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  • : OGM : environnement, santé et politique
  • : Actualité et faits scientifiques sur les OGM
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Introduction

Le propriétaire de ce site ne dit pas si les OGM c’est bien ou mal, s’il faut en manger ou pas. Il n'est payé ni par Monsanto, ni par Carrefour, ni par Greenpeace... (lire la suite).    ENGLISH VERSION uk-flag                                                    

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L'auteur

Marcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS et enseignant à l’Université Grenoble-Alpes, ses seules sources de revenus. Ses analyses n'engagent pas ses employeurs.

Dernier ouvrage:

Glyphosate, le bon grain et l'ivraie

 

Précédent : L'affaire Séralini: l'impasse d'une science militante

Autre ouvragecouv grand public :

OGM, la question politique

 

 

Ouvrage précédent: Les OGM, l'environnement et la santé  

 

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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 20:46

La Cour d’Appel de Colmar a relaxé le 14 mai 2014 les prévenus condamnés en première instance pour avoir détruit un essai OGM scientifique non marchand de l’Inra en août 2010. Il s’agissait d’une expérimentation sur une vigne où seul le porte-greffe était transgénique (vigne développée à l'origine pour étudier sa résistance au virus responsable de la maladie du court-noué) et l'essai en question visait à étudier l'interaction entre transgène et environnement. Le saccage de l’essai en 2010 avait été condamné par les ministres Pécresse et Le Maire

Autres éléments. 1. Le parquet général de Colmar a annoncé le 19 mai son pourvoi en cassation. 2. Déclaration signée par les dirigeants de douze organismes de recherche : "Au nom de la communauté scientifique, nous ne pouvons aujourd'hui qu'exprimer notre total soutien à l'Institut national de la recherche agronomique, l'INRA, et notre inquiétude forte face aux conséquences d'une décision de justice intervenue à son encontre le 14 mai". 3. Communiqué de l'Académie de l'agriculture de France.

Dernière nouvelleLa Cour de Cassation a cassé le jugement de la Cour d'Appel de Colmar le 5 mai 2015. 

 

Des risques mal évalués ?

La Cour d'appel de Colmar a jugé que l'Etat n'aurait jamais dû autoriser cet essai « sans véritable étude d'impact », qu’il y a eu « une erreur manifeste d'appréciation des risques inhérents » à l'expérience, réalisée dans un environnement non confiné.

Pourtant le Comité scientifique du Haut Conseil des Biotechnologies (HCB), l’autorité scientifique compétente, avait estimé, le 15 mars 2010, que « …compte tenu des caractéristiques des OGM disséminés, de la taille de l’expérimentation et des mesures préventives adaptées, […] l’expérimentation telle qu’elle est décrite […] ne présente pas de risques identifiables pour la santé humaine ou animale ou pour l’environnement. ». Même l’autre comité du HCB, le CEES, pourtant dominé par les lobbies anti-OGM, avait  «pris acte des dispositifs mis en place pour assurer au mieux la sécurité et la surveillance de l’expérimentation ».

Le prédécesseur du HCB, la CGB, avait aussi donné un avis favorable en 2004.

Notons aussi cette déclaration le 08 septembre 2009 du Sénateur Jacques Muller (les Verts), peu suspect d’être pro-OGM…, « les dispositions techniques mises en œuvre (à Colmar) étaient telles que l’on pouvait littéralement parler d’essai OGM en plein air confiné, tant la dissémination des gènes dans l’environnement et donc sa contamination étaient rendues techniquement impossibles ».

 

La Cour d’Appel s’est donc prononcé au sujet de faits scientifiques en suivant, non pas l’autorité scientifique compétente, mais en tranchant entre les opinions qui se sont exprimées (le parquet et les témoins des prévenus), en donnant raison en l'occurrence à l'opinion des opposants (d'autant plus facilement qu'ils ont rodé leur propre « science » parallèle). La science «normale» (CGB, HCB, les biologistes de l’INRA de Colmar, etc.) avait été suivie en première instance, mais pas même auditionnée en appel. C'est précisément une des caractéristiques de l'idéologie postmoderne -qui imprègne largement l’air du temps- que de considérer la science comme une opinion comme une autre, qui peut être contredite par n'importe quelle opinion. 

Au sujet du postmodernisme en science, lire : "Menaces postmodernes sur la science" et

"Volonté de mainmise sur la science". 

 

Une chapelle de sociologie devenue pensée unique

Ironie de l’histoire, ce postmodernisme judiciaire -associant relativisme et précautionisme- signe ainsi la faillite finale de l’expérience de sociologie postmoderne appliquée que fut cet essai de vigne à Colmar. En effet, ce n’est pas faire injure aux biologistes de l’Inra de Colmar que de rappeler que leur technologie (déjà ancienne) de résistance à un virus était obsolète (ce qui permettait néanmoins certaines études biologiques). Mais il s’agissait principalement de procéder à une expérience « participative » sous la forme d’un « modèle pilote de concertation avec la société civile » (la société civile étant en fait à Colmar limitée à des groupes motivées, c'est-à-dire des opposants qui ont accepté de participer). Ainsi l’un des sociologues à l’origine du projet s'auto-congratulait en 2007 car «l’expérience était hautement productive » (“the experiment was highly productive”).

 

Il conviendra d’établir, dans une démarche d’historien, comment une pensée bien particulière, celle des « science studies », historiquement imprégnée de relativisme (la vérité scientifique n’est qu’une « construction sociale »), dans un « cadrage postmoderne » idéologique (les technologies doivent être «co-construites») a pu devenir hégémonique à l’Inra et entrainer l’adhésion (et les financements) de sa Direction de l’époque.

En fait de « société civile », il a été donné un rôle exorbitant à un « comité de suivi » dominé par l’écologie d’idéologie, sans contrepartie aucune. Ce qui n’a pas empêché l’essai au champ d’être détruit en 2009, puis encore en 2010.

Après ce jugement de Colmar, les biologistes de l’Inra, qui ont joué le jeu avec une probité absolue, ont été les victimes de A à Z de cette idéologie postmoderne.

 

Autres documents

Lire la tribune de François Houllier, Président de l’Inra, dans un contexte où l’organisme est contraint par les politiciens de travailler exclusivement sur un « modèle agricole sans OGM cultivés et vers l’agro-écologie ».

 

Pour lire plus en détails mon analyse épistémologique, télécharger mes publications dans EMBO Reports :

The post-modern assault on science

Why the postmodern attitude towards science should be denounced

 

Pour se procurer mon dernier livre : OGM, la question politique (Presses Universitaires de Grenoble).

 

Autres exemples d’intrusions du postmodernisme dans des organismes scientifiques

Une mission exploratoire avait été confiée par le Président du CNRS dans le but de faire le point sur les actions susceptibles de rapprocher la science et les citoyens, qui fut détournée vers des « sciences citoyennes » non dépourvues de visées politiques...

Lire les détails        Lire la mise au point du Président du CNRS.

On peut se demander ce qui distingue la science ainsi adjectivée de la « science prolétarienne » ou de la « physique allemande » de sinistre mémoire… Au delà de cette remarque d'humeur, une science proche des citoyens peut recouvrir l’exigence démocratique de partage des connaissances, mais aussi être transformée en un partage de la production de  connaissances où certains prétendant représenter la « société civile » influent sur la méthode scientifique elle-même.

 

A la suite de la fusion de l’Afssa et de l’Afsset en 2010, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) ainsi créée s’est trouvée de fait investi par les sociologues postmodernes de l’Afsset. A la suite de critiques du postmodernisme parues sur le site de l’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS), un « rapport » portant le logo de l’ANSES, et financé par l’Anses, à pris violemment à partie des membres de l’AFIS. Lire les détails et la réponse de la Direction de l’Anses.

