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Introduction

Le propriétaire de ce site ne dit pas si les OGM c’est bien ou mal, s’il faut en manger ou pas. Il n'est payé ni par Monsanto, ni par Carrefour, ni par Greenpeace... (lire la suite).    ENGLISH VERSION uk-flag                                                    

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L'auteur

couvMarcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS dans le laboratoire de Physiologie Cellulaire Végétale et enseignant à l’Université Grenoble-Alpes, ses seules sources de revenus.

Dernier ouvrage grand public :

OGM, la question politique

 

 

Ouvrage précédent: Les OGM, l'environnement et la santé  

 

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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 14:49

Henri Regnault

Professeur Emérite à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour

Centre d’Etudes sur l’Intégration et la Mondialisation, UQAM

 

Toute agriculture s’inscrit dans un écosystème, dit-on. L’assertion n’est pas fausse… mais incomplète ! Car tout le problème de l’agriculture et des politiques agricoles est qu’elles relèvent d’un double paradigme écosystémique : un paradigme ECOlogique et un paradigme ECOnomique. La difficulté pour la stabilité et la reproductibilité du système agricole est que les deux écosystèmes ne doivent pas diverger dans leurs durabilités respectives. Car si la durabilité de l’un est compromise, il y a peu de chance pour que la durabilité de l’autre soit assurée à moyen et long terme.

 

Pour lire le texte intégral, cliquez ici

 

Lire aussi du même auteur: Révolution agricole, tarte à la crème et bourrage de crâne !

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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 11:17
Scientists should oppose the drive of postmodern ideology.  Marcel Kuntz, Trends in Biotechnology (2016)

Scientists should oppose the drive of postmodern ideology. Marcel Kuntz, Trends in Biotechnology (2016)

New publication / Nouvelle publication (résume en FR ci-dessous)

Abstract

The National Academies of Sciences (USA) recently published a report entitled “Gene Drive on the Horizon” whose subtitle is « Advancing Science, Navigating Uncertainty, and Aligning Research with Public Values ».  My publication discusses the “Aligning Research with Public Values”, the topic of public engagement, and the ideological shift towards postmodernism of this report (it is no longer the society which should listen to science, but science which should align with “public values”).

Postmodernism is an ideology whose aim is to deconstruct Enlightenment values. Implicitly, postmodernism considers that scientists cannot be trusted and that their research has to be subject to a democratic process. However, science is not a matter of democracy; it is about the application of a method.

My paper also presents failed postmodern experiments (regrettably not cited in the NAS report) and argues that the foundations of the scientific enterprise is threatened by this ideology.

 

Read a summary by Alex Berezow  (American Council on Science and Health, ACSH)

 

 

RESUME EN FRANCAIS

Préserver la science de l'idéologie postmoderne

La publication analyse, dans une perspective d'histoire des sciences, le rapport publié sous l'égide de la National Academies of Sciences (USA) et intitulé « Gene Drive on the Horizon ». Notamment son sous-titre « Advancing Science, Navigating Uncertainty, and Aligning Research with Public Values » et plus précisément  l'injonction morale - typiquement postmoderne - de « participation du public » et même d'aligner la science avec les « valeurs du public ».

 

Contexte

Les Académies nationales des sciences, d'ingénierie et de médecine (NAS) des États-Unis ont récemment publié un rapport sur le « forçage génétique » ("gene drive") qui est opportun dans le contexte de l'évolution récente des technologies d'édition (réécriture) de gènes.

Si la transgénèse peut (au niveau moléculaire) être comparée à une greffe d'organe, l'édition de gènes serait l'équivalent d'une microchirurgie (grâce à des ciseaux moléculaires), tandis que le « forçage génétique » est la possibilité (encore théorique) de laisser se propager dans une population lesdits ciseaux qui, s'ils coupent un gène important, pourrait permettre de contrôler la propagation de cette population (par exemple de moustiques).

A côté des aspects scientifiques, techniques ou encore éthiques, le rapport manie des concepts bien plus flous, tel que le « public engagement » ou les « valeurs du public ».

 

Critiques du « public engagement »

Le rapport fluctue de façon ambiguë dans sa définition de ce que le « public engagement » signifie. Il peut s'entendre, pour les scientifiques, d'être ouvert au dialogue, ou comme « la participation du public » (tout dépend alors de qui est le « public » et à quoi il participe) ou encore comme « la reconnaissance de la contribution de la compréhension locale à la pratique de la science » (tout dépend de ce que l'on entend par « compréhension locale »).

 

Le rapport distingue ainsi :

-les « Communautés », c'est-à-dire les gens qui vivent près d'un potentiel lieu d'expérimentation qui peut les impacter. Il est donc éthiquement important d'obtenir leur consentement. 

-les « Parties-prenantes » définies comme ayant un « intérêt professionnel ou personnel suffisant pour justifier l'engagement ». Cela est plus problématique, car il s'agit ainsi de lobbies organisés, dont font partie les organisations d'activistes.

-les « Publics » stricto sensu, qui  n'ont « pas de connexion directe à un projet [...], mais ont néanmoins intérêts, préoccupations, espoirs, craintes et les valeurs qui peuvent contribuer à la prise de décision démocratique ».

Nous sommes ici typiquement dans les positions d'une chapelle de sociologie des sciences qui habille de considérations « démocratiques » la volonté de contrôle de la science. Si l'action des pouvoirs publics relèvent de la démocratie, la science n'est pas affaire de démocratie. La science consiste en l'application d'une méthode.

 

Si on garde en mémoire ces définitions des « parties-prenantes » et des « publics », la recommandation 7-1 du rapport (« la recherche doit prévoir d'inclure un plan d'engagement réfléchi [...] tout au long du processus de recherche ») devient très inquiétante (Lire).

 

Critiques de l'alignement de la science avec les « valeurs du public »

L'« alignement de la recherche avec des valeurs publiques » est non seulement problématique car elle limite potentiellement la liberté académique et à cause de son relativisme intrinsèque. Mais cet « alignement » illustre un changement idéologique clair, en rupture avec les valeurs des Lumières. Alors qu'il y a encore peu, les institutions scientifiques défendaient l'idée que la société a tout intérêt à écouter les scientifiques, aujourd'hui les scientifiques devraient « s'aligner » sur des « valeurs » en vogue dans la société.

 

Conclusions

Pourquoi l'idéologie postmoderne est une menace pour la science a été difficile à saisir, y compris pour les scientifiques, car elle est souvent confondue avec des valeurs de respect et de démocratie.

En fait, l'idéologie postmoderne déconstruit les bases mêmes sur lesquels la science a été fondée

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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 16:27
Editing EU legislation to fit plant genome editing

New publication

Editing EU legislation to fit plant genome editing. EMBO Reports, online Sept. 14th, 2016

by

Agnès Ricroch, AgroParisTech, Génétique évolutive et amélioration des plantes et Univ. Paris-Sud, Collège d'Études Interdisciplinaires, Université Paris-Saclay, France

Klaus Ammann, Université de Berne, Suisse

Marcel Kuntz, Laboratoire de Physiologie Cellulaire Végétale. UMR 5168 CNRS- CEA- INRA- Université Grenoble-Alpes, Grenoble, France

Full text here

 

Abstract in English below

Zusammenfassung in deutscher Sprache hier unter verfügbar

 

Résumé en Français

Biotechnologies : Modifier la législation de l'UE pour l'adapter à l'édition (ou réécriture) des génomes

Un changement de paradigme indispensable pour sortir des blocages européens

 

Les problèmes de la réglementation européenne

La réglementation européenne en matière de biotechnologie est basée sur le procédé technique d'amélioration génétique d'un organisme (variété végétale par exemple), plutôt que sur les propriétés de l'organisme lui-même (le phénotype). De plus, une seule technique est concernée : la transgénèse.

Notre publication montre que cette réglementation déconnectée des réalités a joué un rôle majeur dans le blocage des « OGM » (organismes génétiquement modifiés), alors que tel n'était pas son but initial, et qu'elle est aujourd’hui obsolète.

 

Pourquoi les nouvelles biotechnologies vont subir le même sort

L'Union Européenne (UE) s'est politiquement enfoncée dans son principe de précaution mal interprété et est incapable d'aborder positivement la question des nouvelles biotechnologies (édition ou réécriture du génome) et le génie génétique en général.

Notre publication résume le débat en cours dans l'UE si de nouvelles variétés végétales produites par ces technologies d'édition du génome sont ou non des « OGM ». Devant le constat que, si la référence reste la réglementation obsolète sur les « OGM », le blocage va persister, nous faisons un certain nombre de propositions pour une nouvelle approche de la réglementation des biotechnologies végétales.

 

Evaluer les risques réels

Pour éviter toute discrimination, toutes les techniques modernes de sélection des plantes, y compris la sélection assistée par marqueurs, devraient entrer dans l'évaluation des risques à partir de la même ligne de départ.

Nous proposons une méthode opérationnelle simple, qui se concentre sur le phénotype d'une nouvelle variété au lieu de la méthode utilisée pour la générer. Notre proposition implique un système flexible et évolutif, capable de s'adapter à l'évolution rapide des nouvelles technologies telles que celles de l'édition du génome.

