.

 

Patrick Charaudeau. La langue n'est pas sexiste, éd. Le bord de l'eau, 2021

 

Yana Grinshpun, Compte rendu de Jean Szlamowicz et Xavier-Laurent Salvador (2018), Le sexe et la langue. Petite grammaire du genre en français où l’on étudie écriture inclusive, féminisation, et autres stratégies militantes de la bien-pensance. Suivi d’Archéologie et étymologie du genre. Revue Information Grammaticale, 29 octobre 2019

 

Yana Grinshpun. Du côté de la langue : que masquent les nouvelles théories inclusives ? in Le langage et ses distorsions, éd. Qs ? novembre 2020

 

Yana Grinshpun, Jean Szlamowicz (Dir.) Le genre grammatical et l’écriture inclusive en français : entre grammaire et discours social. Revue Observables n°1, 2021

 

Yana Grinshpun, Jean Giot, François Rastier, Xavier-Laurent Salvador, Jean Szlamowicz. « Feu vert à l’écriture inclusive ? » – Lettre-réponse à Julien Bayou. Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires, 14 septembre 2021

 

Adrien Louis. Balance ta langue! De l’épuration des mœurs par l’écriture inclusive. La Croix, 28 mars 2018

 

Adrien Louis. Écriture inclusive: «Le sacrifice d’une parole libre au profit d’une pensée surveillée». Le Figaro-Vox, 14 mai 2021

 

Danièle Manesse. Les grands écarts de l’écriture inclusive. Entre l’amour de la langue et l’amour de moi, moi, moi. Cités 2021/2 (N° 86), pages 71 à 86.

 

Jean-Claude Milner. Ils ont honte de leur langue natale. Propos recueillis par Isabelle Barbéris, Franck Neveu. Cités 2021/2 (N° 86), pages 129 à 140.

 

Franck Neveu. La langue, la loi, l’ordre. Cités 2021/2 (N° 86), pages 13 à 29.

 

François Rastier. Écriture inclusive et exclusion de la culture. Cités 2020/2 (N° 82), pages 137 à 148. 

 

François Rastier. De la dérégulation à l’invention d’une translangue. Revue Observables n°1, 2021

 

Jean Szlamowicz. L’inclusivisme est un fondamentalisme. Texto ! Textes et cultures, vol. XXV, n°1-2 (2020)

 

SOS Éducation, note sur l’écriture « inclusive ». Ecriture « inclusive ». Pourquoi représente-t-elle un danger pour un accès égalitaire à la langue écrite ? Comment l’écriture inclusive pervertit la fonction de la langue, outil par excellence à la disposition de tous.

 

Yves-Charles Zarka. Écriture inclusive: une tyrannie imposée à la langue française. Le Figaro-Vox, 28 mai 2021

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3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 17:26

Tout le monde s’accorde sur le constat, les questions dites « sociétales » sont « clivantes ». Pour quelles raisons ? S’agit-il de luttes entre « réactionnaires » et « progressistes » ? Entre traditionalisme et modernisme ? En réalité la question doit être posée autrement, comme un choix de civilisation.

 

La société occidentale contemporaine, pour son malheur, est depuis quelques décennies la proie d’une tentative de « décivilisation ». Il convient de la penser comme postmoderne, c’est-à-dire à la fois anti-moderne et anti-tradition. Le postmodernisme s’est constitué un corpus théorique (citons l’ouvrage « la condition postmoderne » de Jean-François Lyotard en 1979) et est devenue progressivement idéologie dominante.

 

Celle-ci se définit comme un ensemble de « déconstructions »: l’Homme des Lumières (dissous dans un être individualiste et consommateur, à l’identité variable qui construira entre autres son « genre »), la Nation (à laquelle se substituent d’autres « communautés imaginées », comme les réseaux « sociaux » ou les rassemblements victimaires), la démocratie représentative (remplacée par une démocratie « participative », aux contours flous et où règnent des minorités actives) et enfin, déconstruction de la réalité elle-même par un constructivisme s’enivrant de « représentations du monde » en forme de discours.