Faut-il comprendre que le concept de « balistique des controverses », que manie certains de ces sociologues, signifie qu’ils se considèrent autorisés à faire feu sur les scientifiques, mais que toute réplique à leur égard leur est insupportable…

 

On appréciera aussi l’absence de pluralité de vues dans la démarche de la chapelle postmoderne des « sciences studies » (qui veulent pourtant entrainer les scientifiques dans des « débats contradictoires », voire même « mettre la science en procès ») en remarquant que leur association aux colloques « Science de la vie en société » du Genopole a conduit à ce que soit exclusivement invités des personnalités des sciences humaines appartenant à leur propre chapelle lors de 4 colloques successifs !

 

On notera aussi le projet PGM/GMO90plus financé par l’argent du contribuable suite à l’agitation médiatique créée par la «publication-choc» de Séralini et coll. en septembre 2012 (et finalement retirée par le journal). Alors qu’il était apparu rapidement que les conclusions de Séralini étaient fausses, certains ont voulu y voir la nécessité d’«améliorer le protocole d’étude de la toxicité dite sub-chronique (à 90 jours) menée chez le rat en s'appuyant sur des concepts et des technologies les plus avancées, afin d'en optimiser le caractère prédictif à long terme ». La page ayant été retirée du site de l'ANSES, nous la reproduisons ici.

La non-nécessité scientifique des études sur animaux dans le cas des OGM ne sera pas discutée ici. 

En revanche, le caractère postmoderne de ce projet mérite d’être souligné ici : « Compte tenu du débat sociétal en France sur la question de l’impact environnemental et sanitaire des plantes génétiquement modifiées et de ses modalités d’évaluation, il est apparu nécessaire de concevoir un dispositif permettant d’associer la société civile dans le déroulement du projet ». Les objectifs assignées à cette instance de « dialogue » avec les parties-prenantes sont entre autres d’ « enrichir le contenu et la démarche de recherche ». La méthode scientifique va donc être améliorée par la "société civile"!

Manifestement les leçons de Colmar et des affrontements idéologiques au HCB n’ont pas été tirées : il est facile de prévoir que cette instance se transformera, comme les autres investies par l’idéologie, en une foire d’empoigne où les opposants aux OGM voudront dicter les conclusions scientifiques. Et où on verra les organisateurs céder petit à petit sur tout pour ne pas devoir reconnaître que leur démarche était, dès le départ, d’une naïveté confondante...

A suivre…

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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 17:36

Pour ou contre une proposition de loi visant à interdire la culture en France du maïs génétiquement modifié MON 810, autorisé dans la Communauté Européenne, sachant que cette loi sera annulée par le Conseil Constitutionnel car contraire aux lois de la Communauté. La grosse astuce est que le délai avant cette annulation sera suffisant pour interdire de fait de semer ce maïs cette année en France.

L'analyse d'Yves Barois, citoyen retraité néanmoins attentif. 


J’ai tenu à vous en informer pour deux raisons :

         • la première est un discours remarquable de M. Bernard Accoyer qui donne une excellente analyse, non seulement de la proposition de loi, mais également des doctrines et pratiques politiques des écologistes français et des relations surprenantes de deux partis politiques avec ces « mamanjaipeurs ».

         • la seconde est l’étonnant amendement proposé par Mme Brigitte Allain (député écologiste de la Dordogne) : une correction toute simple — remplacer « MON810 » dans le texte de loi par « les plantes génétiquement modifiées ». Cette proposition est le signe d’un esprit simpliste (c’est un euphémisme), et montre plus généralement que les Verts ont une doctrine comme certaines sectes, avec des articles de foi qui ne font pas dans la nuance, ici interdire toutes les plantes génétiquement modifiées, là arrêter l’électronucléaire, ailleurs supprimer les cultures à bon rendement, et bien d’autres lubies. Mes voisins agriculteurs (maïs, colza, tournesol…) me disent souvent que s’ils pouvaient semer un maïs résistant à certains prédateurs cela leur permettrait des économies substantielles en produits phytosanitaires. Un face-à-face avec Mme B. Allain, agricultrice également, serait plein d’intérêt !

 

Si vous souhaitez vous documenter sérieusement sur ces sujets je vous recommande :

         • OGM, la question politique. (Marcel Kuntz - Presses universitaires de Grenoble - janvier 2014) : tout à fait adapté au débat cité ci-dessus.

         • Ils ont perdu la raison. (Jean de Kervasdoué - Robert Laffont - janvier 2014) : sur les lubies gouvernementales récentes et à venir.

         • La démocratie des crédules. (Gérald Bronner - Presses universitaires de France - mars 2013) : pourquoi la désinformation domine dans les médias, en particulier sur Internet ; sur le recul de la pensée et du discours rationnel.

         • Un excellent site Internet pour se tenir informer de l’état des connaissances sur beaucoup de sujets visés par la désinformation, de l’Association pour l’information scientifique (AFIS) bien entendu accusée de « scientisme », d’être suppôt des lobbies OGM, nucléaire, téléphoniques… par les « mamanjaipeurs ».

 

Voir ci-dessous deux extraits de ce débat du 15 avril 2014 à l’Assemblée Nationale.

Source  et en vidéo  

 

CITATION 1 :

  — M. BERNARD ACCOYER. Cette nouvelle proposition de loi interdisant la mise en culture du maïs génétiquement modifié MON 810 est, comme les précédentes, contraire à la Constitution mais également à plusieurs dispositions légales et réglementaires. Elle n’a pas de fondement scientifique sérieux. Elle s’inscrit dans une idéologie et un renoncement politiques qui s’opposent au progrès en s’appuyant sur des allégations sans preuve et des peurs injustifiées.

 

  Le choix du Gouvernement de soutenir cette proposition de loi, qu’il a fait inscrire dans son ordre du jour réservé, revêt un caractère paradoxal. D’une part, le Gouvernement affiche dans ses discours l’objectif de redressement économique et de compétitivité en se tournant vers la recherche et l’innovation, une démarche justifiée que nous partageons, mais, d’autre part, il barre la route à la transgénèse, à nos semenciers, à l’agriculture française, à l’innovation et au progrès. Même si le Gouvernement français n’est pas le seul en Europe à refuser la transgénèse, il est celui dont l’attitude est la plus acharnée, la plus incompréhensible sur le plan scientifique et sur le plan économique. Cette attitude s’inscrit dans une dérive déconstructrice qui menace les fondements de notre société et de notre histoire nationale.

 

  Monsieur le ministre, mes chers collègues, puisque que j’ai l’honneur de soutenir une motion de rejet préalable au nom du groupe UMP, je dois d’abord rappeler que cette proposition de loi est contraire à l’article 88-1 de la Constitution, qui reconnaît le principe de primauté du droit européen sur la loi française. Elle est également contraire à l’article 54 du règlement 178/2002 du Parlement européen et du Conseil du 28 janvier 2002 qui fixe les procédures que tout État membre doit respecter pour assurer la sécurité alimentaire de ses citoyens. En effet, le droit européen ne permet pas aux États de prendre une mesure d’interdiction générale de la mise en culture de variétés de maïs génétiquement modifié sur son territoire national. Pour prendre de telles mesures de suspension ou d’interdiction de l’utilisation ou de la mise sur le marché d’un OGM tel que le MON 810, l’État membre doit informer la Commission des mesures envisagées et établir, je cite, « outre l’urgence, l’existence d’une situation susceptible de présenter un risque important mettant en péril de façon manifeste la santé humaine, la santé animale ou l’environnement ». Or nous ne sommes pas devant un tel péril.