Ce système devra évaluer les risques réels et non pas surévaluer les risques perçus des variétés qui sont tombées dans le cadre réglementaire des « OGM ».

 

Récuser les dichotomies du débat actuel

Tout d'abord, déclarer de nouvelles méthodes d'édition du génome comme hautement efficaces, tout en proposant des dérogations à la réglementation des « OGM » sur la base que l'ADN créé aura pu l'être naturellement. Puis, celle qui consiste à vouloir exonérer de réglementation une biotechnologie nouvelle, alors qu'une technologie plus ancienne (comme la transgénèse) - dont tous les risques sont caractérisés - aurait encore à porter un lourd fardeau réglementaire.

 

Des actions des politiques sont attendues

Plutôt que de reculer toujours et encore sur le dossier des biotechnologies, face à la méfiance des citoyens, les pouvoirs publics devraient utiliser en amont une procédure démocratique pour établir le niveau de risque tolérable par la société au sens large. Procédure qui devrait porter sur des objectifs généraux (par exemple que voulons-nous protéger ?), faciles à comprendre pour tous les non-experts, et non pas sur des concepts déconnectés des faits, comme celui des « OGM ».

 

En aval, notre proposition inclut un rôle opérationnel dans l'évaluation de risques tenu par les agriculteurs eux-mêmes, en collaboration avec des instituts techniques et scientifiques.

 

*******

Summary. EN version

 

The problems with the EU regulation

The EU biotech regulation is based on the technical process used to genetically improve an organism (plant varieties for example) rather than on the properties of the organism (the phenotype). Furthermore, transgenesis is the only technique targeted.

Our publication shows that this regulation - disconnected from reality - played a major role in blocking the development of "GMOs" (genetically modified organisms), while this was not its original purpose, and that it is now obsolete.

 

Why new biotechnologies will be facing the same problems

Europe is politically locked in its misinterpreted Precautionary Principle and is unable to positively address the issue of new techniques (such as genome editing) and genetic engineering in general.

Our publication summarizes the current debate in the EU whether new varieties produced by these editing technologies are or not "GMOs". Considering that if this outdated EU Directive on "GMOs" remains the reference the deadlock will persist, we propose several ideas for a new approach to regulating plant biotechnology.

 

Assess real risks

In order to prevent discrimination between techniques, all modern plant breeding techniques, including marker-assisted selection, should enter the risk assessment from the same starting line. We propose a simple and operational method, which focuses on the phenotype of a new variety instead of the method used to generate it. Our proposal involves a flexible and scalable system that is capable of adapting to the rapid evolution of new technologies such as genome editing. This system will need to assess actual risks and not overestimate perceived risks of new varieties simply because they fall into the EU "GMO" regulatory framework.

 

Rejecting the dichotomies of the current debate

First, declaring new genome editing methods as highly efficient while proposing exemptions from the EU “GMOs” regulation for the reason that the DNA could have been created naturally. Secondly, proposing to exonerate a new biotechnology (genome editing) from regulation, while an older technology (namely transgenesis) with fully characterized risks would still carry a heavy regulatory burden.

 

Political actions are required

Moreover, when facing the distrust of citizens, rather than retreating again and again on the biotechnology issue, political authorities should use a democratic procedure to establish the level of risk that is tolerable by society at-large. This procedure should address general objectives (e.g. what are the assets to protect?), which are easy to understand for all non-experts, and not concepts disconnected from facts, such as "GMOs".

 

At a further downstream level, our proposal includes an operational role in risk assessment for farmers themselves, in collaboration with technical and scientific institutes.

 

******

Zusammenfassung in deutscher Sprache

 

Probleme mit der EU-Regulierung

Die EU Biotech-Regulierung basiert auf dem technischen Prozess der genetischen Verbesserung eines Organismus (Kulturpflanzen z. B.), nicht so sehr auf den Eigenschaften der Organismen (dem Phänotyp). Dazu kommt, dass nur gerade die Transgenese betroffen ist.

Unsere Publikation demonstriert, dass diese Regulierung – losgelöst von der Realität – eine entscheidende Rolle gespielt hat beim Blockieren der «GMOs» (gentechnisch veränderte Organismen), was nicht die ursprüngliche Absicht der Gesetzgeber war, und die heute veraltet ist.

 

Biotechnologie vermeiden bringt letztlich keine Reduktion der Probleme.

Europa ist politisch blockiert mit dem falsch verstandenen Vorsorge-Prinzip und ist unfähig, die Herausforderung neuer Technologien (wie das Gene-Editing), und allgemein auch die Gentechnologie positiv zu sehen.

Unsere Publikation fasst die gegenwärtige Gentech-Debatte in der EU zusammen, ob nun die neuen Gen-Editier-Methoden GMOs oder eben keine GMOs sind. Berücksichtigt man allein die veraltete EU-Direktive zu GMOs, wird diese Patt-Situation weiterbestehen, weshalb wir einige neue Ideen zur Regulierung der Pflanzen-Biotechnologie vorschlagen.

 

Analyse der Risiko-Realität

Um eine Diskriminierung zwischen den einzelnen Technologien zu vermeiden, sollten alle modernen Pflanzenzucht-Verfahren in der Risikoanalyse berücksichtigt werden, die marker-unterstützte Zucht miteingeschlossen. Wir schlagen eine einfache und machbare Methode vor, die auf den Phänotyp einer neuen Varietät basiert, anstelle des Fokussierens auf eine Züchtungs-Methode. Unser Vorschlag beinhaltet eine flexibles und skalierbares Prüfsystem, das auch fähig ist, sich der raschen Entwicklung von neuen Zuchtmethoden wie dem Gene-Editing anzupassen. Dieses System muss die realen Risiken und nicht die überbewerteten möglichen Risiken von neuen Varietäten berücksichtigen, und soll sich nicht am veralteten Schema der bisherigen EU-Regulierung orientieren.

 

Die Dichotomie der bisherigen Debatte muss zurückgewiesen werden.

Erstens: die neuen Gen-Editier-Methoden, so effizient sie auch sind, können nicht einfach mit dem fragwürdigen Argument von der Regulierung ausgeschlossen werden, weil die so verschobene DNS auch natürlicherweise vorkommen kann.

Zweitens kann es nicht sein, dass die neuen Gene Editing-Methoden von der EU-Regulierung ausgeschlossen werden, während ältere Methoden wie die Transgenese weiterhin mit hohen Regulierungshürden belegt werden, auch dann, wenn ihre Risiken längst gründlich erforscht sind.

 

Die Politik ist gefordert

Auch sollte die Politik nicht vor dem Misstrauen des Publikums immer mehr zurückweichen, vielmehr sollten die politischen Autoritäten einen demokratischen Prozess etablieren, der die Höhe der Risiken bestimmt, die durch die Gesellschaft toleriert werden können.

Diese Prozeduren sollten allgemeine Zielsetzungen verfolgen (z.B. Abwägen von Vor- und Nachteilen neuer Sorten), die allgemeinverständlich auch für Nicht-Experten sein sollten und sich nicht Konzepten wie GMOs orientieren, die nach keinen klaren Kriterien definiert werden können.

Des Weiteren orientiert sich unser neues nachgelagertes Risiko-Analyse-Modell auch an der Erfahrung von Landwirten, immer in Zusammenarbeit mit Technik und Wissenschaft.

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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 15:50
Impact des plantes génétiquement modifiées sur l’environnement

Un dossier du VIB, institut de recherche belge

 

Ce dossier constitue le second volet d’une série en deux parties consacrée à la sécurité des plantes génétiquement modifiées (OGM). Le premier volet, à savoir le dossier de référence « La sécurité alimentaire des plantes génétiquement modifiées », a déjà été publié. Quant au présent dossier, il dresse un état des lieux de l’impact des cultures OGM sur l’environnement.

 

Toute activité agricole, y compris la culture d’une plante donnée, a une incidence sur l’environnement. Les schémas de culture déterminent les espèces de mauvaises herbes et d’insectes qui envahissent les champs, les machines agricoles compressent le sol, consomment du carburant et rejettent du CO2, tandis que les engrais et pesticides appliqués de manière excessive peuvent subsister dans et sur le sol. Une plante produisant une grande quantité de pollen et de nectar attirera des pollinisateurs tels que les abeilles, alors qu’une autre plante aura tendance à proliférer et à étouffer la végétation locale. L’abandon de la culture de l’avoine au profit de celle de maïs produit par exemple un impact sur l’environnement.

 

En outre, chaque propriété d’une plante (comme sa résistance aux insectes) peut également affecter l’environnement. Il est possible d’obtenir de nouvelles propriétés en appliquant des méthodes de sélection végétale qui font appel soit aux techniques les plus traditionnelles, comme le croisement, soit à la modification génétique, soit encore à de toutes nouvelles méthodes exerçant une action plus ciblée encore dans l’ADN des plantes. Toutefois, l’impact environnemental d’une plante, qu’elle soit génétiquement modifiée ou non, ou d’une propriété de la plante obtenue ou non au moyen de la technologie OGM, dépend en première instance de la plante ou de la propriété proprement dite et pas de la technologie qui a servi à son élaboration.

