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  • : OGM : environnement, santé et politique
  • : Actualité et faits scientifiques sur les OGM. Postmodernisme en science.
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Introduction

Le propriétaire de ce site ne dit pas si les OGM c’est bien ou mal, s’il faut en manger ou pas. Il n'est payé ni par Monsanto, ni par Carrefour, ni par Greenpeace... (lire la suite).    

Ses analyses sur les biotechnologies ont été poursuivies sur le cadre idéologique plus large, celui de la postmodernité.

 

ENGLISH VERSION uk-flag                                                    

 

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L'auteur

Marcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS et enseignant à l’Université Grenoble-Alpes, ses seules sources de revenus. Ses analyses n'engagent pas ses employeurs.

 

Nouvel ouvrage:

De la déconstruction au wokisme. La science menacée.

Notes pour la Fondapol (téléchargeables)

Glyphosate, le bon grain et l'ivraie

 

Précédent : L'affaire Séralini: l'impasse d'une science militante

Autres ouvragescouv grand public :

OGM, la question politique

 

 

 Les OGM, l'environnement et la santé  

 

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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 19:59

Original version by Mark Lynas, GMO safety debate is over

Traduction par Yoann Kerbrat

 

Le débat sur les OGM est terminé – à nouveau. La semaine dernière, la prestigieuse Académie Nationale des Sciences, de l’Ingénierie et de la Médecine (États-Unis) a publié le rapport le plus ambitieux jamais produit par la communauté scientifique sur les plantes et aliments génétiquement modifiés (GM). La conclusion est formelle : après l’examen de centaines de publications scientifiques sur le sujet, des heures de visionnage de témoignages d’activistes et la prise en compte de centaines de commentaires du grand public, les scientifiques ont écrit qu’ils n’ont « pas trouvé de preuve étayée que la nourriture produite à partir de plantes génétiquement modifiées était moins sûre que la nourriture produite à partir de plantes non génétiquement modifiées ».

 

La méthode de l’Académie Nationale a été à la fois étonnamment inclusive et explicitement consensuelle. Comme précisé dans la préface de leur rapport, les scientifiques ont « pris en compte tous les commentaires » – aussi absurdes soient-ils – comme des « défis constructifs » et les ont considérés attentivement. De ce fait, le comité d’experts a écouté avec patience l’adepte de la lévitation yogique devenu militant anti-OGM Jeffrey Smith en lui donnant généreusement un créneau de 20 minutes lui permettant d’affirmer comme à son habitude que la nourriture génétiquement modifiée était responsable d’environ tous les maux modernes imaginables. Greenpeace aussi a offert son témoignage. De même que Gilles-Eric Séralini, le professeur Français qui a subi l’ultime indignité scientifique de voir son papier, proclamant que les OGM induisaient des tumeurs chez les rats, rétracté en 2013.

 

Chacune de ces affirmations ont été examinées les unes après les autres. Est-ce que la nourriture GM provoque des cancers ? Non – les changements d’incidence de cancers au cours du temps sont « en général similaires » entre les États-Unis, où les aliments GM sont partout, et le Royaume-Uni, où ils sont pratiquement inconnus. Qu’en est-il des maladies du rein ? Les taux aux États-Unis sont stables depuis un quart de siècle. Obésité et diabète ? Il n’y a « pas de preuve publiée pour soutenir cette hypothèse » ou de lien entre ces maladies et la nourriture GM. Maladie cœliaque ? « Pas de différence majeure » entre les États-Unis et le Royaume-Uni, encore une fois. Allergies ? « Le comité n’a pas trouvé de relation entre la consommation de nourriture GM et l‘augmentation de la prévalence des allergies alimentaires ». Autisme ? De même, les comparaisons États-Unis et Royaume-Uni « ne valident pas l’hypothèse de l’existence d’un lien».

 

Dans un monde rationnel, toute personne effrayée par les OGM à propos des effets sur la santé devrait lire le rapport, pousser un immense soupir de soulagement puis commencer à chercher des explications fondées sur des preuves plus étayées (science-based) afin d’expliquer les tendances inquiétantes de problèmes de santé tels que le diabète, l’autisme et les allergies alimentaires. Mais les associations psychologiques développées depuis plusieurs années sont difficile à briser. Un sondage réalisé par Pew Center Poll en 2015 a montré que seulement 37% du public pense que la nourriture GM est sans danger, comparé à 88% des scientifiques, soit un écart plus important que toute autre controverse, y compris celles sur le changement climatique, la théorie de l’évolution et la vaccination des enfants en bas âges. Ces attitudes profondément ancrées ne sont pas prêtes de disparaître – particulièrement depuis qu’elles sont continuellement renforcées par un lobby anti-OGM qui se fait beaucoup entendre et qui est bien financé.