  Le Conseil d’État l’a rappelé dans son arrêt en date du 28 novembre 2011, faisant suite à un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne en date du 8 septembre 2011. Cet arrêt du Conseil d’État a d’ailleurs annulé l’arrêté ministériel de 2007 suspendant l’utilisation des semences de maïs MON 810. Le Gouvernement français a de nouveau essayé de faire jouer la clause de sauvegarde, en 2012, mais ce nouvel arrêté a été à son tour annulé par le Conseil d’État le 1er août 2013. Je voudrais rappeler les motifs de cette décision du Conseil d’État, quasi identique à celle qu’il avait rendue le 28 novembre 2011 à l’encontre d’un arrêté pris par le précédent gouvernement. Je cite l’arrêt du Conseil d’État : « Il ressort des termes mêmes de l’avis du 8 décembre 2011 de l’Autorité européenne de sécurité des aliments que le maïs génétiquement modifié MON 810 n’est pas susceptible de soulever davantage de préoccupations pour l’environnement que le maïs conventionnel. » Le Conseil d’État s’est appuyé sur l’avis des agences publiques européennes telles que l’Autorité européenne de sécurité des aliments. Or, si la France s’est elle aussi dotée d’agences, c’est pour disposer d’avis scientifiques objectifs offrant le maximum de garanties. Si nous essayons de les faire mentir quand ces avis ne nous conviennent pas, à quoi bon avoir créé ces agences et sur quels repères scientifiques s’appuyer ? 

 

  Cette interdiction ne peut pas davantage se fonder sur le principe de précaution proclamé par la Charte de l’environnement inscrite dans le Préambule de la Constitution. Ce principe dispose, je cite, que « lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. »

  En l’espèce, les innombrables études scientifiques déjà réalisées, les millions d’hectares de surfaces cultivées dans le monde sans aucun dommage, même minime, permettent d’écarter « l’éventualité d’un dommage pouvant affecter de manière grave et irréversible 1’environnement ». L’interdiction que le groupe socialiste nous propose aujourd’hui d’adopter n’est pas, à l’évidence, une mesure proportionnée au sens de la Charte de 1’environnement. Cette interdiction se fonderait sur une approche purement hypothétique du risque, sur de simples suppositions scientifiquement jamais vérifiées.

  À cet égard, je veux souligner que la publication de Campagne et al., 2013, expressément citée – c’est d’ailleurs la seule – dans l’exposé des motifs de la proposition de loi du groupe SRC, n’apporte pas de nouvel élément scientifique probant. Et pour cause, l’insecte ravageur Busseola fusca auquel cette publication se réfère est un papillon présent uniquement en Afrique subsaharienne. Cette référence n’a donc pas de rapport avec le cas, comme l’a très bien rappelé Georges Pelletier, ancien directeur de l’INRA et membre de l’Académie des sciences, dans la lettre ouverte qu’il a adressée au Gouvernement le 20 janvier dernier.

 

  Ainsi, en aucun cas, le Gouvernement et sa majorité ne peuvent recourir à la loi pour prononcer l’interdiction. En effet, une fois que l’autorisation a été donnée, elle s’impose à l’ensemble des pays de l’Union européenne.

 

  En réalité, aucune situation d’urgence ni aucun risque pour la santé ni l’environnement ne justifie une telle proposition, parce que nous disposons en France d’un arsenal juridique d’encadrement des mises en culture des espèces OGM pleinement respectueux du principe de précaution, et élaboré après un travail approfondi.

  Nous avons légiféré en 2008 pour transposer la directive 98/8/CE. Le texte adopté a permis de doter la France de dispositions législatives équilibrées et complètes. Avec l’affirmation de la liberté de produire ou de consommer avec ou sans OGM, la volonté de l’agriculteur et celle du consommateur sont respectées. Ce texte fondateur a instauré un régime de responsabilité sans faute à l’égard du préjudice éventuel dû à une dissémination fortuite d’OGM. Il a également mis en place une information des citoyens par le biais d’un registre national des cultures OGM. Les questions de dissémination et de pollinisation croisée ont été traitées par l’instauration de distances appropriées entre différents types de cultures.

  Enfin, le législateur a pris soin de créer une instance unique, indépendante et pluridisciplinaire, le Haut conseil des biotechnologies. Au sein de cet organisme, il a bien distingué l’avis des experts, réunis au sein du comité scientifique, de la parole de la société civile, représentée par le comité économique, éthique et social, dans le respect des points de vue de chacun.

  Aujourd’hui, notre arsenal législatif est largement suffisant. Efforçons-nous simplement de le respecter et de l’utiliser comme il convient. Cette proposition de loi ne respecte donc pas les règles de notre constitution, ni la législation européenne, ni même nos lois en vigueur, et c’est pour cela que le Sénat l’a sanctionnée et que nous devons à notre tour la sanctionner.

 

  Monsieur le ministre, mes chers collègues, en vérité, derrière cette proposition totalement contraire à l’État de droit– nous l’avons démontré –, il y a surtout le chantage permanent qu’exercent les Verts sur leurs partenaires socialistes, sur le Gouvernement et les pressions qu’ils mettent sur les médias et l’opinion. A-t-on jamais vu une telle précipitation ? Quel danger imminent pour la population justifie une telle accélération de la procédure parlementaire sans que nous disposions d’une étude d’impact, sans l’avis du Conseil d’État, sans celui de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, ni celui du Haut conseil des biotechnologies ?

 

  C’est dans la même précipitation que les présidents de la commission du développement durable et de la commission des affaires sociales nous ont fait auditionner, toute affaire cessante, le professeur Séralini, scientifique contesté, le 9 octobre 2012, sur le mode d’un plan médias totalement opposé aux fondamentaux de toute publication scientifique méritant ce nom. Depuis, les conditions de réalisation de cette sulfureuse étude ont été récusées par la totalité de la communauté scientifique. Cette publication a même été retirée de son site par la revue qui l’avait mise en ligne.

 

  Cette précipitation des socialistes à courir une nouvelle fois derrière les Verts pourrait apparaître comme dérisoire, si elle n’était catastrophique pour la filière semencière française, longtemps la première du monde, filière qui est ainsi victime de l’idéologie et du sectarisme. Aujourd’hui, la recherche semencière française est dans une situation catastrophique. En réalité, est apparue en France, il y a une quinzaine d’années, une idéologie qui se refuse à accepter les données de la science. Cette idéologie n’accepte pas les données scientifiques objectives ni les conclusions rationnelles. Pourtant, celles-ci sont admises comme vérités par l’immense majorité de ceux et de celles qui composent la communauté scientifique mondiale.

  Les thèmes de prédilection de ces idéologues se caractérisent par de grossiers amalgames, des contre-vérités, des peurs et des menaces sur lesquels ils construisent leurs discours. Ainsi, parler comme eux des OGM, qui constituent un ensemble gigantesque et illimité, traduit une opposition de parti pris contre une technique qui permet de modifier les propriétés d’une espèce vivante. Or l’homme a depuis toujours, au travers du travail de sélection et de croisement, cherché à obtenir des semences pour produire les espèces végétales les plus favorables aux meilleures productions selon les besoins.

  Le préjugé de ces idéologues est de refuser la transgénèse végétale, quelle qu’elle soit, quand celle-ci est introduite par la main de l’homme. C’est sans fondement, c’est sans logique, c’est péremptoire ! Et pourtant, ces idéologues ont réussi à convaincre une part importante de l’opinion publique. Il faut dire que leurs méthodes pour persuader sont celles de la manipulation sectaire, fabriquant leurs propres vérités, accusant leurs détracteurs de conflits d’intérêt et de corruption, les menaçant et allant même jusqu’à l’illégalité et à la violence comme l’ont fait les faucheurs volontaires de M. Bové, en détruisant cultures autorisées et expérimentations scientifiques avec la complaisance de beaucoup de médias friands de polémiques, de scénarios catastrophes, de complots et de peurs – autant de scénarios dont ces idéologues sont des spécialistes. Les premières victimes de ces idéologues sectaires sont les agriculteurs, les semenciers et les chercheurs : trois secteurs majeurs pour notre économie, notre compétitivité et notre avenir. Mais au-delà, ce sont tous les citoyens qui sont abusés et lésés. Les gouvernements successifs de notre pays ne sont pas sans responsabilité, car ils ont manqué et ils manquent toujours non seulement de culture scientifique, mais surtout de courage politique. C’est encore le cas aujourd’hui de la majorité et du gouvernement qu’elle soutient.