 

En ce qui concerne les plantes OGM, quatre propriétés importantes sont aujourd’hui disponibles sur le marché. Certaines propriétés telles que la résistance aux virus, aux insectes et à la sécheresse visent à atténuer l’impact des pratiques agricoles sur l’environnement. D’autres propriétés, comme la résistance aux herbicides, ont été introduites principalement dans le but d’améliorer l’efficacité de la production alimentaire. En d’autres termes, ces propriétés ne sont pas toutes de nature à promouvoir une agriculture respectueuse de l’environnement.

 

Cependant, et contrairement aux nouvelles alarmantes relayées par les médias, les chiffres de l’impact environnemental des plantes OGM donnent un éclairage différent. Globalement, la culture de plantes OGM a apporté un avantage environnemental considérable au cours des dix-huit dernières années. Les plantes OGM résistantes aux insectes ont réduit l’utilisation des insecticides à hauteur de 230 millions de kilogrammes. Au service de l’agriculture sans labour, les plantes tolérantes aux herbicides ont permis de diminuer la consommation de carburant et les émissions de CO2 respectivement de 6,3 milliards de litres et de 16,8 millions de tonnes. Toutes plantes OGM confondues, l’avantage environnemental peut être chiffré à 37 %.

 

Ce dossier entend mettre fin au débat polarisé autour de l’impact des plantes OGM sur l’environnement et offrir une réponse nuancée aux nombreuses préoccupations que suscitent ces plantes. Par définition, la culture de plantes est une situation contre nature qui a une incidence négative sur l’environnement. La technique de la sélection végétale permet de développer des plantes qui atténuent ces effets. L’impact – positif ou négatif – dépend de la propriété de la plante et de la méthode de culture, mais non de la technique d’amélioration mise en œuvre.

 

Lire le dossier dans son intégralité ici

 

Lire aussi : OGM : quels impacts sur la Biodiversité ?

La sécurité sanitaire des aliments dérivés de plantes génétiquement modifiées

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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 21:04

Par le Professeur Gagliano Giuseppe

Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis, (Côme, Italie).

 

Jusqu'à il n'y a pas très longtemps, le monde occidental a vécu dans la conviction que le libéralisme était une fin en soi, mais dans le nouveau contexte de la mondialisation, s'en remettre à nouveau à l'économie politique prend tout son sens à partir du moment où l'on ne peut plus nier les rapports de force existant au sein de l'économie et où l'idée selon laquelle le commerce mondial est structuré sur la base de l'offre et de la demande semble désormais abandonnée.

Le monde est en train de changer, la réalité est différente, les événements et les manières d'appréhender la politique ont changé : si auparavant l'affirmation de Clausewitz selon laquelle la guerre est la politique menée avec d'autres armes, était valable, aujourd'hui, l'on peut affirmer que la politique (et l'économie) est la guerre faite en utilisant les informations.

 

La menace n'est plus seulement celle à laquelle nous étions habitués et qui pouvait se situer, d'un point de vue géographique, dans l'attaque d'une grande puissance contre une autre puissance. Aujourd'hui, la menace est asymétrique, différente, elle change constamment, voyage sur le net, elle est immédiate et, surtout, elle s'adresse au système tout entier. Son but n'est pas de frapper des cibles militaires ou politiques, mais des intérêts commerciaux, industriels, scientifiques, technologiques et financiers. Cela conduit l'intelligence à se structurer autour de nouvelles missions : protéger non seulement le système dans son ensemble, mais également les maillons faibles de la filière productive.

Tout cela exige un changement de mentalité, de façons de faire et une mise à jour constante, spécialement en ce qui concerne la culture d'entreprise. Cela exige, surtout, une étroite interaction entre l'intelligence et le secteur privé, avec toutes les difficultés que cela comporte.

 

Les crises que nous sommes en train de traverser, avec la physionomie industrielle et commerciale de notre époque, nous portent à considérer avec beaucoup d'attention l'idée de «guerre économique ».

C'est principalement après la fin de la Guerre Froide que les rapports de force entre les puissances se sont articulés autour de problématiques économiques : La plupart des gouvernements aujourd'hui ne cherchent plus à conquérir des terres ou à établir leur propre domination sur de nouvelles populations mais tentent de bâtir un potentiel technologique, industriel et commercial en mesure d'apporter de l'argent et de l'occupation sur leur propre territoire.

 

La mondialisation a transformé la concurrence « douce » et « limitée », en une vraie «guerre économique ».

Le défi économique réduit les espaces dont la guerre militaire dispose, mais le but ultime, celui d'accumuler du pouvoir et du bien-être, reste le même.

Les stratégies internes d'intelligence économique, adoptées récemment par de nombreux gouvernements, réservent justement aux opérateurs privés un rôle central dans le maintien de la sécurité, en les dotant d'infrastructures informatiques et de ce qui représente le bien primaire de l'ère numérique : les données. De la sauvegarde des activités économiques privées à la protection des intérêts économiques nationaux, il n'y a qu'un pas.

Par intelligence économique l'on entend justement l'ensemble des activités de collecte et de transformation des informations, de surveillance de la concurrence, de protection des informations stratégiques, de capitalisation des connaissances afin de contrôler et d'influencer l'environnement économique mondial. C'est, donc, un instrument de détention du pouvoir à la disposition d'un État.

 

Mais qui sont les acteurs de la guerre économique ?

  • Les États avant tout, qui restent les régulateurs les plus influents de l'échiquier économique, malgré leur relatif déclin dans la vie des nations et les différentes contraintes qui pèsent sur eux, à commencer par les organisations internationales comme l'Union européenne. Ce qui a vraiment changé c'est qu'aujourd'hui les États doivent tenir compte de nombreux stakeholders (ONG, instances internationales, entreprises, médias). Cependant, ils conservent un rôle d'arbitre que les autres acteurs ne font que mettre en lumière, en sollicitant régulièrement leur intervention.
  • Les entreprises lesquelles, face au nouveau scénario géo-économiques hypercompétitif, ont adopté comme instrument de compétitivité et de sécurité économique le contrôle de l'information stratégique.
  • La société civile : l'élargissement des débats sur les questions sociales concernant l'activité des entreprises elles-mêmes (alimentation et bien-être, progrès technique et risques sur la santé publique, industrie et environnement, transport et sécurité des voyageurs, technologie de l'information et libertés individuelles), la massification et la démocratisation de l'utilisation d'internet, l'implication croissante de la justice dans le monitorage de l'action des entreprises, comportent une augmentation des attaques informatiques contre les entreprises de la part des acteurs de la société civile. L'élargissement des débats sur les risques associés à l'environnement, sur le développement durable, sur l'investissement socialement responsable, sur la responsabilité sociale des entreprises, amplifie la légitimité des questions sociales.
  • L'infosphère : elle n'est pas constituée d'une catégorie de personnes physiques ou juridiques, mais plutôt d'une dynamique, c'est-à-dire, d'un ensemble d'interventions, de messages diffusés à travers les médias et le web. Il s'agit d'un instrument particulièrement insidieux parce-qu'il agit comme une caisse de résonance dans laquelle se mélangent et se recombinent continuellement des idées, des émotions et des pulsions émises par un nombre indéfini de personnes, sans un vrai sujet dominant et qui, toutefois, exerce une influence déterminante, positive ou néfaste, sur les individus et sur les organisations. Lancée dans l'infosphère, une déclaration peut avoir le pouvoir de déchaîner des polémiques féroces, des réactions politiques dures, des crises médiatiques, des atteintes à la réputation aux dépends des entreprises. Elle peut, donc, se transformer en une arme de déstabilisation particulièrement efficace. Ile ne faut pas oublier que l'image et la réputation d'une marque représentent un capital stratégique qui impacte les activités commerciales et financières des entreprises.

 

Mais sous quelles formes s'exprime la guerre économique ?

On la confond souvent avec l'espionnage industriel qui est, en revanche, un phénomène difficile à cerner même s'il est utilisé comme instrument de guerre économique, à la fois parce-que les sociétés qui en sont victimes ne le communique pas, et parce-qu'il est difficile à circonscrire juridiquement et, par conséquent, à dénoncer.

Un des formes de guerre économique les plus pratiquées est celle des acquisitions d'entreprises, qui peuvent conduire à de véritables formes d'encerclement des industries sur un territoire donné, à travers des opérations qui répondent à des motivations à la fois d'ordre financier, économique et technologique.

Une dernière forme de guerre économique, elle aussi particulièrement courante et insidieuse, est le lobbying, c'est-à-dire une stratégie d'influence qui vise directement les décisionnaires publics à travers une action vouée à influencer l'élaboration des normes. Nos États nationaux sont particulièrement marqués par le problème de la prolifération de normes et, pour une action de lobbying, participer et influencer le processus d'élaboration, interprétation ou application des mesures législatives et, en général, influencer directement ou indirectement, toute intervention ou décision des pouvoirs publics, s'avère absolument stratégique. L'influence est le cœur du commerce international et, par conséquent, se rapprocher des centres décisionnaires est devenu un passage obligé de la compétition internationale.