 

Il y a également une influence de la politique. La loi sur l’étiquetage obligatoire des produits OGM au Vermont, dont on prévoit qu’elle plonge les producteurs et détaillants alimentaires américains dans le chaos lors de son entrée en vigueur le 1er juillet prochain, repose sur l’hypothèse explicite que la nourriture GM pourrait être dangereuse. « Il y a un manque de consensus concernant la validité des recherches et de la science autour de la question de la sécurité de la nourriture génétiquement modifiée » énonce la loi dans son préambule. En effet, cette nourriture « présente potentiellement des risques pour la santé [et] la sécurité ». Est-ce que la législation du Vermont va changer sa loi maintenant qu’il est clair qu’elle se tient du mauvais côté d’un très solide consensus scientifique ? Bien sûr que non.

 

Le rapport de l’Académie Nationale devrait être une lecture particulièrement inconfortable pour le mouvement environnementaliste, dont beaucoup de leaders présentent désormais toutes les caractéristiques  d’un profond déni de la science sur le sujet. Une porte-parole des Amis de la Terre a discrédité le rapport en le qualifiant de « trompeur » avant même de l’avoir lu. Le site internet de ce groupe prétend que de « nombreuses études » démontrent que la nourriture GM peut poser des « risques sérieux » pour la santé humaine. Un autre groupe environnementaliste, Food & Water Watch, a publié un article de réfutation accusant de façon conspirationniste l’Académie Nationale d’avoir des liens secrets avec Monsanto, avant de réaffirmer « qu’il n’y a pas de consensus, et qu’il existe encore un débat très animé au sein de la communauté scientifique… à propos de la sécurité et des mérites de cette technologie ».

 

Mais en dépit de ces dénégations bruyantes, la vérité est qu’il n’y a pas plus de débat concernant la sécurité des cultures GM que sur la réalité du changement climatique, dont le consensus scientifique est défendu par ces mêmes groupes. Et l’ironie de l’histoire va même plus loin : nombre de stratégies employées pour diaboliser les OGM sont héritières des stratégies des climato-sceptiques. Il y a la même promotion de l’existence de faux « non-consensus scientifiques » par des groupes d’experts autoproclamés. Plus de 300 « scientifiques et juristes» ont signé une pétition affirmant qu’il n’y a « pas de consensus sur la sécurité des OGM » l’année dernière, nous rappelle Greenpeace. Cela peut paraître beaucoup, jusqu’à que vous le compariez avec les 30 000 « scientifiques américains » qui auraient signé une pétition affirmant qu’il n’y a pas « de preuve scientifique solide » liant le CO2 au changement climatique, que Greenpeace (à juste titre selon moi) ignore.

 

Il reste cependant de la place pour d’authentiques contestations. Le rapport de l’Académie Nationale est zélé quand il s’agit de pointer du doigt certaines des difficultés et conséquences des OGM. L’utilisation massive de culture GM est en effet selon le rapport responsable de l’évolution croissante de résistances, à la fois chez les mauvaises herbes et chez les insectes. De plus la domination de la technologie par l’industrie peut restreindre l’accès des semences GM aux petits agriculteurs dans les pays les plus pauvres. L’étiquetage obligatoire des OGM pourrait être un bon moyen de redonner confiance au publique dans un système de production alimentaire plus transparent.

 

Mais ces vrais points de débats ne remettent pas en cause la qualité des aliments. Ce problème est définitivement réglé. Soyons donc clair encore une fois : le débat est fini. Si vous vaccinez vos enfants et croyez que le changement climatique est vrai, vous devez arrêter d’avoir peur de la nourriture génétiquement modifiée.

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 16:54
Repenser la règlementation sur les OGM de zéro

European GMO regulation needs to be rethought from scratch

My article in The Parliament Magazine

 

 

VERSION FR

La réglementation européenne sur les OGM doit être repensée de zéro

Pour citer la Commission européenne, « Cette législation spécifique [sur les OGM] poursuit deux principaux objectifs :

-protéger la santé humaine et l'environnement,

-et assurer la libre circulation de produits génétiquement modifiés sûrs dans l'Union européenne ».

Beaucoup, y compris moi-même, ont montré que toutes les données scientifiques crédibles confirment que les OGM autorisés sont en effet sûrs pour la santé et l’environnement. Cependant, une défaillance majeure de la réglementation actuelle est qu'elle a quasiment tué la biotechnologie agricole en Europe.

 

La raison: même si l'amélioration des plantes peut créer diverses variétés, la réglementation a créé un objet juridique unique appelé «OGM», facile à diaboliser sans avoir à préciser quelle est l’utilisation de cet objet que l’on conteste. Tout se vaut, mais personne ne sait vraiment ce qu'est un OGM !

 

Quelle que soit la classification réglementaire des nouvelles technologies de sélection des plantes (NBT, new plant breeding techniques), si elle repose sur l'interprétation sémantique de la définition des OGM conformément à la directive actuelle, la même cause produira les mêmes effets. Si considérées comme un «OGM», les NBT sont tuées à bout portant. Si exemptées, elles seront vilipendées comme étant des «OGM cachés» et tuées à petit feu.