 

Cette postmodernité rejette les  valeurs universelles de la philosophie des Lumières – car portées par l’Occident – et propage une doctrine cosmopolite qui voit l’identité nationale comme un particularisme offensant pour l’Autre. La vision postmoderne confond l’ouverture aux autres cultures (une valeur des Lumières) et l’exaltation de la « diversité », aboutissant à la haine de soi. Ainsi, la lutte légitime pour les droits civiques de minorités ethniques est devenue antiracisme idéologique, le soutien à la décolonisation s’est transformé en tiers-mondisme aveugle, la condamnation de la persécution des homosexuels s’est muée en glorification des postures identitaires liées à des pratiques sexuelles (qui devraient rester) privées.

 

Une certaine Bien-Pensance croit devoir porter sur ses épaules toute la culpabilité de l’Occident. Ce « Sanglot de l’Homme Blanc » - cette « Identité Malheureuse »  - est devenu la pensée hégémonique du camp du Bien. Le temps qui passe n’y fait rien : il s’agit de montrer, encore et toujours, sa solidarité avec les victimes classées en catégories, comme les « Afro-américains », les femmes, etc.). La rédemption de l’être postmoderne passe par la reconnaissance et l’accueil sans conditions de l’Autre, non dans son individuation (selon des valeurs chrétiennes, comme l’amour du Prochain), mais comme un ensemble de communautés idéalisées et condamnées à se vivre au travers des fautes commises à leur encontre.

 

Le postmodernisme est hermétique à la critique, car il déconstruit la notion de Vérité (y compris en science). Il ne veut ni la connaitre, ni même la nommer (ce serait « stigmatiser » une communauté !). Il a transmuté la passion égalitariste en relativisme généralisé : tout se vaut !  Il accepte de ce fait la domination de l’Opinion, même ignorante, sous des formes péremptoires : soit sous pseudonyme sur les réseaux « sociaux », soit au contraire de manière égocentrée chez les amuseurs publics des plateaux de télévision.

 

A l’Ecole, l’idéologie postmoderne a supprimé la référence mythique à « nos ancêtres les Gaulois », symbole d’un récit national, et donc honni. Le  prétexte étant que cette référence ne correspondait pas à la filiation génétique des Français - « issus de la diversité » - et qu’elle risquerait de heurter cette « diversité » alors qu’il convient de la fêter comme telle. Elle a fait disparaître le beau titre d’Instituteur (et ses significations profondes) et elle prône désormais la « co-construction » de l’enseignement entre le Maître (devenu « communauté éducative ») et l’Elève (devenu « apprenant » !). Il serait bon de méditer ces délires « sémantiques » car ils accompagnent d’autres délires, cette fois « pédagogiques ».

 

La même menace touche la science, qui ne serait qu’une « construction sociale », une simple opinion d’une « communauté scientifique » partageant des présupposés, qui ne vaut pas plus que toute autre opinion. Relativisme oblige, les militants de l’écologisme et les charlatans doivent être écoutés comme (voire plus que) les scientifiques reconnus. Revêtant habilement les habits de la démocratie, une perversion démocratiste exige que la science devienne « citoyenne » ! L’imposture intellectuelle « sociologisante » devient hégémonique dans nos institutions scientifiques.

 

La pensée postmoderne incarne son pessimisme dans la Précaution érigée en Principe, et son nihilisme dans le rejet de toute foi dans l’Homme et le Progrès, dans l’abandon de la quête ouverte et généreuse du Vrai, du Bien, du Beau.

L’idéologie postmoderne n’est pas qu'un « Suicide Français », c’est un suicide de civilisation.

 

Cet article a été publié le 30 avril 2015 par Le Figaro sous le titre "Le syndrome de la postmodernité, une maladie de l’Occident"

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 08:40

Ce blog existe car aujourd’hui, en 2020, il est toujours nécessaire de défendre la science contre ses ennemis. Ce terme est utilisé sciemment : il ne s’agit plus, autour de la science et des technologies, d’un débat civilisé où chacun présente courtoisement ses arguments. Il s’agit pour certains d’imposer une vision unique, la leur, et d’utiliser tous les moyens pour faire taire les autres, y compris par l’intimidation.