 

En général, toutes ces pratiques répondent à une stratégie d'influence : les communications d'influence sont aussi les plus difficiles à identifier et à combattre étant donné qu'elles sont parfaitement légales : il s'agit là d'une « guerre de l'information ». Une guerre basée sur des principes simples mais néfastes quand ils sont combinés, tel que :

  • L’argument moral, donc la possibilité de provoquer une crise en s'appuyant sur une argumentation éthique ;
  • L’offense au politiquement correct, à travers la rupture des schémas culturels et psychologiques du moment ; 
  • Le choix des cibles, dans les sens où plus le capital de légitimité des acteurs est faible et plus l'attaque informatique provoquera une surenchère médiatique ;
  • La notoriété des acteurs ;
  • Le critère d'opportunité ou le retentissement de l'environnement.

 

Le bouleversement du système compétitif des économies occidentales n'est pas un phénomène passager. Un nombre croissant de puissances (Chine, Inde, Brésil, Turquie, Iran, Russie) conditionne les mutations rapides de la concurrence internationale. La conquête des marchés étrangers prévaut, le plus souvent, sur une meilleure structuration des marchés nationaux. Cela démontre de quelle façon une stratégie de pouvoir influence de manière décisive le contexte de la compétition économique. Les nouveaux participants à la compétition internationale ont une vision différente de la dialectique entre pouvoir et marché, et le marché est vu comme le principal instrument pour accroître le pouvoir. C'est une vision qui a repris les principes de base de l'économie politique, selon laquelle le marché est le seul moyen pour atteindre le pouvoir et non l'inverse, et qui a démontré, à de nombreuses reprises (l'on pense à l'utilisation de l'énergie comme arme de négociation et de chantage de la part de Poutine et de la Russie, en 2009), les carences des schémas d'interprétation des économistes libéraux dont l'analyse se concentrait sur les effets de la déréglementation, sur les fusions ou les spéculations financières autour du calcul des prix du gaz, mais non sur l'utilisation possible du commerce du gaz comme arme de pouvoir.

 

Le processus de mondialisation est irréversible et assez indépendant de l'action des gouvernements. Mais la mondialisation est une chose, l'idéologie du marché libre mondial qui, si d'un côté produit l'un des taux de croissance les plus élevés par rapport à tous les autres systèmes, de l'autre ne s'intéresse pas aux modalités de sa distribution, en est une autre. D'ailleurs, l'argument selon lequel une très grande croissance capitaliste est capable de distribuer les ressources de manière optimale n'a jamais été très convainquant. Même Adam Smith croyait qu'il existait quelque chose que le marché ne pouvait ou ne devait pas faire.

Au cours de l'histoire, l'évolution équilibrée de l'industrie mondiale a été produite non pas par le libéralisme mais par son contraire. Les États-Unis et l'Allemagne, au XIX siècle, devinrent des pays industrialisés parce-qu'ils protégèrent leurs industries jusqu'à ce qu'elles soient en mesure de rivaliser avec l'économie dominante, qui était celle britannique. Aujourd'hui les théories économiques néo-classiques subissent le discrédit parce-que le système s'est brisé à cause du peu de contrôle des procédures d'investissements et du flux financier international.

Nous assistons aujourd'hui plus que jamais au contraste entre les forces du capitalisme, qui tendent à supprimer tous les obstacles, et les forces politiques qui opèrent au travers des États nationaux et qui sont contraintes de régler ces procédures. Les lois du développement capitaliste sont simples : maximiser l'expansion, le profit, l'augmentation du capital. Mais les priorités des gouvernements sont, par leur nature, différentes et, donc, conflictuelles. De plus, la dynamique de l'économie mondiale est telle qu'elle ne garantit pas la stabilité de ses protagonistes.

Le système étatique et celui de l'économie, qui coexistent aujourd'hui et doivent s'adapter, sont constamment sous tension, mais si les États n'étaient pas relativement stables, l'instabilité d'un monde organisé selon les lignes de l'économie transnationale augmenterait. Le problème n'est pas de savoir si les gouvernements peuvent contrôler les corporations internationales à l'intérieur de leurs frontières. Le vrai problème est le contrôle global : lorsque les entreprises et les gouvernements entrent en conflit, ces derniers doivent négocier comme s'ils avaient à faire à des États.

 

Mais la mondialisation, tout comme les religions et les cultures, ne représente qu'une réponse simplifiée aux conflits d'aujourd'hui et aux défis sur la sécurité. La mondialisation a sûrement réduit, depuis la fin du XX siècle, l'importance de la force militaire, alors que la sécurité, en particulier, celle intérieure, est devenue un bien public mondial. Dans l'ère de l'information, de l'interdépendance et de la primauté des « biens qui pensent sur ceux qui pèsent », la force militaire est moins rentable et coûte davantage. La compétition économique, technologique et surtout de la communication est plus importante et conditionnante que la force militaire.

La mondialisation de l'information elle-même a contribué à modifier le caractère de la guerre, en rendant décisif le rôle de l'opinion publique. À court terme, la géo-information est devenue plus importante que la géo-économie : les effets sont immédiats et pas toujours contrôlables. C'est là aussi un phénomène de l'après Guerre Froide.

Dans ce contexte, l'économie n'est plus l'instrument de la sécurité comme c'était le cas pendant la Guerre Froide, mais, au contraire, cette dernière s'est mise au service de l'économie afin de créer les meilleures conditions pour l'expansion et la protection de la mondialisation. La nature de la sécurité dépend de la situation de chaque pays et change de région à région en fonction du niveau de mondialisation des différentes zones.

En conséquence, c'est le processus de mondialisation lui-même qui rend nécessaire l'économie politique et relance le débat qui semblait dépassé, selon lequel le marché est le moyen pour atteindre le pouvoir et non l'inverse et devient l'instrument des politiques de pouvoir dans la mondialisation des échanges. L'accroissement du pouvoir à travers l'expansion économique est le moteur des nouveaux États émergents.

 

Et pourtant, l'actuel contexte économique doit compter avec les nouvelles stratégies offensives qui minent la base industrielle de l'économie de marché en mettant en lumière les politiques déprédatrices de celle que l'on peut définir comme une véritable guerre économique.

C'est dans ce contexte que l'on peut affirmer que toutes les entreprises, indépendamment de leur dimension, subissent les préjudices découlant de l'absence d'une culture de la sécurité économique à laquelle seule l'utilisation de l'intelligence, vue comme un instrument d'analyse de la concurrence déprédatrice, peut faire face.

Interpréter la notion de sécurité nationale en y incluant également la protection des intérêts nationaux signifie que les services de renseignements et de sécurité peuvent être appelés à agir pour protéger les grandes entreprises, ou en tout cas, les entreprises stratégiquement déterminantes, celles que les français appellent les « entreprises d'importance nationale » ou « champions nationaux ». Ces entreprises sont, souvent mais pas toujours, déjà organisées du point de vue de l'information ou de la sécurité pour survivre à une compétition de plus en plus féroce.

Cependant, celui de l’intelligence économique est un domaine dans lequel les règles entre les services des différents pays sont plus élastiques et il est difficile de parler d'ennemis comme d'amis, mais plutôt de compétiteurs et concurrents. Il s'agit d'un domaine en devenir et, en ce qui concerne le développement de l'intelligence économique européenne, nous en sommes encore à la phase embryonnaire.

 

Le développement de la société de l'information a modifié profondément le cadre des confits. Selon des analystes américains, tels que John Arquilla et David Rundfeldt, experts de la guerre en réseau (netwar) chez Rand Corporation, ce n'est plus celui qui possède la plus grosse bombe qui aura gain de cause dans les conflits du futur mais celui qui racontera la meilleure histoire.

C'est dans cette optique que les américains ont parlé, dès 1997, du concept clé de l'information dominance. Définie comme le contrôle de tout ce qui est information, cette doctrine aurait vocation à façonner le monde à travers l'harmonisation des pratiques et des normes internationales sur le modèle américain, avec pour but de mettre sous contrôle les organes décisionnaires.

Il suffit de penser, comme l'observent les spécialistes, à l'époque de l'invasion du Koweït, lorsque l'opinion publique américaine s'était mobilisée suite à un processus de désinformation planifié à l'échelle militaire ou, plus précisément, sur le plan de la guerre psychologique. Les processus de manipulation de l'information permettent de marginaliser certains faits et par conséquent, la domination de l'information est devenue une priorité pour la stratégie américaine.

Il suffit de voir comment la guerre en Irak a mis en évidence l'importance que la manipulation de l'information a acquise dans les relations internationales. Les accusations de G.W Bush contre Saddam Hussein concernant l'existence d'armes de destruction massive sont devenues un cas d'école dans l'histoire de la désinformation.

 

Cela dit, il ne faut pas tirer de conclusions hâtives quant aux façons de mener une guerre cognitive : l'on commet souvent l'erreur de confondre désinformation ou pire manipulation et véritable distorsion de l'information pour duper l'adversaire ou l'allié, par la production de connaissance conçues pour orienter des règles de conduite.