 

Les agrobiotechnologies ne sont pas un mode de production agricole. Elles sont un moyen d'accroître la biodiversité des caractères génétiques. Ce qui est important est ce qui est fait avec un produit, et non la façon dont le produit a été obtenu. La seule approche raisonnable serait un règlement basé sur le produit. À savoir, tous les nouveaux caractères, indépendamment de la façon dont ils ont été obtenus, s’ils appartiennent à la même classe technique, ils devraient être soumis au même examen technique. L'évaluation des risques doit être effectuée d'une manière rigoureusement scientifique, proportionnellement aux risques réels, en évitant les surcharges idéologiques comme cela est le cas actuellement.

 

La biotechnologie a un besoin urgent d'être reconsidérée dans la réalité et nécessite une exfiltration des luttes politiques. Les scientifiques (y compris ceux de l’EFSA) doivent être protégés contre l'intimidation, les intrusions dans les laboratoires, le vandalisme d'expériences et la violence contre des personnes, comme cela a trop été le cas.

 

Repenser la règlementation sur les OGM de zéro

Read also on Euractiv:

Decades-old GMO regulation unfit for 21st century, by K. Ammann & M. Kuntz:

Version française
 

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14 novembre 2015 6 14 /11 /novembre /2015 18:45

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La colère est mauvaise conseillère. L’émotion aussi. L’aveuglement idéologique ne l’est pas moins : face aux attentats du 13 novembre 2015, deux voies extrêmes sont à éviter.

Celle du repli national illustré par le discours de Marine Le Pen, à la connotation volontairement « présidentialisable », tout en conservant ses obsessions du bouc émissaire européen et de la fermeture tous azimuts.

A l’autre extrême, Anne Hidalgo, la maire de Paris, face aux événements chante l’hymne de la Gauche postmoderne : la « diversité » et le « vivre-ensemble ».

 

L’idéologie nationaliste veut expulser l’Autre pour protéger la Nation et son identité, tandis qu’une idéologie cosmopolite voit l’identité nationale comme un particularisme offensant pour l’Autre qu’il faut accueillir sans conditions. La première profite des errements de la seconde devenue la pensée dominante du camp du Bien depuis des décennies.

 

Aucun de ces discours n’aborde la question centrale posée par une longue liste d’attentats : pourquoi des enfants passés par l’ « Ecole de la République », laïque, se construisent-ils une identité à l’opposé des valeurs proclamées par cette école ? N’est-ce pas parce que cette école et la bien-pensance médiatique ont trahi ces valeurs pour une idéologie postmoderne déconstructrice de l’Etat-Nation au profit de « communautés imaginées » ?

 

Il faudra plus que le discours d’Hidalgo sur « ce Paris populaire, ouvert, heureux de partager les cultures du monde parce que c'est un Paris fort de sa diversité » pour imaginer une nouvelle politique. A défaut, le retour du nationalisme est inéluctable, malheureusement.

 

Sur l'idéologie postmoderne, lire : "Déconstruire les déconstructeurs".

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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 10:54

Récemment, la société Syngenta a fait part à la Commission  européenne de plusieurs erreurs découvertes dans la séquence d’ADN initialement annoncées pour des plantes génétiquement modifiées qu’elle commercialise. L’occasion pour les opposants de monter au créneau. Quelques explications s’imposent.

 

Le support chimique de l’information génétique, l’ADN, est constitué de 4 « lettres » dont l’enchainement dans un « mot » (gène) dicte à la cellule vivante quelle protéine synthétiser. Les plantes génétiquement modifiées (PGM) ont généralement un ou deux gènes additionnels qui leur confèrent une caractéristique particulière. L’évaluation scientifique des risques avant autorisation de mise sur le marché impose de « séquencer » l’ADN ajouté, c’est dire déterminer l’ordre des 4 lettres tout au long de cet ADN.

 

Dans le cas du maïs portant le caractère MIR604 (permettant de combattre un insecte ravageur, la chrysomèle), la société Syngenta s’est aperçu en re-séquençant récemment cet ADN qu’il y avait une erreur dans la séquence communiquée en 2004 dans le cadre de la procédure d’évaluation des risques. Syngenta en a informé la Commission européenne qui a demandé l’avis de son Autorité de Sécurité Sanitaire des Aliments, l’EFSA. Celle-ci a rendu publiques ses conclusions le 8 octobre 2015 : cette erreur, qui concerne l’identité d’une seule lettre sur les 2100 « séquencées », n’est pas de nature à changer son avis sur la biosécurité du MIR604. En effet, cette lettre est localisée en dehors du « mot » proprement dit, le gène codant qui n’est donc pas modifié et par conséquent la protéine synthétisée non plus. L’EFSA a également examiné la possibilité qu’un « mot » supplémentaire se forme en incluant cette lettre, et qu’il conduise à la production d’une protéine allergénique. Hypothèse hautement improbable, mais que l’EFSA a examinée en concluant par la négative.

