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Le propriétaire de ce site ne dit pas si les OGM c’est bien ou mal, s’il faut en manger ou pas. Il n'est payé ni par Monsanto, ni par Carrefour, ni par Greenpeace... (lire la suite).    ENGLISH VERSION uk-flag                                                    

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L'auteur

couvMarcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS dans le laboratoire de Physiologie Cellulaire Végétale et enseignant à l’Université Grenoble-Alpes, ses seules sources de revenus.

Dernier ouvrage grand public :

OGM, la question politique

 

 

Ouvrage précédent: Les OGM, l'environnement et la santé  

 

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28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 11:12

La participation de non-professionnels à des projets scientifiques n’est pas nouvelle. A titre d’exemple, des botanistes amateurs peuvent connaitre les plantes aussi bien, voire mieux, que les professionnels. Pendant des siècles, la classification des plantes, la collecte de graines, etc. ont existé sans s’habiller du terme « participatif ».

Bien sûr, on peut énumérer les raisons pour que les scientifiques se fassent aider par des citoyens, et argumenter que seraient en baisse la confiance du grand public envers « la science », l’attrait des jeunes pour les disciplines scientifiques, et plus généralement pour la culture scientifique. Admettons que cela appelle des rencontres nouvelles entre scientifiques et non-scientifiques.

 

Pas d’inquiétude donc au sujet de la promotion d’une « science participative » ?

Ne soyons pas naïfs ! Toute adjectivation de la science répond à des objectifs de pouvoir politique. Rappelons la « science prolétarienne » en opposition à la « science bourgeoise », la « physique aryenne » en opposition à la « physique juive » (Einstein).

 

Derrière le terme « sciences participatives », il faut distinguer les démarches qui visent à plus de science de celles qui veulent une autre science.

Le problème est, ici, que la ruse des secondes est de se mêler aux premières - qui servent de cautions. Les associations de malades sont ainsi souvent instrumentalisées, dans des colloques par exemple, comme étant exemplaires de la science participative. Qui peut être contre le rapprochement de la médecine et des malades ? Les deux parties ont chacune intérêt à plus de science, même s’il peut y avoir des divergences de vues.

Derrière ces cautions, d’autres veulent au contraire une autre science, comme ils rêvent d’un « autre monde ». Dans ce cas, le concept de  sciences « participatives » n’est pas éloigné de celui de sciences « citoyennes ». Il s’agit de contrôler l’activité scientifique afin que la science ne produise pas des technologies qui n’ont pas l’heur de plaire à une certaine vision du monde.

 

Une déclinaison de la démocratie participative

Le terme de « sciences participatives » fait parfois écho à celui de « démocratie participative ». Cette dernière est probablement souhaitable si elle est synonyme de démocratie locale.  Cependant, les dangers de la « démocratie participative » ont été soulignés lorsqu’elle se fonde sur les peurs ou lorsqu’elle est monopolisée par groupes d’intérêt qui disent parler au nom des citoyens.

Il en va de même lorsque la science participative est justifiée par de prétendues lacunes du savoir scientifique pour appréhender les « incertitudes » (souvent politiquement construites) au sujet des nouvelles technologies honnies par certains.

 

Les « sciences participatives » dans l’idéologie postmoderne

L’idéologie postmoderne comprend un ensemble de déconstructions qui incluent celle des valeurs des Lumières. Elle n’ouvre pas seulement la porte à toutes sortes de charlatanisme,  elle promeut un relativisme au cœur même de l’activité scientifique.

Nous basculons ici des illusions scientistes d’un Progrès inéluctable par la Science vers un excès inverse : une science qui ne serait qu’une opinion comme une autre, qui produirait plus de mal que de bien, et qui par conséquent doit être maintenue sous contrôle « citoyen », c'est-à-dire captive.

 

La science captive a ses théoriciens au sein des Institutions scientifiques

La « coproduction de savoir » entre scientifiques et « parties prenantes » ou « profanes » (pour reprendre la novlangue du postmodernisme sociologisant ; voir un glossaire) améliorerait la conception des expérimentations scientifiques. Le fiasco de l’essai de sociologie postmoderne appliquée de l’INRA-Colmar montre qu’il s’agit d’une illusion.

L’évaluation scientifique des risques est l’une des cibles favorites des « déconstructeurs » qui souhaitent la relativiser, la sociologiser et la politiser (souvent en abolissant, par glissement sémantique, la différence entre l'évaluation scientifique des risques et leur gestion ; la seconde étant bien du ressort du « politique »).

Cette idéologie, hégémonique dans les institutions scientifiques dès qu’il est question de « controverse », ne dissimule plus ses ambitions de mainmise sur la science.

 

En résumé

Lorsqu’elle crée ou instrumentalise des peurs ou des émotions, la science « participative » - ou « démocratie technique » ou « citoyenneté scientifique » (quel que soit le vocable dont on l’habille) - a un objectif partisan. Sous couvert de science comme « tache collective » ou comme l’ « affaire de tous », il s’agit de mettre en cause l’autonomie et l’indépendance de la science.

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Published by Marcel Kuntz - dans Ethique
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