À ce propos, Harbulot a souligné le rôle profondément innovant sur le plan stratégique de la guerre de l'information et les implications que cette celle-ci a sur les entreprises.

Évidemment, l'intention de Harbulot était d'utiliser la guerre cognitive afin de protéger les intérêts des entreprises économiques françaises par rapport à la concurrence américaine. En effet, si les conflits, depuis la guerre du Golfe jusqu'au Kosovo, ont prouvé l'écrasante supériorité de l'intelligence militaire américaine au sein d'un théâtre d'opérations à l'étranger, quelle marge de manœuvre reste-t-il aujourd'hui aux responsables des services d'intelligence en Europe occidentale pour défendre les intérêts géo-économiques de leur pays contre les intérêts américains ? La réponse de Harbulot est claire : une marge de plus en plus réduite, pour ne pas dire une situation de paralysie presque totale, dans certains cas.

 

Afin que ce décalage soit effacé il est indispensable de moderniser la réflexion de Sunt-Tzu, du Komintern et de Mao mais, surtout, celle de Winston Churchill qui a été le premier chef d'un gouvernement occidental à avoir orchestré une guerre de l'information contre l'Allemagne nazie (le Plan Jaël). En matière de désinformation, il représente en effet, le génie britannique qui a dupé l'ennemi quant aux dates et aux lieux du débarquement.

Évidemment, l'absence de dispositions juridiques concernant la manipulation des connaissances entraîne de graves préoccupations quant à la sécurité économique des entreprises européennes qui doivent, par conséquent, se doter de techniques en mesure de gérer stratégiquement les informations économiques.

 

C'est justement à la lumière des choix politico-militaires américains que la stratégie française a éprouvé le besoin de définir de manière rigoureuse ce qu'est la guerre de l'information. L'expression utilisée dans le contexte stratégique français est celle de « guerre cognitive », définie comme la capacité à utiliser les connaissances dans un but conflictuel.

En particulier, l'École de Guerre Économique française reconnait qu'il y a dans la guerre cognitive un combat entre différentes capacités à obtenir, produire, et/ou entraver certaines connaissances, selon des rapports de force marqués par le binôme « fort contre faible » ou, inversement, par celui de « faible contre fort ».

Les nombreux exemples qui nous viennent du monde de l'entreprise témoignent de l'innovation dans ce domaine qui n'est pas forcément toujours du côté du plus fort.  Évidemment, les États-Unis représentent le principal auteur de la pensée cognitive du « fort contre le faible », comme exemple de la défense de leur position de superpuissance, à la fois sur le plan militaire et sur celui de l'information. Dans la façon d'orienter sa propre conduite et celle des autres, il y a une compréhension totale de l'importance de la guerre cognitive vue comme la capacité à percevoir l'image de chaque puissance de la part de l'opinion publique mondiale, argument de poids dans la recherche de la légitimité que toute démocratie doit acquérir dans les cercles nationaux et internationaux. Depuis toujours, mais plus spécialement depuis le 11 septembre, Les États-Unis ont alimenté la légitimité de leur politique en exagérant la défense de la démocratie et le besoin de sécurité mondiale comme les raisons de combattre les forces antidémocratiques.

Dans le contexte actuel de très forte compétition, la déstabilisation joue un rôle fondamental. Prenons - comme précisé par Harbulot - un exemple entré dans la culture de la guerre économique : une multinationale décide de bloquer un concurrent dans la réalisation d'un projet au sein d'une économie émergente.

 

Une opération de guerre cognitive peut prendre la forme suivante :

  • Détermination des points faibles du concurrent dans la zone en question (les faiblesses peuvent être de natures différentes : les pots-de-vin aux autorités, la pollution de l'environnement, le non-respect des droits de l'homme). Toutes les informations collectées doivent être vérifiables et ne doivent pas donner lieu à des interprétations fallacieuses.
  • Choix du procédé d'attaque à travers l'information : si l'on prend en compte l'aspect cognitif, l'on peut imaginer le scénario suivant. Le conseiller chargé de cette fonction fait verser des fonds à une fondation privée soutenue par l'entreprise. Au sein de cette fondation, un homme de confiance utilisera cet argent en le transférant vers une ONG laquelle a pour objectif la protection de l'environnement. La manœuvre consiste ensuite à sensibiliser cette ONG quant à ce dossier, en lui communiquant, indirectement, des informations vérifiables (donc non manipulées) sur les méfaits de la multinationale concurrente. L'ONG diffusera à travers son site internet des messages négatifs contre le projet du concurrent. La chaîne cognitive est ainsi créée. Par la suite, il s'agit de l'activer en connaissance de cause afin de déstabiliser la cible.

 

Le point fort de l'attaque cognitive n'est pas de duper ou de désinformer, mais d'alimenter une polémique pertinente vérifiée par le biais de faits objectifs. Le niveau de conspiration se limite à l'installation et à l'activation de la chaîne d'information. Mais plus la polémique est « fondée », moins la conspiration est facile à démontrer même juste de façon théorique.

Il est évident que la diffusion des nouvelles technologies de l'information a exacerbé la dimension concurrentielle et facilité la guerre cognitive en provoquant, comme le disent les analystes français, une conflictualité inédite même par rapport à la Guerre Froide.

L'information rentre dans l'art de la guerre en tant qu'arme capable de remporter ou non un conflit, qu'il soit militaire ou économique.

Il s'agit de changements qui imposent une révolution culturelle.

 

La guerre psychologique est l'une des principales formes de guerre de l'information, la plus sophistiquée parce-qu'elle s'en remet, avant tout, à l'intelligence humaine dans sa capacité à comprendre quelles sont les actions dont le succès est possible, par le biais, naturellement, du contrôle des moyens de communication.

Peu pratiquée et connue en France, la guerre psychologique est restée éloignée des préoccupations des militaires qui, le plus souvent, s'y sont trouvés confrontés sous la pression des événements ou des adversaires, comme en Indochine ou en Algérie.

La guerre psychologique utilise toutes les méthodes à sa disposition, de la désinformation à la tromperie, de la propagande à l'interdiction, dans des affrontements de natures différentes (de la lutte contre le terrorisme au combat conventionnel, jusqu'à la promotion de la paix), et elle est le plus souvent dirigée vers l'opinion publique, afin de la conditionner et de la manipuler.

L'arme psychologique ne conçoit pas l'improvisation, mais s'appuie sur une structure opérationnelle organisée et menée par du personnel et des organismes spécialisés.

 

Les systèmes de communication civils sont arrivés à un niveau de prestations jusqu'alors réservé aux forces gouvernementales et aux forces armées. Cela a provoqué un effet de masse entraînant la réduction des coûts. Par conséquent, même s'il est prévu de conserver certaines capacités autonomes militaires, la réalisation de systèmes d'information de défense et d'intervention dépendent de plus en plus des systèmes civils, ce qui créé une vulnérabilité qui pourrait être sous-estimée en cas de crise ou de conflit.

La zone d'action du domaine de l'information est devenue très conflictuelle, par conséquent, la guerre de l'information est devenue inévitable et s'exerce selon les fonctions de l'appropriation (intelligence) ; de l'interdiction (limitation de l'accès aux informations) et de la manipulation (intoxication).

 

L’intelligence économique est une réponse nécessaire dans un monde qui n'a plus de frontières de temps et d'espace, où l'information est instantanée et le temps de réaction est nul. Une réorganisation des structures autour de la nouvelle dimension prise par le rapport entre l'information et l'intelligence, conduit à des changements dans le système décisionnaire outre que dans la gestion des ressources humaines. Une révolution avant tout culturelle qui fait de l'information une arme qu'il faudra intégrer dans la stratégie de défense nationale.

 

Bibliographie

Denécé E.,Le nouveau contexte des échanges et ses règles cachées. Information, stratégie et guerre économique , L'Harmattan, Paris, 2001.

Gagliano G., Aspetti della guerra dell’informazione, in “Rivista Capitale Intellettuale”, 2/2015.

Gagliano G., Guerra Economica e Intelligence. Il contributo della riflessione strategica francese, Fuoco Edizioni, Roma, 2013.

Gagliano G., Guerra psicologia. Saggio sulle moderne tecniche militari cognitive e di disinformazione, Fuoco Edizioni, Roma, 2012.

Gagliano G., Intelligence economica: una nuova arma al servizio della competitività dello Stato, delle imprese e dei territori nell’interpretazione di Eric Denécé, in “Capitale Intelettuale”, Anno 4, n.1, Febbraio 2013.

Harbulot C., Techniques offensives et guerre économique, Paris, Etudes Aditech - CPE, Paris 1990.

Harbulot C., Tecnique offensive et guerre économique, Reveu politique et parlamentaire, n° 948, 1999.

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 09:10
Attention: produit indispensable à la démocratie, mais frelaté il peut nuire gravement à sa santé

Attention: produit indispensable à la démocratie, mais frelaté il peut nuire gravement à sa santé

« Les journalistes de CASH se permettent de marier insolence de la forme et rigueur absolue des faits » peut-on lire sur le site de sa société de production, Premières Lignes. 