 

Il faut souligner que l’évaluation d’une PGM porte sur divers paramètres mesurés chez la plante, et non uniquement sur la séquence du gène ajouté. Celle du MIR604 a inclus également une étude toxicologique après alimentation de rats (voir toute l’évaluation). On peut donc dire que, dans le dossier MIR604, Syngenta a commis une erreur évitable, signalée dès qu’elle a été identifiée, sans conséquence en termes de biosécurité.

 

Ce n’est évidemment pas l’opinion des anti-OGM. Le journaliste du journal le Monde, Stéphane Foucart, situe cet évènement « à la suite de l’affaire Volkswagen » et fustige les « procédures européennes d’évaluation des risques technologiques ». L’occasion était trop belle pour les marchands de peur : « l’affaire jette une lumière inquiétante sur le sérieux des contrôles européens des OGM ». Rappelons que les évaluations des PGM imposées par la réglementation n’ont jamais révélé de problème de biosécurité depuis environ 20 ans. Il n’y a aucune « faille dans l’homologation » des OGM, mais plutôt une faille dans le raisonnement qui impose une telle réglementation pour  ce qui n’est, en réalité,  qu’une inoffensive plante cultivée.

 

Note : L’EFSA a également examiné le cas du maïs GA21 pour lequel Syngenta a signalé plusieurs erreurs dans les informations concernant l’ADN ajouté, ce qui confirme un manque de rigueur de l’entreprise à l’époque où ces structures de gènes ont été analysées. L'EFSA ne conclut pas à un problème de biosécurité.

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9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 19:43

 

                                                                                                               Mis à jour le 25 août 2015

        Les destructions d’expérimentations de champ d’OGM ont été initiées en France en 1997 (un essai de Monsanto). Dès 1999, la recherche publique fut attaquée elle-aussi. Des essais de deux équipes de l’INRA, en collaboration avec le CETIOM, réalisés à Gaudiès (Ariège) ont été détruits le 2 juin 1999 et le 13 avril 2000.

Ces expérimentations au champ étaient destinées à évaluer les possibilités de croisements entre le colza et la ravenelle, une espèce sauvage apparentée. Au total j’ai pu répertorier environ 80 actes de destructions contre des expérimentations de la recherche publique en Europe. La plupart examinaient des questions utiles pour l’évaluation de risques (voir OGM, la question politique, PUG, 2014).

Dans un certain nombre de cas, d’autres dommages à des propriétés, des menaces ou des violences contre des personnes ont été constatés. Aucune destruction n’a pu être empêchée par des tentatives de dialogue engagées par les chercheurs.

 

Une composante anti-science

Ces destructions ne se sont pas limitées à des essais en champ. Le 5 juin 1999, un groupe emmené par José Bové pénétrait par effraction dans une serre du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), où furent détruits des cultures de riz et des ordinateurs. Selon les anti-OGM, cette action « visait à dénoncer les dérives de la recherche publique française en matière d’OGM ». Les affiches collées par les assaillants étaient explicites : « Démasquons les chercheurs. Vidons les laboratoires »…

Le Cirad a aujourd’hui abandonné ses recherches en matière d’OGM. Le 13 juillet 2013, l’INRA a du détruire le dernier essai au champ d’OGM en France, en l’occurrence des peupliers, faute de prolongation de l’autorisation par le gouvernement.

 

Plus d’essais au champ, voici les intrusions dans les laboratoires

En France, une nouvelle phase vers un contrôle de la recherche publique sur les OGM par des groupes politisés s’est ouverte le 23 mai 2011 : des activistes ont investi le Centre INRA d’Angers (Beaucouzé) pour s’opposer à des expérimentations en milieu confiné de poiriers transgéniques résistants au feu bactérien. Cette intrusion était qualifiée, dans la phraséologie anti-OGM, d’« inspection citoyenne ».

Le 25 juin 2014 une nouvelle intrusion a eu lieu dans un laboratoire de l’ENS de Lyon associé à l’INRA pour s’opposer au projet Genius. Ce projet de recherche porte sur «  la technologie des nucléases [qui] permet désormais des modifications du génome végétal d’une très grande précision».

Le 2 octobre 2014 une intrusion a eu lieu à l’INRA d’Avignon, toujours en opposition au projet Genius.

Le 17 août 2015 une intrusion a eu lieu à l'INRA de Colmar contre un projet de vigne pourtant abandonné suite à des destructions en 2009 et 2010.

 

Après 15 ans d’attaques, toujours aucune stratégie opérationnelle pour s’y opposer

Sur le site du projet Genius on peut lire que « des avancées récentes en transgénèse proposent maintenant des réponses à certaines craintes citoyennes ». Peut-on réellement penser qu’une avancée technique va dissiper les « craintes ». N’est-ce pas ignorer que ces peurs ont été politiquement construites et qu’il n’est pas question pour les opposants de les laisser s’éteindre.