 

  Toutefois, je reconnais volontiers que, dans le passé, la majorité de droite n’a pas toujours fait preuve d’assez de courage et je le dénonce tout autant. Mais, mes chers collègues, il n’y a pas que la transgénèse qui est la cible de ces idéologues, il y a aussi les ondes de radiotéléphonie mobile, les vaccins ou les nanotechnologies, et pour chacun de ces domaines la remise en cause des vérités scientifiques admises a des conséquences paradoxales graves voire mortelles.

  Ainsi, réduire la puissance d’émission des antennes de radiotéléphonie mobile entraîne une émission beaucoup plus forte du téléphone portable lui-même et, par conséquent, une exposition plus importante de l’utilisateur. Admettez que c’est paradoxal ! Heureusement, à ce jour, aucun effet délétère sur la santé de ces ondes, telles qu’elles sont mises en œuvre, n’a été démontré scientifiquement. De même, la polémique, il y a plus de vingt ans, autour de la vaccination contre l’hépatite B, sans qu’aucune étude scientifique au monde ne l’ait depuis justifiée, a entraîné un abaissement du taux de couverture vaccinale de la population. Les Français sont donc aujourd’hui plus souvent que les autres Européens victimes de complications aiguës ou chroniques de l’hépatite qui, dans certains cas, peuvent être graves voire mortelles.

Ne doutons pas que la polémique récemment orchestrée autour du vaccin contre le cancer du col de l’utérus aura les mêmes effets sur le taux de couverture vaccinale et donc sur la morbidité et la mortalité par cancer du col de l’utérus.

Quant aux nanotechnologies, leurs contempteurs, qui se sont opposés violemment au déroulement du débat public organisé par le gouvernement Fillon, procèdent de la même façon par amalgames. Pourtant, je suis certain que lorsque l’un de ces opposants souffrira d’un cancer, ce que je ne saurais lui souhaiter, il acceptera sans protester les bénéfices remarquables que les nanotechnologies apportent à ces traitements comme à tant d’autres d’ailleurs.

 

Monsieur le ministre, mes chers collègues, au-delà de cette proposition de loi, ne croyez-vous pas qu’il est temps de retrouver un peu de bon sens et qu’au pays des Lumières, de Pasteur et de Joliot-Curie, nous ne devions dépasser nos différences politiques pour nous retrouver autour d’une volonté commune pour la recherche, l’innovation, bref l’utilisation du génie humain au profit du progrès ? L’histoire de l’humanité, comme la réussite de notre beau pays, en sont l’heureuse conséquence. Au-delà de l’inconstitutionnalité de cette proposition de loi que ne manquerait pas de sanctionner le Conseil constitutionnel, c’est aussi pour cela que je vous invite à voter cette motion de rejet préalable. 

 

(NDLR. J’ai supprimé les nombreuses petites interventions d’autres députés pendant cette remarquable analyse de M. Accoyer)

 

CITATION 2

  — Mme BRIGITTE ALLAIN. Cet amendement a pour objet de substituer aux mots « des variétés de maïs génétiquement modifié » les mots « de plantes génétiquement modifiées (… ) ». Je vous remercie, monsieur le président de la commission du développement durable, d’avoir rappelé que nous avions déposé une proposition de loi qui allait dans ce sens. Je vous remercie également d’avoir rappelé que c’est d’abord et avant tout un choix de société : quelle agriculture voulons-nous ? Quelle agriculture pour quelle alimentation ? Voilà le problème de fond !

Je ne reviendrai pas sur tout ce qui a été dit cet après-midi. Cela étant, chers collègues, je vous ai attentivement écoutés : vous n’avez cessé d’évoquer les « OGM », les « plantes OGM » – et quelquefois seulement, vous avez parlé du « maïs » : c’est restrictif, car cela ne concerne pas que le maïs. Allons-nous faire une loi pour chaque plante OGM ? Compte tenu de ce que j’ai entendu, je pense que vous ne pouvez qu’adopter le présent amendement, car sinon ce serait incompréhensible. 

 

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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 19:00

L’avitaminose A

xerophtalmieLe manque de vitamine A est responsable d’affections de la vision et indirectement de la mort de 2 millions d’enfants chaque année (notamment là où le riz est l’aliment de base). L’éradication de l’avitaminose A en 2000, envisagée dans des résolutions de l’OMS, a échoué : seuls des succès limités par des distributions de gélules ont été enregistrés.

 

Une solution existe pour répondre à l’urgence

Ingo PotrykusLe Golden Rice (Riz Doré) produit du béta-carotène (précurseur de la vitamine A) dans l’albumen de la graine. On sait aujourd’hui que la consommation de quantités minimes de ce riz (40 g de riz sec par jour) éliminerait les symptômes les plus graves de la déficience en vitamine A.

 

Ingo Potrykus, l'un des pères du Riz Doré, présente son riz.

 

Lire un papier de Fabien Gruhier dans le Nouvel Observateur du 6 mars 2014.

 

Greenpeace en accusation

Certains, comme Greenpeace, continuent de désinformer sur le Riz doré qui, à leurs yeux, a le tort d’être un « OGM ».

La destruction d’un essai de cet OGM humanitaire aux Philippines en août 2013 a suscité la réprobation.

Lire aussi : « Sauvez les baleines, oubliez les enfants »

et le communiqué de l'AFIS: un OGM pouvant sauver des vies serait-il politiquement incorrect ?

 

Le combat de l’association GoldenRiceNow

AllowGoldenRice-Paris

 

Une interview de Patrick Moore, l’un de ses porte-paroles et ancien de Greenpeace, par Irène Inschauspé dans L’Opinion du 15 avril 2014, à l’occasion d’une visite à Paris d’une délégation de la GoldenRiceNow Society.

 

 

Klaus Ammann, Patrick Moore & Michael Moore à ParisKlaus Ammann-Paris

 

 

 

 

 

 

 

 

Klaus Ammann défie Greenpeace au Jardin du Luxembourg, devant La Bocca della Verita, sculpture de Jules Blanchard, qui fait référence à la légende romaine selon laquelle on ne peut retirer sa main de la bouche de la Vérité que si l’on n’a jamais menti :

prêt à relever le défi, Greenpeace ?

 

 

Réconcilier Ecologie et Ethique

Dans sa vision idéologique, l’«écologie» politique a accumulé les mensonges sur les OGM et ne peut plus s’en dégager.

Condamner à mort des centaines de milliers d’enfants plutôt que de regarder les faits n’est pas moralement défendable.

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Plus que jamais, il faut poser la « question politique » au sujet de l’opposition aux OGM.

Le livre "OGM, la question politique".

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 23:02

winnie 3John Davison

Directeur de recherche (retraité), INRA Versailles, France

 

En 2011, la Cour européenne de justice (CEJ ) a rendu une décision en ce qui concerne l’affaire Bablok et autres contre le Land de Bavière (1). Du miel produit sur ​​la ferme de Bablok se serait révélé contenir du pollen de maïs génétiquement modifié MON810 (2,3). Il convient de noter qu'aucune preuve scientifique agréée n'a jamais été publiée en ce qui concerne la quantification du pollen de maïs MON810 dans le miel de Bablok.