C’est manifestement raté dans l’émission Cash Investigation sur les pesticides diffusée le 2 février 2016 sur France2.  

 

REACTIONS

 

AFIS

« Cash Investigation et les pesticides : quand des contrevérités sont diffusées en prime time »

Mise à jour le 2 mars 2016 : connaissance scientifique malmenée, omissions, mise en scène orientée, quelques dessous de l’émission, "Comment les téléspectateurs ont été abusés par Cash Investigation"

Dossier "Pesticides"

Pesticides : risques, bénéfices et idées reçues

Les limites maximales de résidus, un indicateur de sécurité alimentaire

Se procurer la suite du dossier 

 

FORUMPHYTO

« Cash Investigation est en service commandé et ment par omission »

« Cash Investigation (suite) : l’évangile selon Sainte Lucet »

« Cash Investigation s’embourbe dans ses mensonges »

 

Blog Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« L'autisme de Cash Investigation » 

« Cash Investigation » : le scandale de l'eau de Moriers

Sur le faux chiffres de 97% : « Cash Investigation » ou 97 % de « cash obstination »

« Cash Investigation » : « Crache désinformation » sur les cancers des enfants

« Cash Investigation » : vous avez dit « lobby » ? (Une édifiante comparaison entre les moyens déployés par les lobbies industriels et les lobbies de l'écologie politique)

 

Une vidéo d’Agriculture & Environnement

Le journaliste qui n’a « vu que ce qu’il voulait voir »

 

Blog IMPOSTEURS

Philippe Verdier, présentateur météo sur France 2, est viré pour cause de climatoscepticisme, mais pas Elise Lucet pour contrevérités.

Quand France2 intoxique à hautes doses, par Jérome Quirant

 

Blog LA FAUCILLE ET LE LABO

 

A lire aussi

Sur les perturbateurs endocriniens, par JF. Narbonne: 

« Comment la politique l'emporte sur la science au sujet des perturbateurs endocriniens »

Sur Tyrone Hayes, Professeur cité par Cash Investigation

 

UNE PRESSE MOINS COMPLAISANTE QUE D’HABITUDE

24Matins

« Pesticides : Quand Cash Investigation arrange les chiffres à sa sauce »

Le Républicain

« Un message trompeur et alarmiste »

Le Courrier de l’Ouest

Courrier des lecteurs : « Pesticides : des contre-vérités »

Le Figaro

« Le chiffre de Cash investigation fait polémique »

Libération

« Pesticides : le chiffre bidon de Cash Investigation »

« Pesticides, épisode 2 : « Cash Investigation» a toujours tort »

 

Quelques crédules (liste non exhaustive)

FranceInfo (Anne-Laure Barral)  Gironde : une manifestation pour dénoncer les pesticides

L’Obs (Edouart Lamort) « Un travail de titans...»

Le Point (Olivier Pérou) « Les chiffres effrayants...»

Le Monde, tout en nuances : « l’agriculture qui tue »

et bien sûr Nicolas Hulot sur facebook après l’émission : « On ne lâche rien sur le sujet des pesticides! », mais qui n’a rien vu des fausses allégations de Cash Investigation.

Daniel Schneidermann justifie "les manipulations de l’information «pour la cause»". Lire aussi "l'étrange position de Daniel Schneidermann à propos de Cash Investigation"

 

Observatoire des Journalistes et de l'Information médiatique

PESTICIDES : « CASH INVESTIGATION » SE PREND LES PIEDS DANS LE TAPIS

 

DES LIENS AVEC GENERATIONS FUTURES, UN LOBBY ANTI-PESTICIDE

Consulter Ecolopedia : Selon UFC-Que Choisir, GF «assume le rôle d’organisme de promotion d’une filière», en l’occurrence celle du bio.

« La formidable capacité de cette mouvance à s'associer pour « chasser en meute », à mobiliser des soutiens dans les médias et la blogosphère, et à exploiter le filon des « réseaux sociaux », exutoires de bien des frustrations »

 

EMISSIONS PRECEDENTES CONTROVERSEES

En  mars 2012, une lettre de Michel-Edouard Leclerc (sur un reportage en cours)

« Cash Investigation » sur France 2 : mentir pour faire de l’audimat »

2 octobre 2013, Formation professionnelle, le grand détournement 

« Cash investigation » (France 2) : une enquête faussement subversive sur la formation professionnelle »

4 novembre 2014, Les secrets inavouables de nos téléphones portables

28 septembre 2015, Diesel la dangereuse exception française

La réponse de Jean Paul Morin, chercheur INSERM

8 octobre 2015, Marketing, les stratégies secrètes

« Cash Investigation : big data et grosses ficelles »

Réponse de l’Unicef.

 

Site parodique qui  se moque du réalisateur M. Boudot, déjà en 2013 :

http://www.legorafi.fr/2013/09/13/lego-dun-journaliste-de-cash-investigation-obtient-sa-carte-de-presse/ 

 

EN RESUME :

CASH INVESTIGATION OU LA FABRIQUE DU BUZZ

 

UNE VOLONTE DE VERROUILLER LES POSSIBILITES DE CRITIQUES et, lorsque cela a échoué, DE LES DISCREDITER

 

UNE SOCIETE DE PRODUCTION RECIDIVISTE DE L’ACTIVISME IDEOLOGIQUE.

PREMIERES LIGNES est une société de production fondée par Paul Moreira et Luc Hermann qui se sont illustrés sur Canal+, notamment par des reportages anti-OGM qualifiés de « manipulation médiatique ».

Crash de Cache Investigation
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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 12:46

Penser après un vendredi 13 (ni nationalisme, ni cosmopolitisme). Repris par le site Contrepoints

Deconstruire les déconstructeurs de l'idéologie postmoderne.

Penser le réel après les attentats, ce qui suppose de nommer et démasquer l’imposture intellectuelle postmoderne là où elle se niche, que ce soit chez les politiques, les médias ou certaines chapelles (y compris universitaires). Publié par Atlantico.

 

Pourquoi le biologiste que je suis a-t-il légitimité à parler de cette idéologie ?

Parce que cette idéologie est aussi déclinée en science. Il ne s'agit pas de dire que cette déclinaison est responsable des attentats. Mais comprendre comment une idéologie qui veut déconstruire la méthode scientifique a pu devenir hégémonique dans les institutions scientifiques aide à comprendre sa domination, de manière plus large, dans la société.

 

Mes textes précédents à ce sujet:

Menaces-postmodernes-sur-la-science

 

Un glossaire du postmodernisme anti-science et anti-technologie

 

Comment le postmodernisme encourage une « science » parallèle

 

Le fiasco de la sociologie postmoderne à l'Inra (et ailleurs)

 

Sciences participatives ou science captive

 

Sans entrer dans un combat politicien, on doit constater:

Quand la Gauche a perdu la Raison

Mes textes récents post-attentats
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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 13:16

Notre nouvelle publication

Challenges facing European agriculture and possible biotechnological Solutions

A. Ricroch, W. Harwood, Z. Svobodová, L. Sági, P. Hundleby, E.M. Badea, I. Rosca, G. Cruz, M.P. Salema Fevereiro, V. Marfà Riera, S. Jansson, P. Morandini, B. Bojinov, S. Cetiner, R. Custers, U. Schrader, H-J. Jacobsen, J. Martin-Laffon, A. Boisron, M. Kuntz
Critical Reviews in Biotechnology

 

Résumé

L’agriculture est confrontée à de nombreux défis afin de maximiser les rendements tout en produisant d'une manière écologiquement durable. Dans la présente étude, nous analysons les grands défis agricoles identifiés par les agriculteurs européens (principalement liés aux bio-agresseurs) dans 13 pays, à savoir Belgique, Bulgarie, République tchèque, France, Allemagne, Hongrie, Italie, Portugal, Roumanie, Espagne, Suède et Royaume-Uni, ainsi que Turquie, pour les 9 plus grandes cultures (blé, maïs, orge, colza, tournesol, olive, vigne, betterave, pommes de terre). Ces bio-agresseurs des cultures sont des champignons ou des insectes, ou des maladies virales ou bactériennes et même des plantes parasites qui ont un impact important sur le rendement et la qualité de la récolte.

Des enquêtes nationales ont été menées pour identifier ces défis. Nous avons ensuite examiné comment ces défis agricoles ont été abordés par la recherche publique et privé, en utilisant soit la sélection variétale classique, la sélection assistée par marqueurs, la transgénèse, la cisgénèse, la technologie des ARN interférents ou la mutagenèse. Nous avons d’abord collecté la littérature scientifique et l’avons analysée par une exploration de texte informatique (il s’agit de la première utilisation d’un tel logiciel pour une analyse de la littérature scientifique sur l'amélioration des plantes et la recherche en biotechnologie agricole). Nous avons ainsi mesuré la part du génie génétique et celles d’autres approches.