Qui sont-ils ? Ceux qui promeuvent des fake news :

-quelles qu’elles soient, sur des questions pour lesquelles des réponses scientifiques existent (non pas que la science sait tout, mais elle sait quand même un certain nombre de choses).

-d’où qu’elles viennent, y compris de journalistes-militants… notamment au service de l’écologie politique la plus radicalisée.

 

J’ai ainsi théorisé le concept de "science" parallèle.

Si elle a été mise en œuvre, c’est vrai, au départ par les industriels du tabac, elle est aujourd’hui produite à un niveau industriel par les franchisés de l’écologie politique radicalisée.

La question des OGM a permis d’identifier ce phénomène.

Ce blog héberge ainsi 270 lettres d’informations scientifiques (gratuites)  sur les OGM (depuis 2004). Qui n’ont bénéficié d’aucune subvention.

 

Le problème est en réalité plus grave. Si la "science" parallèle est personnifiée par quelques alterscientiques, très médiatisés, dont les fausses allégations ont été démontrées comme telles, elle touche aujourd’hui plus largement certains domaines scientifiques et j’ai ainsi employé le terme d’une science malade du militantisme et de l’idéologie (chacun a bien sûr, en tant que citoyen, le droit de militer, mais ici il s’agit d’une contradiction éthique fondamentale avec la déontologie scientifique).

Le problème de la sociologie non-scientifique

Le militantisme qui s’en prend à la science (souvent par une haine viscérale et obsessionnelle de l’entreprise privée) a de plus bénéficié du corpus théorique fourni par une chapelle de "sociologues", celle du postmodernisme, qui a entrepris de déconstruire la notion même de Vérité, ou la Raison, en contribuant à créer une confusion intellectuelle suicidaire au sein des sociétés occidentales (il ne s'agit pas de prétendre que la science détient LA Vérité, mais l'excès inverse, "tout se vaut", n'est pas une voie d'avenir).

Défendre la science et la raison, ce n'est donc pas défendre sa propre boutique, ni "les industriels" (si ceux-ci mentaient autant que les militants de l'écologie radicale, ce blog les critiquerait aussi), c'est défendre un certaine conception de la démocratie.

 

Qui n'est pas celle où des propagandistes de ladite écologie, du haut de leur donjon intouchable d'un journal de "référence", adeptes du "journalisme" d'insinuation, déversent à jet continu un militantisme à sens unique et malveillant.

Défendre la science et la raison, c'est aussi s'opposer à l'extension du domaine de la culpabilisation.

C'est plus précisément sur ce dernier domaine que je continuerai à m'exprimer, ne me laissant bien sûr pas intimider, bien au contraire...

Lire aussi: La République a toujours besoin de savants

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25 octobre 2018 4 25 /10 /octobre /2018 17:53

L’idéologie postmoderne (certains dirons post-soixante-huitarde), dominante chez les « élites » occidentales mondialisés (celle des « anywhere », par opposition aux « somewhere », comme analysé par David Goodhart dans son livre The road to somewhere), se définit comme un ensemble de « déconstructions »:

les Lumières, la science (qui ne serait qu’une opinion parmi d’autres), la réalité (remplacée par un relativisme généralisé), etc. Cette idéologie postmoderne a pris le pouvoir dans les institutions scientifiques, soumis au « politiquement correct » sous l’influence d’une « sociologisation » à outrance, via des chapelles devenues hégémoniques, comme la « sociologie des sciences » ou celle des « gender studies ».

Bien au-delà des sciences, cette idéologie tente de déconstruire la démocratie représentative (remplacée par une pseudo-démocratie « participative ») et bien sûr la nation (à laquelle les « somewhere », cette « France du bas », aurait le tort d’être attaché).

Cette postmodernité propage une doctrine cosmopolite qui voit l’identité nationale comme un particularisme offensant pour l’Autre. Sur le thème de la Nation (donc aussi de la République), cette « sociologie » a ceci de particulier qu’elle refuse obstinément de voir ce qu’il y a à voir…, de peur de « stigmatiser », tout à son obsession de « lutter contre les discriminations ».

Elle tente de théoriser la non-assimilation des nouveaux arrivants dans un pays et prône « une construction identitaire spécifique, fondée sur la valorisation des différences culturelles, linguistiques et religieuses. » Autrement dit, le multiculturalisme qui confond l’ouverture aux autres cultures (une valeur des Lumières) avec l’exaltation de la « diversité ».