Sur la base de ces « faits », et en référence au règlement ( CE) n°1830/2003, la CEJ a conclu que le miel Bablok contenait des ingrédients produits à partir d'OGM au sens du règlement. La situation a été encore compliquée par le fait que le maïs MON810 a été autorisé pour la culture et la consommation mais, à cette époque, le pollen MON810 n'avait pas été autorisé comme aliment (ce qui a été rectifié depuis). Le seuil toléré d’un tel  pollen non-autorisé est de 0 % .


winnie 2La décision de la CEJ a été prise sans tenir compte de la situation économique ou des conséquences sociales. L'Europe produit 200 000 tonnes par an et doit importer 140 000 tonnes supplémentaires. La décision de la CEJ a également été prise sans tenir compte de la sécurité du miel ; depuis, l'EFSA a affirmé dans un avis que le pollen de maïs MON810 est aussi sûr que celui d’un maïs non-GM .
En vertu de la décision de la CEJ, tout miel produit dans l'UE exigerait une quantification des OGM. Les coûts seraient particulièrement élevés en raison de la tolérance 0% imposée par la ECJ et serait insupportable pour les apiculteurs amateurs de l'UE. Un rapport du Parlement européen (PE) (4) a déclaré que  « le coût des tests pourrait même dépasser les coûts actuels de production par ruche. Il se peut même que l'introduction de nouvelles exigences incitera certains apiculteurs amateurs à cesser de produire du miel ». En ce qui concerne le miel importé, qui provient principalement d'Amérique du Sud et la Chine qui sont des producteurs d'OGM, le miel aurait besoin de quantifications nombreuses et coûteuse, puisque, selon la décision de la CEJ, les autorisations communautaires sont nécessaires quelle que soit la proportion de matériel génétiquement modifié dans le miel.


Le résultat de l'arrêt de la CEJ en 2011 était de semer la confusion dans le marché du miel, et par conséquent aucune décision n’a été prise pendant plus de 2 ans. Récemment, la Commission européenne a tenté de désamorcer la situation en proposant que le pollen dans le miel ne soit pas considéré comme un ingrédient mais comme un constituant naturel (4). Le PE (15.01.2014 ) a accepté cette proposition (5) . Cela aura pour effet que l'étiquetage ne ​​sera requis que si le pollen d’OGM dans le miel dépasse 0,9 % du miel total. Puisque le % de pollen dans le miel est compris entre 0,005 et 0,05 %, le seuil de 0,9% ne sera jamais dépassé et l'étiquetage ne ​​sera jamais nécessaire.


Malheureusement, comme avec la plupart des affaires européennes, « ne dites pas que l’opéra est fini tant que la grosse dame n’a pas chanté ». La décision passe désormais du Parlement européen au Conseil européen et, même après cela, il pourrait être contesté devant les tribunaux européens (où tout a commencé).


MON810 est maintenant le seul OGM cultivé commercialement dans l'UE . D'autre part, les pays non-membres de l'UE, à partir de laquelle l'UE importe du miel, cultivent des variétés de plantes génétiquement modifiées qui ne sont pas autorisées dans l' UE. Dans le cas où le pollen de ces cultures était trouvé dans le miel, le seuil de tolérance serait de 0 % (malgré le fait que 0% ne peut pas être mesuré par les méthodes scientifiques actuelles (6). Cela aurait pour effet de bloquer l’exportation de miel et de créer une pénurie de miel dans l'UE.


winnie 1Pour terminer, il faut se demander ce que la Cour de justice, la Commission européenne et le Parlement européen estiment avoir atteint. La Cour de justice et le Parlement européen ont pris des décisions où ils n'ont pas la compétence ni les connaissances scientifiques, et sans égard pour les conséquences économiques ou sociales. La CE, en revanche, dispose de l'expertise mais souffre d'ingérences politiques constantes et doit faire des compromis. Certes, l'Europe est un meilleur endroit avec du miel que sans miel, et sans doute que les abeilles et
le style de vie des apiculteurs valent la peine d'être défendus, car il apporte d'énormes avantages autres que le miel. Un point de vue similaire a été soulevé par le rapporteur du PE Julie Girling (7) « Je vous pose la question : voulons-nous vraiment baser la législation sur un faux principe et forcer ensuite les petits apiculteurs à abandonner leur activité ? » Le rapport Girling a été adopté par 430 voix pour, 224 contre et 19 abstentions. Il semble que 36 % de membres du PE ont préféré détruire l'industrie européenne du miel par déférence pour leurs sentiments anti-OGM.


Enfin, pour éviter la polémique, il convient de rappeler que cette discussion ne porte pas sur la sécurité alimentaire (l’EFSA a depuis longtemps émis sa recommandation sur le pollen du maïs MON810). Cette discussion porte seulement sur ​​la signification des mots « ingrédient »  et  « constituant » et sur les conséquences de ces significations. « Quand j'emploie un mot », dit Humpty Dumpty d'un ton assez méprisant, « cela signifie juste ce que je veux qu'il signifie - . Ni plus ni moins » (Lewis Carrol , 1871) .

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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 11:06

Tom Nichols, The Death Of Expertise. Read the original English version

 

Je suis (ou du moins je pense que je suis) un expert. Pas sur tout, mais dans un domaine particulier de la connaissance humaine, plus précisément les sciences sociales et les politiques publiques. Quand je dis quelque chose sur ces sujets, je m'attends à ce que mon opinion ait plus de poids que celle de la plupart des autres personnes.

 

Je n'ai jamais pensé que c’étaient là des déclarations particulièrement controversées. Mais il s'avère qu’elles le sont. Aujourd'hui, toute affirmation d’une expertise produit une explosion de colère chez certains, qui se plaignent que ces allégations ne sont que  de fallacieux « appels à l'autorité », des signes évidents d’un insupportable  « élitisme », et reflètent une évidente tentative d’étouffer le dialogue nécessaire dans une démocratie «réelle».

 

Mais la démocratie désigne un système de gouvernement, pas un état réel d'égalité. Cela signifie que nous jouissons des mêmes droits, contre le gouvernement, et l’un par rapport à l'autre. Ayant des droits égaux ne signifie pas avoir des talents égaux, les mêmes capacités ou des connaissances égales.  Cela ne veut pas dire assurément que «l'opinion de tout un chacun sur n’importe quel sujet soit aussi valable que celle de n'importe qui d'autre ».Et pourtant, cela est maintenant consacré comme le credo d'un bon nombre de personnes bien qu’il s’agisse d’un non-sens évident.

 

Je crains que nous assistions à la «mort de l'expertise»: l'effondrement de toute division entre les professionnels et les profanes, les enseignants et les étudiants, les connaisseurs et les simples curieux ; un phénomène alimenté par Google, qui s‘appuie sur Wikipédia, et qui baigne dans les blogs. En cela, je n’affirme pas la mort de l'expertise réelle, la connaissance de choses spécifiques qui distingue certaines personnes par rapport à d’autres dans divers domaines. Il y aura toujours des médecins, des avocats, des ingénieurs et d'autres spécialistes dans divers domaines. Au contraire, ce que je crains est la mort de la reconnaissance de l'expertise comme quelque chose qui doit changer nos pensées ou changer la façon dont nous vivons.

 

C'est une très mauvaise chose. Oui, c'est vrai que les experts peuvent faire des erreurs ; les catastrophes, de la thalidomide à l'explosion de Challenger, nous le rappellent tragiquement. Mais la plupart du temps, les experts font mieux que les autres; les médecins, quelles que soient leurs erreurs, sont plus efficaces que les guérisseurs ou les remèdes de grand-mère. Rejeter la notion d'expertise en raison de l’exigence moralisatrice que chaque personne a droit à sa propre opinion est stupide.