Pour ces 9 grandes cultures en Europe, 128 défis liés aux bio-agresseurs ont été identifiés. 40% de ceux-ci ne sont pas pris en compte ni dans la littérature scientifique, ni dans les programmes de recherche publics européens récents (non-publiés). Le secteur privé se consacre uniquement à un nombre limité de ces défis « négligés ». Par conséquent, il existe un gouffre entre les besoins des agriculteurs et les recherches effectivement menées.  Nous fournissons également des preuves quantitatives que la situation politique actuelle (opposée aux OGM) dans certains pays européens est un obstacle à cette recherche afin de relever ces défis agricoles dans l'avenir. Cette étude devrait également contribuer à éclairer le processus de prise de décision sur les futurs consortiums internationaux de recherche afin de combler les déficits de la recherche identifiés.

 

A NOTER le décrochage de la France qui mène aujourd’hui moins de programmes de recherche que la République Tchèque ! Le Royaume-Uni est devenu le leader européen grâce notamment à des gouvernements qui ont soutenu les biotechnologies végétales…

 

 

A noter également ces publications précédentes récentes

Les plantes biotechnologiques du futur

Next biotech plants: new traits, crops, developers and technologies for addressing global challenges.
Agnès E. Ricroch
, and Marie-Cécile Hénard-Damave

Critical Reviews in Biotechnology

 

La biosécurité des aliments issus des biotechnologies

Looking back at safety assessment of GM food/feed: an exhaustive
review of 90-day animal feeding studies. 

Agnès E. Ricroch, Audrey Boisron, Marcel Kuntz
International Journal of Biotechnology, vol.13
(4), mise en ligne avril 2015

Cette publication compile les études toxicologiques dites sub-chroniques
sur animaux de laboratoire nourris pendant 90 jours par des aliments
dérivés de plantes transgéniques :

http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/2015/04/nouvelle-compilation.html
(voir aussi la synthèse des résultats des autres types d’études dont les résultats vont tous dans le même sens)

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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 12:49

Vient de paraître !
Looking back at safety assessment of GM food/feed: an exhaustive review of 90-day animal feeding studies.  Agnès E. Ricroch, Audrey Boisron, Marcel Kuntz 
International Journal of Biotechnology, vol.13 (4)
 
Cette compilation examine les :
60 avis de l'Autorité Européenne de Sécurité Sanitaire (EFSA) concernant des dossiers réglementaires,
46 études publiées dans des journaux scientifiques
qui incluent des études toxicologiques dites sub-chroniques sur animaux de laboratoire nourris pendant 90 jours par des aliments dérivés de plantes transgéniques.
 
Aucune de ces publications n'identifie un problème sanitaire.
 
Nous avons précédemment compilé les études toxicologiques à long terme et les études de profilages à grande échelle de plantes génétiquement modifiées de la recherche publique. D'autres auteurs ont fait de même pour les études sur animaux de ferme.
Les conclusions sont toujours les mêmes : aucun effet délétère n'est mis en lumière.

Pour un résumé simple du contexte règlementaire, politique et scientifique.

Cela confirme, comme décrit dans mon livre OGM, la question politique (PUG),
que les allégations sur les dangers des OGM sont guidées non par les faits scientifiques, mais par une volonté de détruire ces biotechnologies pour des raisons politiques.

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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 16:48

Dans la Lettre d'ATHENA (jan. fév. 2015), Alliance Nationale des Sciences Humaines et Sociales (instance de coordination des SHS), Sandra Laugier (membre du comité de pilotage de la Mission Interdisciplinarité du CNRS) s’exprime dans une interview :

« [Les SHS] sont au cœur de formidables formations universitaires et elles sont par tradition soutenues au CNRS, pour un ensemble de champs de recherche spécifiques, dont certains n’auraient jamais connu leur développement international sans ce soutien: par exemple l’archéologie, l’anthropologie, la philologie classique.... ».

 

Jusque-là, pas de problème. La suite commence à devenir plus inquiétante :

« les SHS apparaissent désormais toutes, et partout, en tant que source de transformation ».

 

Et en réponse à la question « Avez-vous le sentiment que les autres disciplines acceptent facilement ce nouveau positionnement des SHS ? », S. Laugier répond :

« C’est là que cela se complique ! Mais elles n’ont pas vraiment le choix » […] il reste encore aux SHS à conquérir une forme d’égalité, à faire comprendre que le point de vue du chercheur en SHS, sur l’environnement, les nanotechnologies ou la biologie synthétique par exemple, est tout aussi pertinent et valable que celui du chercheur en physique ou en biologie ».

 

Nous touchons là précisément au problème que posent certaines SHS :

- positionnement dans un rapport de pouvoir et non de complémentarité scientifique,

- irruption dans des disciplines dont elles ignorent et nient les lois et méthodes,

- volonté de s’imposer aux scientifiques qui n’auraient « pas vraiment le choix ».

 

Il devient urgent d’apprendre à décrypter ces chapelles qui n’englobent pas la totalité des SHS, mais qui tentent d’imposer leurs points de vue dans les champs de la recherche scientifique et technologique (en particulier publique).

 

 

I - Identification des Science and Technology Studies (STS)

 

Les pratiquants de cette « science humaine et sociale » très particulière  déclinent des idées toujours enracinées dans la même idéologie, dite postmoderne

La pensée postmoderne se définit comme une réaction contre la modernité. Le postmodernisme est ainsi un mouvement viscéralement anti-Lumières.

Lire le Dossier : où est l’héritage des Lumières ?

 

La pensée postmoderne, critique de la science, se caractérise par deux traits

- le constructivisme social c’est-à-dire l’hypothèse que le réel scientifique est sociologiquement construit par les chercheurs 

« …A l’évidence, l’émergence d’un fait [scientifique] résulte d’un processus social de construction qui se déroule à l’intérieur de la communauté scientifique. Tout le problème du chercheur consiste donc à faire émerger des faits, qui vont lui permettre d’obtenir une certaine reconnaissance, un certain crédit ». (Bruno Latour - Le métier de chercheur)

- le relativisme 

«Bien qu’on me mette souvent en garde contre le danger de «se noyer dans le relativisme», je prétends au contraire qu’on doit apprendre à y nager...». (Bruno Latour - Changer de société, refaire de la sociologie, p.37)

 

Parmi les sous-disciplines de la pensée postmoderne, on trouve les gender studies (à coté de travaux scientifiques qu'il n' y a pas lieu de critiquer ici, certains croient devoir justifier que "c'est de la science" en niant l'existence d'une idéologie du genre) et les science studies (aussi appelées science and technology studies ou STS) décryptées ici.

 

 

II - Quelques autres caractéristiques

 

1. Entre soi et hégémonisme

Cet « entre soi » est un excellent guide pour identifier les chapelles des SHS, notamment les STS. Dans l’écrasante majorité des cas, les personnes qui participent à un colloque organisé par les STS - ou à une de leur publication - appartiennent à la même chapelle (la transversalité ne semble pas concerner les SHS).

L’exemple de la collaboration entre STS et le Génopole : lors des 4 colloques successifs « Science de la vie en société » du Genopole, tous les orateurs invités du partenaire SHS (l’IFRIS), qu’ils soient sociologues, philosophes, historiens des sciences, provenaient du même courant.

 

2. Cadrage des travaux sur une base idéologique à laquelle on ne peut se soustraire si on souhaite publier, soutenir une thèse, obtenir un poste, etc.

Décryptage du livre « Plantes transgéniques : quelle évaluation éthique ? (qui fait suite à une thèse encadrée par Catherine Larrère).

 

3. Déconstruction de la science et jeux de mots

On peut citer ici, parmi d’autres, Brian Wynne (Professeur de « Science Studies » à l’Université de Lancaster) qui a théorisé, à propos de l’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA), l’existence d’une « EFSA-science » et d’une « non-EFSA science ». Il s’agit de créer de toute pièce une « controverse, alors que bien sûr il n’y a qu’une seule science.

En réponse, lire : The postmodern assault on science.

 

4. Instrumentalisation de l’engouement pour les sciences

Ajout de l’adjectif « citoyennes » et détournement à des fins politiques d’une mission « Sciences Citoyennes » au CNRS.

 

5. Rejet de toute réponse critique des scientifiques, systématiquement qualifiés de « scientistes » (ou de positivistes) lorsqu’ils sont attachés au respect de la méthode scientifique et de la distinction entre le vrai et le faux.

Réponses: « Why the postmodern attitude towards science should be denounced »

 

 

III – Glossaire

 

Il suffit de quelques termes du vocabulaire STS pour permettre aux scientifiques, aux enseignants et à tous ceux qui le souhaitent, d’identifier cette idéologie.

 

Controverses : le processus qui relie la science, la technologie et la société peut se résumer à un paysage de controverses. D’où le programme de Bruno Latour à Sciences Po, intitulé « Mapping controversies ».

La controverse devient le moyen de dénigrer la science et, sur le plan sociétal, le moyen de positionner à égalité toutes les parties prenantes, qui deviennent aussi légitimes que les experts. Le relativisme est ainsi assuré.

En didactique des sciences, la controverse est également considérée comme un outil d’enseignement de la science par des didacticiens proches des STS :

Nombreux spécialistes STS considèrent que les controverses sont un outil de démocratie technique (voir ce terme).

 

Révélateur dans le livre de Callon, Lascoumes et Barthe (« Agir dans un monde incertain ») : « Il ne faut pas se contenter d’attendre que les controverses se déclarent. Il faut les aider à émerger, à se structurer, à s’organiser ».