Le penser-faux de la « sociologie » postmoderne

Prenons l’exemple du Canada : un opus récent d’une sociologue vante son caractère « Unis par la diversité ». Symptomatique de l’incapacité à voir ce qu’il y a à voir, un média bien-pensant canadien choisit pour une interview de l’auteur de l’illustrer par une photo qui résume (involontairement) les conséquences de la non-assimilation (les barbus devant, les femmes voilées au fond !). Dans son zèle diversitariste, au nom d’« accommodements raisonnables »,  l’idéologie postmoderne n’hésite pas à abandonner, pour certaines « communautés », une valeur civilisationnelle comme l’égalité homme-femme !

Ne pas abandonner sa propre civilisation

Comme il faut reconquérir les « territoires perdus » de la République  française - qui s’est paralysée à cause de l’idéologie postmoderne - il faut aussi reconquérir la place de la science dans la société. Alors qu'il y a encore peu, les institutions scientifiques défendaient l'idée que la société a tout intérêt à écouter les scientifiques, aujourd'hui les scientifiques devraient « s'aligner » sur des « valeurs » en vogue dans la société.

Déclinée par la sociologie des sciences, l’idéologie postmoderne affirme que la science n’est qu’une «construction sociale », celle d’une « communauté » partageant les mêmes présupposés. Relativisme oblige, tout autre discours « communautaire » possède la même valeur que celui des scientifiques reconnus.

Les conséquences d’une science en proie au conformisme postmoderne sont également un enjeu de civilisation.

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6 février 2018 2 06 /02 /février /2018 15:12
N’attaquez pas les agences scientifiques dans un but politique

L'érosion de la confiance dans les agences de régulation n'améliorera pas la responsabilité démocratique, prévient Bernhard Url, Directeur exécutif de l'Autorité européenne de sécurité des aliments.

 

Tribune publiée par la revue Nature, le 24 janvier 2018, sous le titre "Don’t attack science agencies for political gain"

https://www.nature.com/articles/d41586-018-01071-9

Le travail de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) consiste à évaluer ce qui pourrait rendre les aliments dangereux. C'est une tache suffisamment dure. C'est encore plus difficile lorsque l'agence est au centre d'un débat public qui va bien au-delà de la science.

C'est le cas des édulcorants artificiels, des organismes génétiquement modifiés (OGM) et du glyphosate, l'herbicide le plus utilisé au monde. Lorsque des questions sur les valeurs d'une société sont transmises à des agences scientifiques plutôt qu'à des élus, l'évaluation scientifique en souffre.

 

La controverse sur le glyphosate a commencé il y a deux ans et demi, lorsque l'EFSA et des experts désignés par les membres de l'Union européenne ont conclu que le produit était peu susceptible d'être cancérigène. Fin 2017, la Commission européenne a renouvelé une licence autorisant la vente de l'herbicide. La conclusion de l'EFSA contredisait celle du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui avait classé le produit chimique comme étant «probablement cancérigène» quelques mois plus tôt, en apportant sa propre part de controverse.

 

Le fait que les agences aient abouti à des conclusions différentes n'est pas surprenant: chacune d'entre elles a pris en compte différents corps de preuves scientifiques et de méthodologies. D'autres évaluations indépendantes - menées par l'Agence européenne des produits chimiques et les organismes de réglementation des États-Unis, du Canada, du Japon et de l'Australie - étaient en accord avec l'EFSA. Un organe d'experts sur les résidus de pesticides a également été créé par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture et l'Organisation mondiale de la santé.

 

Même ainsi, la divergence entre la conclusion de l'EFSA et celle du CIRC a été débattue par les législateurs de Bruxelles à Berlin et au-delà. Des traces de résidus de glyphosate dans la bière allemande ou les pâtes italiennes ont été signalées, mais les quantités observées de résidus d'herbicides ne présentent des risques que si une personne consomme environ 1 000 litres de bière ou le poids de son corps dans des pâtes sèches par jour.