Lors de l’intrusion à Angers, la réaction de l’INRA a été d’organiser des « débats ». Le premier a impliqué une chercheuse responsable du projet face à un scientifique anti-OGM notoire qui a rodé son discours militant depuis une vingtaine d’années. Dès le second débat les lobbies de l’écologie politique invités étaient en surnombre. Lors des trois débats le logo du « collectif nos campagnes sans OGM » (qui soutient les destructeurs d'expérimentations) figurait à côté de celui de l’INRA ! Peut-on réellement croire qu’une telle approche relativiste, pour ne pas dire de capitulation en rase campagne, va avoir d’autres effets que celui d’encourager les opposants à s’en prendre à d’autres cibles. VIDEO

Les débats sur les OGM ont déjà eu lieu, notamment sous l’égide de parlementaires entre 1998 et 2005, qui ont auditionné toutes les parties intéressées. L’INRA, sous la houlette de sociologues postmodernes, s’est essayé entre 2005 et 2010 à un projet participatif pour son essai de vigne à Colmar : je ne reviendrai pas sur ce coûteux fiasco, déjà évoqué.

 

Quel sens peut avoir, pour la recherche publique, de débattre avec des militants politiques dont le but réel est de mettre des bâtons dans les roues de l’économie, en sabotant les innovations techniques ? Les chercheurs vont-ils négocier avec eux la « sortie du capitalisme » ?

 

Syndrome de Stockholm ?

Victime de violences, d’intimidations, de marchés de dupes (Colmar par exemple) : la recherche publique est prise en otage par des manœuvriers politiques.

Prise d’otages et situation hautement stressante (les chercheurs ne sont pas formés à de tels affrontements sans scrupule) peuvent donner lieu au syndrome dit de Stockholm, un aménagement psychologique qui voient les victimes se solidariser avec leurs agresseurs, et même s’identifier à eux.

Exagération ? Que chacun en juge : en 2013 l’INRA de la Région PACA a accepté la proposition d’un lobby de l’écologie politique (Fondation Sciences Citoyennes, FSC) d’un « partenariat » sensé amener les chercheurs à réfléchir sur « leur responsabilité sociale et environnementale » (une convention a même été signée).

Ironie de l’histoire, à quelques jours de l’intrusion à Avignon a eu lieu un Café des Sciences « Citoyen » dans la même ville, afin de présenter un dispositif de « partenariat Institutions-Citoyens pour la recherche et l’innovation » (PICRI). Son annonce porte le logo de FSC et de l’INRA. Dans son Comité d’organisation cohabite (entre autres) le Président du Centre de Recherche INRA-PACA et un militant de FSC, pétitionnaire habituel du lobby écologiste et soutien d’« Appel public à la solidarité financière avec les faucheurs volontaires »…

 

A voir la détérioration, année après année, de la situation de la recherche publique (il est vrai que les deux derniers gouvernements y ont fortement contribué), ne serait-il pas temps d’envisager une véritable stratégie de résistance face à une idéologie liberticide, plutôt que d’illusoires tactiques d’évitement ?

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 09:44

Les victimes de l'attentat perpétré contre Charlie Hebdo :
Charb, Mustapha Ourrad, Cabu, Ahmed Merabet, Tignous, Wolinski, Honoré, Bernard Maris, Michel Renaud, Franck Brinsolaro, Frédéric Boisseau, et Elsa Cayat

Je ne partageais pas leur vision du monde. Ils étaient plus bêtes et méchants que drôles (sauf Wolinski que j'aimais bien). Mais aujourd'hui, je suis Charlie !

Ce n'est pas la liberté d'expression qui a été attaquée, mais une civilisation.

 

La solidarité:

du CNRS

http://www.cnrs.fr/

De l'Université Grenoble 1

https://www.ujf-grenoble.fr/actualites/2015-01-08/charlie-hebdo-liberte-attaquee

De l'INRA

http://institut.inra.fr/Reperes/Temps-forts/7-janvier-2015-Charlie-Hebdo-Deuil-national

The International Humanist and Ethical Union

IHEU statement on Charlie Hebdo attack

 

freedom of speech

juif-charliedrapeau francais

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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 13:43

English version here (Greenpeace crying censorship? Please…)

 

Par Max Miller (trad. MK)


Une querelle au sujet d’une censure a éclaté entre Greenpeace et le gouvernement indien après que Ben Hargreaves, un représentant de Greenpeace, a été bloqué par des fonctionnaires de l'immigration à l'aéroport de Delhi et renvoyé au Royaume-Uni en dépit d'un visa en cours de validité. 

 

L'expulsion de Hargreaves fait suite à l'interdiction par le gouvernement indien en juin des transferts de dons de Greenpeace International à Greenpeace Inde. Cela est survenu après la fuite d’un rapport des services de renseignement indiens considérant Greenpeace comme «une menace pour la sécurité économique nationale», en estimant que ses campagnes de protestations contre les centrales nucléaires et au charbon auraient été à l'origine d'une réduction annuelle du PIB de l'Inde jusqu’à trois pour cent. 