 

Pire, c'est dangereux. La mort de l'expertise est un rejet non seulement des connaissances, mais de la façon dont nous acquérons la connaissance et apprenons les choses. Fondamentalement, il s'agit d'un rejet de la science et de la rationalité, qui sont les fondements de la civilisation occidentale elle-même. Oui, j'ai dit «civilisation occidentale»: qui a pu être paternaliste, ethnocentrique, raciste même,  qui a créé la bombe nucléaire et le … New Coke, mais qui également garde en vie les diabétiques, fait voler des avions de ligne géants, et rédige des documents comme la Charte des Nations Unies. […]

 

A l'âge des ténèbres - avant les années 2000 -, les gens semblaient comprendre, d'une manière générale, la différence entre experts et profanes. […] Le public, en grande partie, était spectateur. Ce fut à la fois bon et mauvais. […] Le débat politique était parfois trop ésotérique, réalisé moins pour éclairer le public et que pour permettre aux experts de jargonner.

Personne - pas moi, en tout cas – ne veut revenir en arrière. J'aime le 21e siècle, et j'aime la démocratisation du savoir et le cercle plus large de la participation du public. Cette plus grande participation, cependant, est menacée par l'exigence totalement illogique que chaque opinion doit avoir un poids égal […]. Si cela continue, les experts vont revenir à ne parler qu’entre eux. Et c'est mauvais pour la démocratie. […]

 

Personnellement, je ne pense pas que les technocrates et les intellectuels doivent gouverner le monde: nous avons eu assez de cela à la fin du 20e siècle […].  En effet, dans un monde idéal, les experts sont les serviteurs, pas les maîtres, de la démocratie.

Mais lorsque les citoyens renoncent à leur obligation fondamentale d'en apprendre suffisamment pour se gouverner effectivement, […] les experts vont finir par gouverner par défaut.

 

Oui, vos opinions politiques ont de la valeur : vous êtes un membre d'une démocratie et ce que vous voulez, est aussi important que ce que n'importe quel autre électeur veut. En tant que profane, cependant, votre analyse a beaucoup moins de valeur et n'est certainement pas aussi bonne que vous le pensez.

Et comment puis-je savoir tout cela? Qui suis-je pour l’affirmer ? Eh bien, bien sûr, je suis un expert.


Sur l’idéologie postmoderne et relativiste, lire aussi : Menaces postmodernes sur la science

 

Sur l’instrumentalisation politique de l’expertise en France : le Haut Conseil des Biotechnologies (HCB) et la faillite de son comité ‘sociétal’.  A suivre...

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 12:31

  Lire le billet de Yann Kindo sur le nouveau Ministre de l’Ecologie.


martin-bove2Philippe Martin est effectivement un anti-OGM fanatique. Ainsi, un élu de la République, ancien Préfet !, n’a pas hésité à soutenir en personne les actes de vandalismes contre les essais au champ (tout à fait légaux) d'OGM.

 

 

 

 

 

A ce sujet, une précision extraite de mon papier:

Destruction of public and governmental experiments of GMO in Europe

Marcel Kuntz. GM Crops & Food, Vol. 3(4), pages 1-7, October/November/December 2012


  Police forces rarely attempt to stop destruction. This is especially

the case in France, where most destructions were announced

publicly in advance, giving, in theory, adequate time for police

forces to anticipate. The notable exception is September 5, 2004

in Solomiac (Gers) where gendarmes used tear gas when confronted

with activists determined to destroy a Monsanto maize

field trial, and the confrontation resulted in minor injuries for

2 demonstrators and 10 gendarmes. It should be mentioned

that the activists had received the supporting visit of Philippe

Martin, from the Socialist Party and Chair of the local Council

(Conseil Général du Gers) that morning.

 

Ce papier montre que sous couvert de lutte contre une "multinationale américaine", les destructions ont touché plus de 80 essais de la recherche publique en Europe, avec des éruptions clairement anti-sciences.

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 15:02

 

drapeau francaisLire la version en Français en bas de page

 

uk-flag Who wrote the Emergency Measures Document for the GMO MON810 maize?

by John Davison 

 

        In February 2012 the French Ministries of Agriculture and of Ecologie sent a document named "Mesures d’urgence concernant la mise en culture des semences de maïs génétiquement modifié MON810, au titre de l’article 34 du règlement n°  829/2003/CE" to the European Commission (EC). This document purportedly contained new information not considered in previous European Food Safety Authority (EFSA) evaluations. The document had the objective of preparing the way for a new ban on MON810 maize (the previous bans having been declared illegal by the European Court of Justice and by the French Conseil d'Etat). Such a ban was then imposed in March 2012 just a few weeks before the fall of the Sarkozy government and just before the maize planting season.

The EC then translated this document into English and forwarded it to EFSA who immediately rejected it as containing no information not considered in previous evaluations.

 

The Emergency Measures document has been subjected to a point by point analysis regarding its scientific validity and was the subject of a recent publication by Kuntz, Davison and Ricroch in the prestigious international journal Nature Biotechnology. It was found that poor studies were cherry-picked,and authentic scientific reports, including those of the EFSA, were distorted, misquoted and falsely interpreted. Other scientific articles relevant to the subject but providing a different picture were ignored. Rebuttals from several authors cited in the French document are also made public in this new publication.

 

Who wrote Emergency Measures Document?

The manuscript by Kuntz, Davison and Ricroch was written for an international audience, being concerned with the increasing tendency of EU member states to falsify scientific results for political gain, and only briefly mentioned concerns specific to France. It mentioned, in passing, that the Emergency Measures document was totally anonymous. Who then was the author of this document? In reality, we do not know but several indications are relevant:

 

1) The document was written by the Ministry of Ecology, under Minister Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM), and then forwarded to the Ministry of Agriculture, under Minister Bruno le Maire, who then sent it to the EC.

 

2) Neither NKM, nor Bruno le Maire, have the necessary scientific qualifications (nor probably the time) to write such a document. Similarly the functionaries of these Ministries lack such expertise.

 

3) Certain experts of the Haut Conseil des Biotechnologies (HCB) undoubtedly have the expertise to write such a document. However, the HCB was not consulted on the preparation of the Emergency Measures document. Consequently, the chairman of the HCB,  Jean-François Dhainault, wrote to the  French prime minister M. François Fillon expressing the  displeasure of the HCB members and their  shock that “other expertise” was seemingly  used for the preparation of the document and that the conclusions of previous HCB reports had been ignored. M. Fillon did not reply.


4) We are thus left with the conclusion of M. Dhainault that the Ministry of Ecology used 'other expertise'. Who then was this person(s)?

        a) He (or she) did an excellent job of falsifying scientific results and reports and of hiding other known scientific publications that did not support his political agenda.

b) He was probably a scientist of relatively high standing and knowledge and thus known to the scientific community.

        c) He chose to remain anonymous: he did not seek scientific peer-recognition for his work.  He probably fears charges of scientific misconduct.

 

We may never know who was the author(s) of the Emergency Measures document unless he has the courage to reveal himself. The purpose of this article is to demonstrate (what we already know) that rogue scientists are present among us and the anti-scientific governments are willing to use them to suit their own political purposes.


In this respect, we make no difference between the Governments of Presidents Sarkozy and Hollande. While the Hollande Government has reversed a great many of 'innovations' of the previous government, it has done nothing to bring GMO regulation of GMOs under a rational scientific basis but simply continues Sarkozy's and NKM's politics.

 


drapeau francaisQui a rédigé la note de la mesure d’urgence contre le maïs MON810 ?