 

Pourquoi une telle frénésie? Les agences qui estiment que les produits réglementés présentent un faible risque sont souvent accusées d'être sous l’influence indue de l'industrie. Nous, à l'EFSA, pensons que certains militants ne sont pas disposés à accepter les preuves que certaines substances réglementées sont sûres, et vantent de faibles études scientifiques alléguant le contraire. Les mêmes groupes ont applaudi l'EFSA pour des examens sur d'autres pesticides, tels que les néonicotinoïdes, jugés dangereux.

 

Il nous semble que certains militants contestent les évaluations scientifiques de la sécurité alimentaire dans un but politique. Leurs arguments méritent d'être exposés - mais ils sont du ressort des décideurs politiques.

 

Au cours des deux dernières années, l'EFSA a fait l'objet de multiples allégations au cours de son évaluation du glyphosate. Le plus pernicieux de ceux-ci est que l'agence aurait violé la bonne pratique scientifique en plagiant l'information de l'industrie. Il est vrai que le document en question, le Rapport d'évaluation du renouvellement produit par les autorités allemandes, comprend une section résumant la littérature toxicologique publiée qui contient du texte compilé par un comité d'une vingtaine de sociétés, dont le fabricant original de glyphosate, Monsanto. Mais il s'agit d'une pratique courante, et les groupes d'examen par les pairs de l'EFSA ont examiné de manière critique cet apport.

La partie du rapport présenté comme étant copiée de l'industrie met également en évidence des préoccupations au sujet des produits qui contiennent du glyphosate. En fait, elle a été utilisée pour étayer une recommandation de l'EFSA en novembre 2015 visant à évaluer plus avant la sécurité des produits phytopharmaceutiques contenant du glyphosate. Cette partie a été mise à la disposition du public pour commentaire en 2014, mais les plaintes au sujet de textes copiés ne sont arrivées que fin 2017, après que d'autres plaintes ont été soulevées concernant l'influence possible de Monsanto sur la littérature scientifique publiée.

 

Ainsi, lorsque les militants allèguent que l'EFSA n'a pas respecté le processus scientifique lors de l'évaluation du glyphosate, nous pensons qu'ils s'opposent en fait à d’autres problèmatiques: le rôle des pratiques agricoles modernes et des multinationales biotechnologiques dans notre approvisionnement alimentaire.

 

Une discussion sociétale plus large sur ces questions est essentielle, mais elle ne sera pas réalisée en faisant appel à la science réglementaire. C'est le rôle des politiciens de représenter les valeurs, les besoins et les attentes de leurs électeurs à travers des processus démocratiques. Cela ne relève pas de la responsabilité d'organisations telles que l'EFSA, qui ont été créées pour conseiller les décideurs politiques de l'UE sur des questions scientifiques.

 

Trois changements aideraient les représentants élus et les organismes de réglementation à faire leur propre travail. Premièrement, les questions sur les valeurs sociétales devraient être élaborées en amont et en dehors du travail scientifique. L'UE doit se doter d'un cadre juridique et réglementaire pour la production alimentaire qui rende compte de l'opinion des citoyens sur l'agriculture intensive, l'utilisation des pesticides, les organismes génétiquement modifiés et autres biotechnologies, et l'importance de la biodiversité. Cela fournira un forum pour un débat ouvert et honnête.

Deuxièmement, des directives réglementaires et juridiques devraient être élaborées pour régir la manière dont les organismes de réglementation interagissent avec l'industrie et gérer la transparence des données qu'ils utilisent.

 

Enfin, les politiciens doivent décider s'ils veulent que l'évaluation des risques des produits réglementés, comme le glyphosate et les additifs alimentaires, continue d'être fondée sur des études de sûreté commandées et payées par l'industrie, comme cela a été le cas depuis des décennies. Si c'est le cas, les politiciens doivent avoir le courage de soutenir les organismes de réglementation chargés de mettre en œuvre ces règles. Sinon, ils doivent trouver du financement pour ces études ailleurs. Ce n'est qu'une fois que ces mesures auront été prises que les organismes de réglementation seront à l'abri d'allégations de partialité lorsque leurs conclusions scientifiques sont en contradiction avec l'agenda politique d'un groupe d'intérêt ou un autre.