 

Des sous-chapelles de la sociologie des controverses existent, qui développent par exemple des concepts comme la « balistique des controverses » de Francis Chateauraynaud. Ici aussi, ce qui est vrai ou faux n’est pas central, seuls comptent la controverse (ou le conflit) et les évolutions tactiques des acteurs. Voir à ce sujet.

 

 

Co-production de connaissances : tentative de certains sociologues de la connaissance pour défendre et justifier leur présence au sein même des laboratoires de recherche.

L’idée, développée entre autres dans les ouvrages de Michel Callon (Centre de Sociologie de l’Innovation de l’Ecole des Mines) est que les scientifiques ne possèderaient pas toutes les compétences pour « produire » une connaissance adéquate ; les experts des sciences humaines, mais aussi les « profanes » et leurs associations doivent pouvoir leur apporter une valeur ajoutée, en jouant qui plus est un rôle d’observateurs critiques sur les lieux de l’activité scientifique.

 

De nombreuses sous-chapelles de cette co-production des connaissances existent, en particulier une vaste activité de « sociologie des laboratoires ». Sous prétexte d’une analyse ethnographique des chercheurs, la sociologie prétend comprendre la manière dont émergent les concepts scientifiques, tous socialement construits suivant son cadre de pensée.

 

 

Deficit Model : concept en provenance des STS britanniques, en réaction critique à un rapport de la Royal Academy of Science publié en 1985, concernant le « public understanding of science ». La critique porte sur le fait que les auteurs du rapport donnent l’impression de penser – selon leurs contradicteurs - qu’il « suffit » que les scientifiques expliquent ce qu’ils font pour que la société se l’approprie avec enthousiasme.

Les adeptes des STS voient dans le déficit model et dans la prétendue demande d’ « acceptabilité » (des inventions des scientifiques) l’arrogance des scientifiques dont la supériorité supposée vient de ce qu’ils prétendent avoir un savoir que les autres n’ont pas. Les STS prônent donc des approches participatives (co-construction des technologies, etc.) dont on sait qu’elles ont échoué lorsqu’elles ont été mises en œuvre (Kuntz, Controverses autour de la transgénèse végétale : des visions du monde divergentes)

 

 

Démocratie technique : déclinaison « science et technologie » de la démocratie participative. A distinguer soigneusement de la démocratie locale (qui n’est pas incompatible avec la démocratie représentative).

La démocratie technique consiste à organiser l’implication d’une soi-disant « société civile » dans les choix de politiques scientifiques ainsi que dans les activités scientifiques et techniques. La société civile peut être représentée par des citoyens (cf. conférences de citoyens), mais dans les faits elle est prioritairement représentée par ceux qui s’autoproclament leurs représentants, c.à.d. principalement des associations/organisations critiques de la science, se définissant comme « parties prenantes » (voir ce terme) ou comme « lanceurs d’alerte ».

 

« Contrairement à une conviction largement répandue, il se pourrait que, tout compte fait, la science ne soit pas un bien public dont la production améliore la prospérité collective, mais un malheur public dont les effets néfastes doivent être contenus à tout prix » (M. Callon).

 

 

Experts/profanes : par cette séparation il s’agit d’affirmer que certains – les experts - « prétendent » posséder un savoir supérieur (une compétence), et que l’expertise devrait s’étendre à l’ensemble des « citoyens ». Le but des forums et de la démocratie technique est donc de permettre aux différents avis de s’exprimer, puisqu’ils se valent tous (une compétence de plusieurs dizaines d’années d’un scientifique ne vaudra pas plus qu’une opinion d’un « citoyen »).

 

« … à l’heure où l’on évoque de plus en plus la notion de « démocratie technique », le traitement symétrique des savoirs experts et des savoirs profanes apparaît comme l’un des moyens de lui donner une forme concrète » (Yannick Barthe).

 

 

Forums hybrides, conférences de citoyens, jury citoyen : outils de débat à vocation de « public engagement in science ». Leur niveau de civilité varie selon les pays. Dans de nombreux modèles, ils constituent un véritable procès de la science.

 

Pour Corinne Lepage (écologiste politique, avocate spécialisée dans l’environnement), « il est essentiel pour les décideurs d'avoir accès à une expertise impartiale et d'envisager tous les arguments sur tous leurs angles. Des procédures d'enquêtes approfondies devraient être systématiquement organisées pour récolter tous les avis, comme dans une salle d'audience ».

 

Cependant, « comme la querelle sur les OGM l’a montré, les scientifiques ne seront jamais en mesure de gagner lors de débats de type « salle d’audience » d’une cour de justice : manifestement, si toutes les « constructions sociales » de la science sont égales, certaines le sont plus que d'autres » (Kuntz, le postmodernisme contre la science, Revue Commentaire automne 2014).

 

 

Midstream Technological Assessment/Modulation : le concept par lequel les STS prétendent procéder à l’évaluation des technologies innovantes au sein même des laboratoires, le plus en amont possible. Il ne s’agit pas ici de faire en sorte que cette évaluation soit réalisée par des organes officiels (comme la CNIL ou le Comité scientifique du Haut Conseil des Biotechnologies), mais qu’elle soit opérée par des sociologues/anthropologues « de terrain ». Cela permet aux STS de se positionner « au-dessus » des chercheurs en termes de valeurs morales et sociétales.

 

 

Parties prenantes ou Stakeholders : dans le cadre d’un débat ou d’une controverse « sociotechnique » l’ensemble de tous ceux qui se considèrent concernés. Les parties prenantes sont donc les chercheurs et les industriels, auxquels il convient d’ajouter le « public », mais comme celui-ci n’a généralement pas le temps, ni la motivation, ce sera ceux qui ont décidé de parler en son nom, c’est-à-dire des associations/organisations qui promeuvent le débat comme une fin en soi ou pour imposer une interdiction. Il est très rarement fait état des élus comme faisant partie des « parties prenantes », puisqu’il s’agit de supplanter la démocratie représentative.

Voir à ce sujet : Nathalie Berny - Le lobbying des ONG internationales d’environnement à Bruxelles

 

Sur le rôle des citoyens dans les choix scientifiques, voir cette pièce de Pierre-Benoit Joly et Arie Rip qui considèrent en 2007 que l’expérience de sociologie postmoderne appliquée, mise en oeuvre à l’INRA de Colmar, est « highly productive », alors qu’elle s’est avérée 3 ans plus tard un fiasco complet.

Voir aussi une lettre de lecteur suite à l’article de Joly et Rip.

 

 

Technoscience : le mot a été inventé par un philosophe belge, Gilbert Hottois, pour signifier cet aspect de la recherche où les composantes scientifiques et techniques sont étroitement imbriquées. Il est devenu synonyme d’une sorte de machine « technoscientifique » emballée, sur laquelle plus personne n’aurait de maîtrise. Ce terme est donc souvent utilisé d’une manière critique à l’égard de la science et de la technologie, comme dans le titre de l’ouvrage de Bernadette Bensaude-Vincent « Les vertiges de la technoscience ». Souvent aussi, y compris chez Hottois, on retrouve la confusion entre « technologie » et « technocratie ». 

 

 

Production de connaissances : cette expression a remplacé le mot « recherche » dans de nombreux contextes. La notion de « production » est ici d’origine marxiste, mais elle a pris une tournure économique néo-libérale (voir à ce sujet l’ouvrage de Gibbons et al. The new Production of knowledge). Dans la pensée postmoderne, le terme annonce la déconstruction de l’universalité de la science (appelé « Mode 1 ») ; pour les auteurs de cet ouvrage, le futur appartiendrait à un « Mode 2 » où la science deviendrait une activité locale prenant en compte les diversités culturelles.

 

 

Risque : notion qui provient du monde de l’assurance et qui a été portée dans le domaine des SHS principalement par l’ouvrage d’Ulrich Beck « La Société du Risque ». L’idée est que nous vivons dans une société qui n’arrête pas de subir les nombreux risques engendrés par la science et la technologie (amiante, vache folle, nucléaire, etc.). L’ouvrage de Beck traite principalement de risques industriels allemands, mais la généralisation a été faite vers l’ensemble des « crises » dont l’origine serait la science et la technologie.

Dans cette optique, le risque est toujours considéré en soi, indépendamment du bénéfice. Dans « Le principe Responsabilité » Hans Jonas prône ce qu’il appelle l’heuristique de la peur pour enseigner aux citoyens la crainte du risque.

Les SHS postmodernes se nourrissent de « risques » qui sont souvent politiquement construits par l’écologie politique - qui impose l’idée que « la planète » serait menacée et s’arroge le magistère moral de la sauver.

 

« L’écologie politique marque l’âge d’or des sciences sociales enfin délivrées du modernisme ». (Latour - Politiques de la nature, comment faire entrer les sciences en démocratie)

 

 

Pour finir de manière ludique !

QUIZ : combien de ces termes se trouvent dans ce projet de l’Institut Francilien Recherche Innovation Société (IFRIS) ?

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Published by Marcel Kuntz - dans Documents
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