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  • : OGM : environnement, santé et politique
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Introduction

Le propriétaire de ce site ne dit pas si les OGM c’est bien ou mal, s’il faut en manger ou pas. Il n'est payé ni par Monsanto, ni par Carrefour, ni par Greenpeace... (lire la suite).    ENGLISH VERSION uk-flag                                                    

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L'auteur

Marcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS et enseignant à l’Université Grenoble-Alpes, ses seules sources de revenus. Ses analyses n'engagent pas ses employeurs.

Dernier ouvrage:

L'affaire Séralini: l'impasse d'une science militante

Autre ouvragecouv grand public :

OGM, la question politique

 

 

Ouvrage précédent: Les OGM, l'environnement et la santé  

 

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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 11:13

Adapté et augmenté d'une interview par L’Express du 5/4/2020

Jamais sans doute les scientifiques n'ont été aussi omniprésents que durant cette crise sanitaire. Directeur de recherche au CNRS et enseignant à l'université de Grenoble, Marcel Kuntz se félicite que l'expertise soit de retour en grâce. Mais ce spécialiste des biotechnologies végétales déplore les détournements idéologiques qui sont faits entre coronavirus et cause écologique. Et regrette que la parole scientifique n'ait pas plus été écoutée par les politiques dans des dossiers comme les OGM ou le nucléaire.

 

Thomas Mahler : Du fait de la crise sanitaire, les scientifiques sont omniprésents dans les médias et semblent être au coeur de la décision politique. Faut-il s'en réjouir?


Marcel Kuntz : Les experts ont plutôt fait oeuvre d'explications modestes, avec une écoute généralement bienveillante des journalistes : quand il y a des morts, comme dans cette pandémie, alors la connaissance redevient une valeur. Le relativisme postmoderne en prend un coup !

Sont-ils pour autant au coeur de la décision politique ? Il est trop tôt pour se prononcer.


On notera quand même un inouï battage médiatique pour accréditer que l'apparition des pandémies virales, dont le Covid-19 serait due à une "biodiversité maltraitée". Avec à la manoeuvre une poignée de scientifiques, en l'occurrence tournés vers les milieux naturels. L'idéologie et l'envie frénétique de financement n'ont, semble-t-il, pas disparu (j'interprète : il ne faudrait pas que tout l'argent de la recherche aille dans la santé, au détriment de son propre domaine de recherche !). Les Hommes restent des Hommes... Quant à l'idéologie, qui citer de meilleur que Nicolas Hulot qui y voit "une sorte d'ultimatum de la Nature"  ? En réalité il faut faire la part des choses. En quoi la "grippe espagnole" était-elle due à la perte de biodiversité ? Les oiseaux sauvages sont en cause dans la grippe asiatique et la plus récente grippe aviaire, autrement dit la nature n'est pas forcément bonne.

 

Que pensez-vous de l'action d'un conseil scientifique épaulant directement le gouvernement dans ses décisions concernant cette épidémie?
C'est une forme de com' politique : créer un "comité scientifique" peut crédibiliser l'action gouvernementale, qui en a bien besoin. En réalité, les collaborateurs ministériels auraient été en contact avec des experts même sans ce comité. Je ne peux m'empêcher d'y voir aussi une façon pour le gouvernement de se protéger : le syndrome "sang contaminé" (c'est-à-dire le procès de ministres, dont le Premier à l'époque) obsède les politiciens. Avant tout se protéger ! Pouvoir dire : "nous avons suivi les scientifiques" pourra être une façon de diluer les mises en cause, justes ou injustes, qui ne manqueront pas de venir.

 

Le temps des scientifiques n'est pas celui de l'actualité

Regrettez-vous que la parole scientifique n'ait pas été plus écoutée sur d'autres sujets, tels les OGM ou le nucléaire?
La parole scientifique est prudente : les OGM, pour prendre cet exemple, ne posent pas de problème sanitaire particulier
, mais comme pour toute activité humaine on peut établir une liste de risque théorique, pour les anticiper. Cette approche raisonnée a peu de force par rapport aux discours catastrophistes, et est de plus brouillée par des militants qui se trouvent être aussi scientifiques, et bien plus médiatiques. De plus, le temps des scientifiques n'est pas celui de l'actualité : rappelons que la réfutation finale des allégations erronées de Gilles-Eric Séralini, qui firent la une des médias en septembre 2012 avec ses fameux rats atteints de tumeurs, a dû attendre 2018, le temps de mener de nouvelles études européennes (Lire ma note sur le sujet).

Le plus décevant a été le recul, puis le ralliement des décideurs politiques de tous bords à ces discours, pour des raisons électoralistes. Ce fut le cas aussi sur le nucléaire. Je regrette la perte délibérée de fleurons technologiques français, pour l'agriculture, la santé et la production d'énergie, etc.
A la faveur de la crise actuelle, on vient de s'apercevoir de la dépendance de la France par rapport à la Chine pour des médicaments et autres produits stratégiques. Mais nous alertons depuis vingt ans de notre vassalisation sur les biotechnologies ! Sans avoir su convaincre. Demain des médicaments issus des nouvelles biotechs seront chinois, car l'Europe s'est suicidée sur ces sujets : dans une étude publiée l'année passée,
nous avons recensé pour les Etats-Unis et la Chine (celle-ci étant en train de devenir leader) près de 900 brevets chacun et moins de 200 pour l'Europe entière dans le domaine des nouvelles biotechnologies les plus prometteuses, en premier lieu pour la santé.