 

(traduction M. Kuntz)

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26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 10:46

Le 21 février 2017 a été discutée et adoptée à l'Assemblée Nationale une "Résolution sur les sciences et le progrès dans la République", à l'initiative de M. Bernard Accoyer (LR) et M. Jean-Yves Le Déaut (PS), une proposition également déposée par Mme Dominique Orliac pour le PRG.

 

Ce texte part du constat "que la France, héritière d’une longue tradition scientifique, rationaliste et de la philosophie des Lumières, a toujours incarné le progrès et la science au service de l’humanité". Il constate "que l’expertise scientifique n’est plus assez prise en compte dans les processus de la décision politique". Et conclut par une invitation au "Gouvernement à donner plus d’importance aux études et rapports de l’OPECST dans l’élaboration et le suivi des politiques qui impliquent la science ou ses applications".

 

Ce  texte a été voté par les trois groupes qui l'ont déposé. On notera tout d'abord, à un moment où les médias découvrent le concept de "post-vérité", que ce vote n'a pas retenu l'attention desdits médias... Il est vrai qu'ils réduisent ce concept au Brexit et à Trump, sans voir qu'il s'impose depuis des années aux faits scientifiques et techniques sous la pression de l'écologie politique et d'une certaine caste de sociologues prétentieux.

 

On lira également avec intérêt la discussion général commune qui a précédé le vote. M. André Chassaigne (PCF) y déclare qu' "il n’est pas possible d’occulter les douloureuses expériences du XXe siècle, qui nourrissent encore aujourd’hui la suspicion quant aux vertus du progrès scientifique et technologique – même si chacun peut, bien évidemment, en mesurer aussi les bienfaits". Il ne s'agit pas là d'une critique, qui serait justifiée, d'une pensée de l'émancipation issue des Lumières devenue folle (l'exemple le plus meurtrier ayant été le communisme...). Non, la suite nous éclaire : "les découvertes scientifiques peuvent être mises au service d’une soif de destruction, de projets insensés menaçant directement l’avenir de l’humanité", et M. Chassaigne de pointer "Hiroshima".

 

Au-delà de cette Résolution, nous pouvons donc penser qu'il ne suffira pas de donner plus d'importance à l'OPECST. Un problème est, et restera pour quelque temps encore, le déni de réalité d'une partie importante du spectre des mouvements politiques dits "républicains". Les programmes de nombre de candidats à la fonction de Président de la République en attestent...

 

La déconstruction postmoderne des Lumières en est un autre. Il est indispensable de déconstruire les déconstructeurs et leur lot de culpabilisation ("Hiroshima", mais aussi le colonialisme, l'esclavagisme, etc.), de repentance et autre bien-pensance. Malheureusement, et là nous revenons au déni de réalité, une Résolution parlementaire appelant à voir ce que l'on voit (Péguy), ce qui est pourtant indispensable si la France ne veut pas glisser vers le déclin et peut-être la guerre civile, ne pourrait aujourd'hui faire l'objet d'un consensus aussi large que celui obtenu par la présente Résolution sur les sciences et le progrès dans la République.

Amis "progressistes", encore un effort !

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14 décembre 2016 3 14 /12 /décembre /2016 13:40

Certains ont déploré le peu de place consacrée à l’environnement dans les débats récents en vue de l’élection présidentielle. Les bases existent pourtant pour une réflexion dont les termes ne seraient pas imposés par ceux qui ont monopolisé « l’écologie » au profit d’une idéologie - qui envisage de nous rendre tous plus pauvres - ou de leur carrière… « Il faut agir », tel est le leitmotiv du dernier livre de Maud Fontenoy qui décline sa définition d’une politique de l’environnement réconciliée avec l’économie et la science.

 

 « Il va falloir croire en la science et investir !»

Maud Fontenoy propose une écologie « positive », plutôt qu’accumuler taxes, normes et interdictions.  Autrement dit : « Moins se focaliser sur ce qu’il ne faut pas faire et plus sur ce qu’il faut faire ». « Produire plus et mieux » c’est développer une économie où le déchet de l’un est la matière première de l’autre. Bien sûr « la science ne réglera pas tous les problèmes du monde, mais une politique niant ou déformant la connaissance scientifique conduit immanquablement à des désastres ». « Contrôler, oui, c’est indispensable, mais interdire sans raison est effarant ». Le décor est donc planté !