 

En février 2012, les ministères français de l'Agriculture et de l'Ecologie ont envoyé un document sur des « Mesures d'urgence concernant la mise en culture des semences de maïs génétiquement modifié MON810, au titre de l'article 34 du Règlement n° 829/2003/CE» à la Commission européenne (CE). Ce document contenait prétendument de nouvelles informations, non encore prises en compte dans les évaluations précédentes de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Le document avait pour objectif de préparer la voie à une nouvelle interdiction du maïs MON810 (les interdictions précédentes ayant été déclarées illégales par la Cour de justice européenne et par le Conseil d'Etat français). Une telle interdiction a ensuite été imposée par arrêté en mars 2012, uniquement quelques semaines avant la chute du gouvernement Sarkozy et juste avant la saison des semis de maïs.

La CE a ensuite traduit ce document en anglais et l'a transmis à l'EFSA qui l'a immédiatement rejeté comme ne contenant aucune information non prise en compte dans les évaluations précédentes.


Le document sur les mesures d'urgence a été soumis à une analyse point par point concernant sa validité scientifique et a fait l'objet d'une publication récente par Kuntz, Davison et Ricroch dans la prestigieuse revue Nature Biotechnology. Il a été constaté que des études de faible qualité ont été sélectionnées à dessein en fonction des objectifs politiques, et que des rapports scientifiques authentiques (y compris ceux de l'EFSA) ont été déformés, mal cités et faussement interprétés. D'autres articles scientifiques pertinents pour le sujet, qui  donnaient une image différente, ont été ignorés. Les réfutations de plusieurs auteurs cités dans le document français sont également rendues publiques dans cette nouvelle publication.

Qui a écrit la note des mesures d'urgence ?
Le manuscrit par Kuntz, Davison et Ricroch a été écrit pour un public international, qui est inquiet de la tendance croissante des Etats membres de l'UE à falsifier les résultats scientifiques à des fins politiques ; il n’y est que brièvement mentionné des préoccupations spécifiques à la France. Il est mentionné en passant le fait que le document sur les mesures d'urgence était totalement anonyme. Qui était alors l'auteur de ce document ? En réalité, nous ne le savons pas, mais plusieurs indications sont pertinentes:


1) Le document a été rédigé par le ministère de l'Ecologie, sous l’autorité de Nathalie Kosciusko-Morizet, puis transmis au ministère de l'Agriculture dirigé par Bruno Le Maire, qui l'a ensuite envoyé à la CE.

NKM maire de Paris
2) Ni NKM, ni Bruno Le Maire, n’ont les qualifications scientifiques nécessaires (ni probablement le temps) pour écrire un tel document. De même, les fonctionnaires de ces ministères n'ont pas cette expertise.


3) Certains experts du Haut Conseil des Biotechnologies (HCB) ont sans aucun doute l'expertise nécessaire pour écrire un tel document... Toutefois, le HCB n'a pas été consulté sur la préparation du document sur les mesures d'urgence. En effet, le président du HCB, Jean-François Dhainault, a écrit au Premier Ministre français, M. François Fillon, en exprimant le mécontentement des membres du HCB et leur choc qu’« une expertise autre » a été apparemment utilisée pour la préparation du document et que les conclusions des rapports précédents du HCB avaient été ignorées. M. Fillon n'a pas répondu.


4) Si nous suivons M. Dhainault, que le ministère de l'Ecologie a utilisé une autre expertise, qui alors était cette ou ces personne(s) ?

a) Il (ou elle) a fait un excellent travail de falsification de résultats scientifiques et de rapports, et d’omissions d'autres publications scientifiques connues qui ne confortaient pas son agenda politique.

b) Il est probablement un scientifique de bon niveau, avec une relativement bonne connaissance du sujet, et donc connu de la communauté scientifique.
c) Il a choisi de rester anonyme : Il n'a pas cherché la notoriété scientifique chez ses pairs et craint probablement des accusations de fraudes scientifiques.


Nous ne saurons jamais qui ont été le ou les auteur(s) de la note des mesures d'urgence, sauf s’ils ont le courage d’apparaitre au grand jour. Le but de cet article est de montrer (ce que nous savons déjà) que des scientifiques peu scrupuleux sont présents parmi nous et que les gouvernements anti-scientifiques sont prêts à les utiliser pour répondre à leurs propres buts politiques.


À cet égard, nous ne faisons aucune différence entre les gouvernements des Présidents Sarkozy et Hollande. Alors que le gouvernement Hollande a annulé un grand nombre de mesures du gouvernement précédent, il n'a rien fait pour mettre la réglementation sur les OGM sur une base scientifique rationnelle, mais continue simplement la politique de Sarkozy et NKM.

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 15:26

Le Haut Conseil des Biotechnologies (HCB) a été saisi du dossier de demande de renouvellement d’un essai de peupliers transgéniques que l’Inra d’Orléans étudie depuis 1999. Il s’agit de peupliers modifiés dans leur teneur en lignine, à l’origine pour la fabrication de pâte à papier, et plus récemment, pour la production de bioénergie.

 

Le Conseil Scientifique du HCB a procédé à une évaluation du dossier (dont les risques pour la santé et l’environnement) et a émis un avis favorable (en date du 15 avril 2013) à la poursuite de l’essai, accompagné de recommandations concernant les mesures de précaution et surveillance.

 

Un CEES toujours aussi sectaire

 

Dans un document en date du 12 avril 2012, le Comité « économique, éthique et social » (CEES) du HCB a donné sa « recommandation ».

Rappelons que ce Comité est en fait un forum de différents lobbies et que le gouvernement de Nicolas Sarkozy y avait donné la majorité aux anti-OGM.

Rappelons aussi que ce CEES avait implosé en janvier 2012 (démission de membres dont la CFDT, la FNSEA, etc.).

Au sujet de ces peupliers, le CEES s’est autoproclamé expert dans la sécurité de l’expérimentation, a péroré sur l’ « aptitude de l’expérimentation à fournir des connaissances scientifiques », a disserté sur la « transparence de l’expérimentation » et en conclusion s’est déclaré « défavorable à la poursuite de l’essai », ce qui n’est pas une surprise eu égard à la composition baisée de ce Comité.

 

Le gouvernement Hollande va-t-il poursuivre cette farce ?

 

Le lobby de l’écologie politique est représenté au CEES par Greenpeace, la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique, France Nature Environnement, la Confédération Paysanne, les Amis de la Terre, l’Union Nationale des Apiculteurs de France, sans compte d’autres organisations imprégnées par cette idéologie.

 

Mais toute farce trop jouée finit par ne plus être drôle : ainsi les représentants des associations de consommateurs, pourtant d’autres grands marchands de peur (lire une critique d’un livre de la CLCV) ont cette fois-ci voté pour la poursuite de l’essai (sous conditions).

 

Lire l'analyse de Jeanne Grosclaude (ancienne représentante de la CFDT au CEES, démissionnaire):
"Ce gouvernement sera-t-il cohérent avec sa volonté affichée de défendre la compétitivité de l’économie française , y compris contre les idéologues qu’il tolère en son sein ?"

 

Commentaire MK : La réponse est déjà connue, avec F. Hollande qui a accepté la fermeture de Fessenheim dans un deal politicard lamentable, avec d'autre part un Ministre de l'agriculture, S. Le Foll, qui a  réussi l'exploit d'insérer 4 contre-vérités en 8  lignes d'un communiqué sur les pesticides néonicotinoïdes !