 

Les responsables de Greenpeace sont furieux de ce qu'ils appellent une «répression systématique» de leurs activités en Inde. Samit Aich, directeur exécutif de Greenpeace Inde, a déclaré au Guardian : «Nous avons vu depuis quelques mois un clair mouvement visant à saboter le travail de Greenpeace en Inde par divers moyens ».

 

Alors que les actions du gouvernement sur les groupes qui sont en désaccord avec lui devraient être une préoccupation pour tous ceux qui chérissent la liberté d'expression, Greenpeace n’est pas le mieux placé pour se plaindre à ce sujet. Il a longtemps été connu pour son allergie au débat et sa propension à réduire au silence et à discréditer ses propres critiques plutôt que d'engager le dialogue avec eux. En février 2014, Greenpeace a lancé une pétition demandant au Premier ministre britannique David Cameron d’évincer son alors ministre de l'Environnement Owen Paterson, parce qu'il a questionné certaines allégations sur le changement climatique. En juillet, Greenpeace a été l'une des huit ONG, qui ont appelé le président élu de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à supprimer le rôle de conseiller scientifique en chef du président de la commission parce que le titulaire, Anne Glover, était un partisan des cultures génétiquement modifiées. 

 

Il est difficile de ne pas avoir quelque sympathie pour la position du gouvernement indien sur Greenpeace. Non seulement l'ONG s’évertue à contrecarrer le progrès industriel qui pourrait contribuer à sortir l’Inde de la pauvreté, mais elle reste aussi une institution non élue qui exerce pourtant une grande influence dans les affaires mondiales. Néanmoins, la censure n'est jamais la réponse à des problèmes politiques. Et c'est une leçon que Greenpeace, ainsi que le gouvernement indien, devraient apprendre.

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Lire aussi : Sauvez les baleines, oubliez les enfants

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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 18:40

uk-flag“Parallel science” of NGO advocacy groups: How post-modernism encourages pseudo-science.

Published by Genetic Literacy Project

 

drapeau francais

Les écologistes politiques aiment la science ... quand elle confirme leur point de vue.

Quand elle les contredit, plutôt que de changer d’opinion, ils préfèrent changer de science. Ils ont ainsi créé une « science » parallèle. Celle-ci ne doit pas être confondue avec les pseudo-sciences (astrologie, fausses médecines, paranormal, ufologie, etc.). Les pseudo-sciences peuvent nuire aux croyants naïfs; la « science » parallèle nuit à la démocratie. Elle est une composante d'un projet politique prédéterminée, pour le bénéfice exclusif des vues idéologiques d'une minorité. La « science » parallèle à une apparence scientifique, mais elle diffère de la science car ses conclusions précèdent l’expérimentation.

La « science » parallèle a été créée pour supplanter les scientifiques, en particulier dans l'évaluation des risques, par des « experts » (souvent autoproclamés) soutenant le  projet politique. Cette « science » parallèle se cache derrière des termes positifs, comme « science citoyenne » ou « indépendante » ou «  lanceurs d’alerte », et procède à des attaques personnelles afin de discréditer les scientifiques traditionnels qui sont accusés d'avoir des « conflits d'intérêts » et des liens avec l'industrie.
Afin de propager davantage la méfiance vis-à-vis de l'évaluation scientifique des risques, la « science » parallèle créé des amalgames avec des problèmes antérieurs de santé ou des dommages à l'environnement, mais n’évoque jamais à la façon dont la science a résolu les problèmes.

Un véritable obstacle pour la compréhension publique de la science
L'écologie politique a recours à la stratégie de la « science » parallèle sur des thèmes variés. Des exemples en France sont les « Centres de recherche et d'information indépendantes » (CRII), avec des organisations distinctes axées sur l'énergie nucléaire (CRIIRAD), les ondes électromagnétiques (CRIIREM) et bien sûr les OGM (CRIIGEN). Ce dernier vient de republier son papier controversé et rétracté qui a essayé, mais en vain, d'établir un lien entre un maïs GM tolérant un herbicide (glyphosate) et cet herbicide et l’apparition de tumeurs chez des rats.

La « science » parallèle n'est pas un phénomène marginal. Elle a ses publications hétérodoxes fortement médiatisées (par exemple l'étude du CRIIGEN sur des rats), organise des « conférences » qui invitent les scientifiques activistes (par exemple, les « conférences » GMLS), possède des « instituts de recherche » (qui mélange « science » parallèle ", idéologie et activité économique, par exemple le GenØk en Norvège) et même des revues « scientifiques ». La « science » parallèle aime constituer des réseaux de « scientifiques indépendants » travaillant pour le « bien public » (par exemple le réseau européen de scientifiques pour la responsabilité sociale et environnementale, ENSSER). La « science »  parallèle a d'énormes moyens financiers et domine Internet.