 

Plaire à tout le monde n’est pas au programme

Si l’auteur égratigne au passage les politiciens qui n’ont jamais exercé d’autres métiers, elle rappelle aussi que la majorité d’entre eux valent mieux que la caricature qui en est souvent faite. Si elle est entrée en politique elle-même, ce n’est manifestement pas pour faire plaisir à tous : elle constate l’inefficacité de l’administration et a compris « que l’on ne faisait pas changer d’avis un journaliste » (qui a déjà des idées très arrêtées avant une interview)…

 

L’écologie « positive » passe aussi par l’éducation et Maud Fontenoy convoque Condorcet pour évoquer les progrès de l’esprit humain (et nous en avons effectivement besoin !), tout en déplorant un système éducatif aujourd’hui sous-performant et inégalitaire. « L’école aussi doit pouvoir innover » !

 

« Cent propositions pour une écologie ajustée à l’Homme »

Le livre se veut néanmoins « un message  d’apaisement, d’ouverture d’esprit et d’action » et avance cent propositions. La première revendique de « sortir du principe de précaution pour entrer dans un monde reposant sur le principe de responsabilité ». Le dernier concept mériterait d’être explicité (d’autant plus que ce « principe » a déjà été théorisé par Hans Jonas, le père de « l’heuristique de la peur » et donc des marchands du même nom !). Comment va-t-il s’articuler avec un « principe d’innovation » décrit récemment par l’European Political Strategy Centre de la Commission européenne ? On le voit, le débat doit se poursuivre, mais ce livre a le mérite de poser des jalons pour « associer développement, croissance et maîtrise de notre impact sur l’environnement ».

 

« Des tempêtes, j’en ai vu d’autres », tel est le titre de l’ouvrage et la philosophie de son auteur. Il lui faudra effectivement du courage pour affronter les vents contraires qui ne manqueront pas de se lever devant la réalisation de son programme. Mais, nous le savons, du courage Maud Fontenoy n’en manque pas. Les récits d’aventure maritimes (qui alternent dans son livre avec sa vision de l’écologie) sont là pour nous le rappeler. Hissez haut !

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26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 21:27

Une civilisation qui ne croit à rien en fin de compte se soumettra à tout.

 

Au dernier décompte, les membres de l'Union européenne ont dépensé plus de 200 milliards de $ par an pour la défense, ont utilisé plus de 2.000 avions de combat et 500 navires de guerre, et emploie environ 1,4 million de militaires. Plus d'un million de policiers arpentent aussi à pied les rues d'Europe. Pourtant, en face d'une menace islamiste le continent semble impuissant. Est-ce le cas ?

La France était-elle impuissante en mai 1940 ?

Spécifions qu’un camion fonçant le long d’une promenade de bord de mer n’est pas une division Panzer, et que quelques milliers de combattants de l’Etat islamique dispersés de Mossoul à Marseille ne sont pas une autre Wehrmacht. Mais comme en France en 1940, l'Europe d'aujourd'hui affiche la même combinaison de rigidité doctrinale et perte de volonté qui a conduit une armée alliée de 144 divisions à être surpassée par les Allemands en six semaines. La ligne Maginot des «valeurs européennes» ne prévaudra pas sur des gens qui ne reconnaissent aucune de ces valeurs.

 

Le Premier ministre français Manuel Valls a clairement reconnu, après l’attaque de Nice, que "la France va devoir vivre avec le terrorisme." Cela peut avoir été conçu comme un état de fait, mais il sonne comme l’aveu que son gouvernement n’est pas prêt de rallier le public à une campagne de sang, de labeur, des larmes et de sueur contre l’Etat islamique - une autre capitulation prématurée dans un pays qui en a connu auparavant.

 

M. Valls a ensuite été hué à un service commémoratif pour les victimes de Nice. Il serait réconfortant de penser que c'était parce que lui et son patron, le président François Hollande, ont échoué à forger une stratégie pour détruire l’Etat islamique. Mais l'objection du public était qu'il n'y avait pas assez de policiers le long de la Promenade des Anglais pour arrêter l'attaque. En termes footballistique, la plainte concerne le reproche concerne l'échec de la défense, et non pas l'absence d’une bonne attaque.