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 20:36

Protesters-destroy-GMKKK

Destructeurs d'OGM (source)                                     Ku Klux Klan (source)

 

Pas politiquement correct cette comparaison ? Alors examinez quelques faits en cliquant sur les liens ci-dessous: 

 

Destruction des expériences de la recherche publique et gouvernementale sur les OGM en Europe : Environ 80 actes ont été répertoriés

 

Une idéologie anti-science qui s’affiche : témoignages de chercheurs

 

Après les OGM, les variétés non-OGM             Deux anti-OGM repentis parlent

 

EDITO

Au delà de cette similitude vestimentaire et dans la volonté d'intimidation par le nombre (comparaison n'est pas raison, mais...):
le terme « pollution génétique » (souvent utilisé par les anti-OGM) l’atteste, ce que l’on traque c’est de l’ADN impur…

 

Or il n’y a pas d’ADN (ou de gène) ‘propre’ et d’ADN (ou de gène) ‘sale’. L’ADN est toujours formé d’un enchainement de 4 nucléotides et est chimiquement identique dans tous les organismes. 


Proposer aux consommateurs différentes filières n’est pas un commerce illégitime (bien que sans base scientifique en terme de sécurité). Cependant… la posture des anti-OGM procède d’une logique de confrontation étrangère à la notion de coexistence, et révèle une conception qui se rapproche plus de certaines théories raciales que d’une compréhension saine de la nature d’un gène. 


Les gènes "sales" étant ceux que l’homme transfère, et les gènes "propres" ceux que la nature modifie par « hasard » et par « nécessité ».

C’est donc une vision de détestation de l’activité humaine. Vision d’autant plus fallacieuse que l’homme a modifié les génomes des plantes cultivées depuis l’invention de l’agriculture. 

 

Il est possible de se placer dans un cadre de pensée éthiquement différent, sans traquer l’ADN, mais en définissant des obligations de moyens pour tous les acteurs des filières.

 

LECTURE INDISPENSABLE

Les OGM  et les nouveaux vandales : un texte de François Ewald & Dominique Lecourt, écrit en 2001...

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 20:28

Par Henry I. Miller

 

Pensez ce que vous voulez de Greenpeace, l’organisation a toujours eu du flair pour la publicité. Depuis ses débuts quand  elle détournait les harpons et les baleiniers japonais dans des hors-bords, elle a montré une aptitude à utiliser les médias, ainsi que pour le théâtre politique, avant de  devenir ce géant avec plus de 360 millions de dollars par an et des bureaux dans plus de 40 pays.

 

Mais ce que peu de gens savent, c’est que Greenpeace ne fait pas que sauver les baleines et d’autres créatures marines attachantes. Sa machine de relations publiques est maintenant le fer de lance d’un effort pour priver des millions d’enfants dans les pays les plus pauvres d’une nourriture essentielle à l’éradication de la cécité et de la mort.

 

riz doréLes cibles sont les nouvelles variétés végétales appelées collectivement riz doré. Le riz est une nourriture de base pour des centaines de millions de gens, spécialement en Asie. Bien qu’il soit une excellente source de calories, il manque de certains microéléments indispensables  à un régime complet. Dans les années 80 et 90, les scientifiques Allemands Ingo Potrykus et Peter Beyer ont développé le riz doré qu’ils ont « biofortifié » ou enrichi par des gènes codant pour la synthèse de béta-carotène, précurseur de la vitamine A.


xerophtalmieLa déficience en vitamine A est épidémique parmi les populations pauvres dont le régime est principalement composé de riz ne contenant ni béta-carotène ni vitamine A. Dans les pays en développement,  200 à 300 millions d’enfants d’âge préscolaire risquent une déficience en vitamine A ce qui augmente leur susceptibilité à la maladie, y compris la rougeole et les troubles diarrhéiques. Chaque année, environ un demi million d’enfants deviennent aveugles  par manque de vitamine A et 70% d’entre eux meurent au bout d’un an.

 

Le riz doré pourrait ainsi contribuer à la santé humaine, comme l'a fait le vaccin antipolio de John Salk. Au lieu de cela, des groupes anti-technologistes tels que Greenpeace ont déjà donné aux législateurs précautionnistes des prétextes politiques pour retarder les autorisations.

 

La nourriture dérivée d’organismes transgéniques a été la bête noire de groupes d’extrême-gauche pendant des années, peut-être parce qu’elle combine deux « grands satans », celui du « non-naturel » et souvent celui de leur obtention par des labos de recherche privés. Greenpeace n’a pas été ébranlée par le consensus scientifique sur la sécurité des cultures génétiquement modifiées - un consensus qui est le résultat de centaines d’expériences d’évaluation des risques et aujourd’hui de la grande expérience du monde réel qui a consommé cette nourriture. Rien qu’aux Etats-Unis, environ 85% du maïs et 91% du soja cultivés sont génétiquement modifiés, et après presque 20 ans de consommation dans le monde entier, pas un seul problème sanitaire ou environnemental n’a été rapporté.

 

PotrykusGreenpeace a varié dans ses arguments, en alléguant soit que les niveaux de béta-carotène dans le riz doré sont trop bas pour être efficaces, soit  qu’ils sont trop hauts et toxiques. Mais les essais de nourrissage ont montré la haute efficacité de ce riz pour prévenir la déficience en vitamine A. De plus, la toxicité est virtuellement impossible. Ainsi, sans aucune base scientifique pour soutenir son antagonisme, l’organisation a été forcée d’adopter une nouvelle stratégie : essayer de stigmatiser les Etats en développement qui examinent l’adoption de ces produits susceptibles de sauver des  vies.

 

En Août, Greenpeace a publié un communiqué de presse affirmant que 24 enfants avaient été utilisés « comme cobayes dans un essai de riz doré génétiquement modifié ». L’article  se référait aux résultats d’une étude de 2008 conduite par des chercheurs chinois et la Tuft University, et subventionnée par le département Américain d’Agriculture et le National Institute of Health.

 

L’étude de 2008 démontrait que les nouvelles variétés de riz doré fournissaient réellement assez de vitamine A et étaient en cela supérieures à l’épinard.  Quant à l’éthique de cette opération, l’article de journal établissait clairement que « les élèves et leurs parents avaient été consentants ». (NDLR : en fait ce qui est reproché aux chercheurs chinois, c'est que le document soumis aux parents mentionnait "riz enrichi en caroténoïdes" et non pas "transgénique")

 

police chinoiseCe communiqué de presse déclencha cependant une fureur en Chine. Des agences chinoises publièrent incorrectement que les chercheurs  avaient pratiqué de dangereuses expériences non autorisées sur des enfants pauvres. Quelques jours après, la police chinoise interrogea les chercheurs et les forcèrent à publier un désaveu de cette recherche.

 

Alors que Tufts coopère avec les organisations chinoises et les organismes responsables aux USA pour établir les faits, pour le moment, Greenpeace a atteint son but qui est de retarder significativement, sinon en réalité d’éliminer le développement futur du riz doré en Chine.

 

Greenpeace est aussi en train de transférer sa campagne de peurs vers d’autres nations. Aux Philippines, où des essais de riz doré sont en cours, Greenpeace avertit que « le prochain cobaye du riz doré peut être un enfant philippin » et a persuadé la conférence des Evêques Catholiques des Philippines, la plus haute autorité catholique de ce pays, de s’engager contre le riz doré.

 

crime contre l'humanitéLa raison pour laquelle Greenpeace - qui a aussi recueilli des fonds  en se vantant de saboter des efforts pour tester des cultures résistantes aux insectes qui utilisent moins de pesticide -  persiste dans certaines de ses campagnes n’a jamais été claire. Mais aucune de celles-ci n’est plus dangereuse pour les enfants du monde que son attaque sur le riz doré.

 

Le docteur Miller, médecin et biologiste moléculaire, est un membre de L’institut Hoover de Stanford University. Il a été le directeur-fondateur du Bureau de Biotechnologie de la FDA (Food & Drug Administration).

Son ouvrage le plus récent est The Frankenfood Myth (éd.Praeger, 2004).

 

Traduction de Colette Galleron. Read the original version here.

 

Lire aussi: « Better dead than GM fed » : on remet le couvert

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