 

La sociologie des sciences, dans la lignée de Bruno Latour, a-t-elle fait du tort à la crédibilité des scientifiques?
Cette chapelle de pseudo-sociologie, vraie idéologie, a envahi les institutions scientifiques, les structures de formation des élites, etc.
Son constructivisme, poussé jusqu'à l'absurde, a affirmé que les objets d'étude des scientifiques n'existaient pas en dehors des scientifiques. Et pour être cohérent dans l'absurde : que Ramsès II n'a pas pu mourir de la tuberculose parce que le bacille de Koch n'était pas connu au temps des pharaons ! Machine à non-sens, mais dont le relativisme postmoderne s'est imposé dans une certaine intelligentsia...


Elle a notamment poussé à l'introduction des "parties prenantes" dans toutes les institutions scientifiques qui ont à se prononcer sur les risques. Il faut "faire démocratique" ! Et ces parties prenantes ne sont pas les citoyens ordinaires mais leurs représentants autoproclamés les mieux organisés, les activistes les plus médiatiques (est-il "démocratique" que l'écologie politique monopolise sans partage le thème de la "protection de l'environnement" grâce à leurs puissantes organisations franchisées). Qu'apportent-ils au travail scientifique ? Rien, ils sont là pour le discréditer. La science doit devenir "participative", "citoyenne"! C'est tellement bien-pensant que peu osent s'y opposer !

 

Une initiative comme celle de la Convention pour le climat, qui a tiré au sort 150 citoyens en leur laissant six mois pour se former aux enjeux du réchauffement climatique et formuler des propositions, n'est-elle pas une bonne chose?
C'est un pur produit de l'idéologie postmoderne : toute institution établie étant soupçonnée d'abus de pouvoir, d'être impérialiste, il faut la "déconstruire" et la remplacer par une illusion démocratiste. Ici, un groupe de citoyens plutôt que des institutions scientifiques reconnues. On remarquera d'ailleurs la différence avec le comité d'experts sur le Covid-19 évoqué précédemment !
Cela étant dit, ce type de convention a été inventé par les Scandinaves, qui savent dégager des consensus sociétaux. Car c'est leur culture. Mais pour des Gaulois c'est plus difficile... En fait, les propositions finales seront grandement influencées par le cadrage idéologique initial et par le pouvoir de persuasion des intervenants venus former les citoyens. Mais peut-être serai-je contredit, et l'avis dira que, vu la contribution mineure de la France dans l'émission mondiale de gaz à effet de serre, tout ce qu'elle pourra faire n'aura aucune portée, sauf à développer des nouvelles technologies...

 

Avons-nous aujourd'hui besoin d'un journalisme construit sur des préconceptions?

Comment voyez-vous le rôle de la presse française?

Je n'aime pas les jugements collectifs, donc je ne parlerais pas de "la" presse française. Il y a des journalistes qui ont des convictions politiques sans pour autant perdre une capacité de pensée critique de la doxa (notamment écologiste). La fermeture de la centrale de Fessenheim a ainsi été souvent analysée, avec raison, comme étant politique. D'autres sujets sont traités par des nouveaux Fouquier-Tinville, vrais accusateurs publics dans des journaux "de référence" ou en prime time du "service public" de la télévision...

Avons-nous aujourd'hui besoin d'un journalisme construit sur des préconceptions, où les coupables sont désignés a priori ?
 

Les politiques ont-ils eux aussi une responsabilité dans le discrédit de l'expertise scientifique.

Le dossier "pesticides" est hautement toxique pour les... faits.

D'abord, il faut rappeler que l'agriculture biologique utilise aussi des pesticides, homologués pour ses filières. Et que les produits les plus problématiques, synthétiques ou naturels, ont déjà été progressivement interdits lors des 40 dernières années. Je suis d'autant plus serein pour parler des pesticides que je pense que les biotechnologies peuvent contribuer à réduire encore leur usage ! Mais les biotechs végétales, dont les "méchants" OGM, ont été interdits en France par les politiciens (voir mon livre).

C'est aussi illogique que d'afficher sa volonté de réduire les émissions de CO2 et "en même temps" de réduire la part du nucléaire qui contribue à l'excellent bilan carbone de la production d'électricité française...

devil

Lire aussi dans European Scientist :

Covid-19 : mettre à plat les rapports entre science et politique

 

et ma tribune sur Atlantico sur la construction d'une pensée unique en science

 

et celle dans Le Figaro-Vox:

«Le coronavirus révèle une science malade du militantisme et de l’idéologie»

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