 

Ensuite, il y a l'Allemagne, le site de trois attaques terroristes en une semaine. Cela semble presque d’une autre époque lorsque les Allemands ont souhaité la bienvenue à un million de migrants du Moyen-Orient dans une sorte d’extase d’autocongratulation morale, menée par le chant d'Angela Merkel du "Nous pouvons le faire!" Le slogan de l'été dernier sonne maintenant aussi daté et creux que le « Yes we can ! » de Barack Obama.


Maintenant, l'Allemagne devra faire face à une menace terroriste à coté de laquelle la bande à Baader des années 1970 semble insignifiante. L'Etat allemand est plus fort et plus intelligent que sa version française, mais il succombe aussi plus à l'intimidation morale. L'idée de l'auto-préservation nationale à tout prix sera toujours discutable dans un pays qui cherche à expier un péché inexpiable.

 

D’où la question de savoir si l'Europe est impuissante. À sa crête des années 1980, sous François Mitterrand et Helmut Kohl, le projet européen a combiné la force économique allemande et la confiance des Français dans une politique de puissance. Aujourd'hui, il mêle la faiblesse politique française avec le solipsisme moral allemand. Cela est la recette d’un déclin civilisationnel rapide, et peu importe combien de ressources économiques ou militaires l'UE peut avoir à sa disposition.

Ce déclin peut-il être arrêté? Oui, mais cela nécessiterait un grande désapprentissage des mythologies politiques sur lesquelles l'Europe moderne a été construite.

 

Parmi ces mythologies: que l'Union européenne est le résultat d'un engagement moral d'après-guerre pour la paix; que le christianisme à une importance purement historique pour l'identité européenne; qu'il n’existe pas de solution militaire; que son pays ne mérite pas que l’on se batte pour lui; que l'honneur est atavique alors que la tolérance est la valeur suprême. Les gens qui ne croient en rien, y compris en eux-mêmes, en fin de compte se soumettent à tout.

L'alternative est une reconnaissance du fait que la longue paix en Europe dépendait de la présence de la puissance militaire américaine, et que le retrait de ce pouvoir implique que les Européens devront se défendre eux-mêmes. L'Europe devra également comprendre comment appliquer sa puissance non pas symboliquement, comme il le fait maintenant, mais stratégiquement, dans la poursuite d’objectifs difficiles. Cela pourrait commencer par la destruction de l’Etat islamique en Libye.

 

Plus important encore, les Européens devront apprendre que l'impuissance peut être aussi corruptrice que la puissance, et beaucoup plus dangereuse. La tempête de la terreur qui descend sur l'Europe ne prendra pas fin dans grâce à de nouvelles politiques d'inclusion, de sensibilisation communautaire, d’aide étrangère ou des initiatives diplomatiques de Mme Merkel. Elle prendra fin dans des rivières de sang. Le leur ou le nôtre ?

Dans tout cela, le meilleur guide pour savoir comment l'Europe peut trouver son chemin vers la sécurité est le pays qu’elle a sermonné et vilipendé pendant les 50 dernières années : Israël. Pour l'instant, il est le seul pays en Occident qui refuse de risquer la sécurité de ses citoyens sur la vision des autres des droits de l'homme ou sur l'autel de la paix.

Les Européens chercheront sans doute du côté d’Israël des conseils tactiques dans la lutte le terrorisme - techniques de gestion des foules, etc. -  mais ce qu'ils ont vraiment besoin d'apprendre de l'Etat juif est la leçon morale. A savoir, que l'identité peut être une grande préservatrice de la liberté, et que les sociétés libres ne peut pas survivre à travers des accommodements progressifs avec des barbares.

 

Bret Stephens (traduction MK), The Wall Street Journal

 

Lire aussi mes articles

"Penser le réel après les attentats : en finir avec l’idéologie relativiste postmoderne",
publié après le 13 novembre 2015,

et celui publié en avril 2015 dans Le Figaro sous le titre "Le syndrome de la postmodernité, une maladie de l’Occident"

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