Controverses sans fin
Les points de vue critique des OGM (et d’autres technologies) ne sont pas toujours fondées sur des faits, mais souvent sur un choix personnel. Le problème n'est pas là. Le problème apparaît lorsque des allégations qui se sont révélées erronées sont maintenues en vie comme si elles étaient vraies. Car la « science » parallèle est imperméable à la critique par le reste de la communauté scientifique (deux lignes parallèles ne se rencontrent jamais). Alors que les scientifiques orthodoxes veulent principalement convaincre les autres scientifiques et examinent toutes les données empiriques, les scientifiques parallèles veulent attirer l'attention des médias et présentent les données qu’ils ont sélectionnées (le "cherry-picking"). Par conséquent, la « science » parallèle montrera des rats avec des tumeurs qui auraient été causées par un OGM ou un pesticide, mais omettra de montrer des images de rats témoins qui ont également des tumeurs similaires.

Dérive postmoderne
Pourquoi la « science » parallèle n’est-elle pas discréditée et pourquoi est-elle représentée de manière non critique par les médias ? La réponse se trouve en partie dans la domination actuelle d'une idéologie relativiste. Le danger d'une telle approche postmoderne de la science est qu'elle considère tous les points de vue comme également valables et hisse la valeur de vues « indépendantes » (en fait idéologiques) au même niveau que les études scientifiques.
Les approches multidisciplinaires (qui sont nécessaires dans la science) sont souvent confondues avec l'expression pluraliste des opinions (qui sont nécessaires à la démocratie). Mais la science n'est pas une question de démocratie; la science consiste  en l'application d'une méthode. Ce qui est une question de démocratie est le partage des connaissances scientifiques et la capacité d'exclure les produits frelatés de toutes sortes. Cela ne veut pas dire qu'un public « éduqué » acceptera nécessairement toutes les technologies. Mais sans éducation, la liberté de choix ne pourra certainement pas exister.
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Bruit de fond contreproductif de fausses allégations
Il ressort clairement de l'expérience de la querelle des OGM que la « science »  parallèle créée par les opposants n'a pas bénéficié au public. Elle a seulement conduit à la propagation de craintes infondées. Par conséquent, lorsque la « science » parallèle s'autoproclame comme un contrepoids au pouvoir des entreprises, cela devrait, au mieux, être considéré comme un tour de passe-passe politique.
Critiquer l'écologie politique et sa « science » parallèle ne signifie pas rejeter les préoccupations existantes, mais il est important de souligner que certaines organisations créent ces « préoccupations » grâce à leur capacité exceptionnelle à manipuler les médias et Internet.
Cela détourne des ressources pour l'évaluation scientifique des risques, pour les actions des pouvoirs publics et l'attention des médias des véritables menaces vers de faux problèmes.

 

   Mon dernier ouvrage aux Presses Universitaires de Grenoble

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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 12:52

BoveCantatmai2014

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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 08:59

Graines et produits dérivés de plantes génétiquement modifiées sont importés massivement en Europe et en France. Les cargos arrivent en provenance des Amériques et livrent chaque année plus de 40 millions de tonnes de maïs et de soja sous forme de graines ou de tourteaux, dont 10 % à destination de la France. Sans ce soja, source de protéines pour notre élevage, adieu veaux, vaches, cochons, couvées…

En toute logique, si ces importations sont autorisées, c’est que les produits en question sont considérés comme aptes à être consommés. Et pourtant ces mêmes produits sont interdits à la culture en France ou, plus exactement, il existe un consensus politique pour interdire la culture de maïs transgénique en France qui culmine avec la mise en place d’un moratoire en 2008. La dernière étape de ce feuilleton étant le vote de l’Assemblée nationale du 15 avril demandant l’interdiction de la culture du MON 810.


CHERCHEZ L'ERREUR

Rappelons tout d’abord qu’aucune démonstration, statistiquement solide, tirée de la littérature scientifique, ne vient à l’appui de la toxicité de variétés de maïs, issues de MON 810, sur rats ou souris de laboratoire. En toute logique, si ces OGM sont consommables mais pas cultivables, c’est que leur culture devrait entraîner des risques particulièrement élevés sur l’environnement mais pas sur la santé des consommateurs.

Examinons cette proposition au travers des tribulations du seul OGM cultivé actuellement en Europe (environ 100 000 hectares dans cinq pays de l’Union européenne). Ce maïs MON 810 produit une protéine, issue de Bacillus thuringiensis, qui permet de lutter spécifiquement contre les ravageurs que sont les chenilles de papillons (sésamie et pyrale).

 Dans notre douce France, plusieurs arguments sont avancés pour justifier cette interdiction. Le premier affirme que rapidement, la résistance de ce maïs sera contournée par ces ravageurs, ce qui n’a pas été observé après quinze ans de culture en Europe. Remarquons que pour deux espèces d’insectes ravageurs, sont apparues aux Etats-Unis, des résistances au biopesticide à base de Bacillus thuringiensis, sans que cela fasse l’objet d’un moratoire sur leur utilisation en agriculture biologique, en France ou en Europe. Le second est que certaines chenilles d’autres papillons se nourrissant sur des plantes au voisinage des champs cultivés en M0N 810 pourraient ingérer en même temps des grains de pollen issus de ces maïs et par là même être intoxiquées.


JOUER SUR LES ROTATIONS DES CULTURES

C’est le retour dans l’actualité du « syndrome du papillon Monarque » apparu aux Etats-Unis en 1999 et recyclé en Europe par un article théorique en 2013 à propos du papillon « Paon du jour ». Oui, théoriquement, ces deux risques existent mais ils sont infimes puisqu’ils n’ont pas été repérés aux champs après quinze ans de culture dans les pays européens autorisant la culture du MON 810. Rappelons que dans une population d’insectes, il existe toujours de rares individus portant une mutation qui ne se révèle que lorsqu’une molécule toxique élimine les individus sensibles à cette molécule. Si cette pression de sélection s’exerce en permanence année après année sur les mêmes parcelles cultivées, ce type de résistance est sélectionné. Cela est arrivé aux Etats-Unis après plusieurs années de monocultures de maïs Bt.

Pour minimiser ce risque, c'est-à-dire pour ralentir l’apparition de ce type de résistance chez les insectes ravageurs, fut mis en place un plan de gestion qui réservait 20 % de la surface cultivée en maïs non OGM (zone refuge). Ce refuge permet aux insectes résistants de se multiplier sans être soumis à la pression de sélection de la protéine Bt. Cela permet de maintenir, dans la population d’insectes, les individus sensibles à un niveau élevé et à maintenir les individus résistants à un niveau très bas. L’apparition d’insectes résistants indique que cette précaution est insuffisante. Il faut donc jouer sur les rotations des cultures, tenir compte de la fréquence de résistance dans la population de ravageurs et du type de résistance des insectes (résistance dominante ou pas) pour diminuer ce risque.


S’INSPIRER DE L’EXEMPLE AUSTRALIEN

C’est ce que l’expérience de la culture du coton Bt en Australie nous enseigne. Avant de mettre le coton Bt en culture à grande échelle, les autorités australiennes ont évalué ces différents paramètres en expérimentant au champ une gestion adaptative des risques avec des zones refuges allant jusqu’à 70 %. Dans ces conditions, la fréquence des individus résistants fut contrôlée. 

Ne pourrait-on, en France, s’inspirer de l’exemple australien afin d’évaluer effectivement les risques pour l’environnement et les risques socio-économiques, et les comparer aux risques courus en cultivant classiquement des variétés de maïs? A-t-on les moyens d’évaluer ces risques ? Oui, car la puissance publique a mis en place les outils nécessaires pour encadrer cette culture : le Comité de surveillance biologique du territoire (CSBT) permet le suivi des effets intentionnels et non intentionnels de ces cultures. Le Haut Conseil des biotechnologies (HCB) a proposé des approches pour permettre la culture sur un même territoire de variétés conventionnelles et génétiquement modifiées tout en respectant les itinéraires de culture biologique et conventionnelle. De même est paru le décret relatif à l’étiquetage des denrées alimentaires issues de filières qualifiées « sans OGM ».


« OGM INTELLIGENTS »

Tout est en place, mais tout est bloqué, alors que ce MON 810 permet une culture qui diminue l’usage d’insecticides, protège indirectement les cultures de maïs avoisinantes contre ces mêmes ravageurs, diminue indirectement la prolifération du champignon Fusarium produisant des mycotoxines cancérigènes, augmente indirectement le rendement et la biodiversité d’insectes dans les champs cultivés, sans effets sur les abeilles. Bref, MON 810 pourrait être rangé selon certaines personnes dans la catégorie des « OGM intelligents » quand d’autres le diaboliseraient.

Le point délicat en France, pour de nombreuses organisations anti-OGM est la labellisation des produits ne contenant pas d’OGM. C’est important pour certaines filières. Pour résoudre cette question, il est tout à fait possible que des agriculteurs de régions où sévissent les ravageurs, principalement dans le sud-ouest de la France et en Alsace puissent se concerter avec les apiculteurs pour mettre en place ce type de culture. Dans ces deux régions, il devrait être possible de trouver de façon pragmatique des organisations agricoles et apicoles prêtes au dialogue pour évaluer sur le long terme l’introduction de ce type de culture dans un agro-écosystème. Il n’est pas interdit d’imaginer qu’une telle proposition « naïve » puisse un jour prochain se réaliser sous l’égide des pouvoirs publics. Pour mettre à l’épreuve cette proposition, encore faudrait-il autoriser la culture du MON 810, culture autorisée en France en 2006 sur 5 000 hectares, puis en 2007 sur 22 000 hectares environ.


Jean Jacques Leguay (directeur de recherche du CNRS à la retraite). 

Publié par LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 21.04.2014

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