Partager l'article ! Quelques mots à propos d’éthique appliquée (ou applicable) aux OGM: Les choix éthiques à propos des OGM sont liés au ...
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Marcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS dans le laboratoire de
Physiologie Cellulaire Végétale et enseignant à l’Université Joseph Fourier, Grenoble.
Ouvrage grand public (cliquez ici) :
Les OGM, l'environnement et la santé
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Les choix éthiques à propos des OGM sont liés au regard que l’on porte à la Nature. Avec Descartes, la Nature est devenue un objet de
connaissance dont la maîtrise apportait un bien pour l’homme, d’où une éthique de la connaissance qui, dans le
sillage des Lumières, a été portée par Kant au niveau des catégories de l’entendement humain et par extension est entrée dans le cadre déontologique des
devoirs moraux de l’homme envers lui-même et envers autrui.
Si l’éthique déontologique a toujours cours, un changement radical a été apporté par la prise en compte de l’être de la Nature, passé de l’ordre de l’objet admiré et contemplé à celui d’existant,
à une subjectivité sans sujet. Ainsi, Hans Jonas, devant les progrès de la technique a dégagé une
éthique de la responsabilité, contribuant à faire passer la morale d’un ordre formel à un ordre concret. Jonas a réagi
devant les débordements de la technique mettant en péril la Nature et a contribué de façon importante à l’établissement d’un fondement théorique de l’écologie. Cette dernière attitude s’est
développée, mais s’est aussi radicalisée.
Les scientifiques, notamment à propos des OGM, se trouvent très souvent à soutenir à la fois une morale de la connaissance associée à la maîtrise cartésienne de la Nature en vue du bien de
l’homme et à développer, devant les excès non contrôlés des technosciences, une éthique raisonnée du respect de la Nature. Cette éthique, synthèse de deux éthiques différentes révélées par l’histoire humaine, trouve un accord avec une éthique plus pragmatique, développée dans les milieux
anglo-saxons, qui sous couvert d’utilitarisme s’écarte - sans doute trop – d’une tradition gréco-européenne attachée à la défense d’une spécificité humaine.
Régis Mache, Professeur honoraire de l'Université Joseph Fourier, Grenoble
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L'homme est capable, toujours en raison de sa conscience, d'admettre que la Nature est un bien commun à tout le monde vivant, y compris lui-même. Fait-il pire qu'un vol de sauterelles, ou qu'un nid de fourmis-parasol ? Il le peut, oui, mais de plus en plus souvent, il répare ce qu'il a fait par nécessité (ouvrir une mine, par exemple, ou un site d'enfouissement de déchets), en reconstituant le paysage sacrifié.
@Sansparti : Certes cet article est emprunt d'abstrait et de philosophie mais je pense qu'il est aussi du devoir d'un scientifique de savoir s'élever de temps au temps au détour d'une discussion, d'un débat dont les problématiques dépassent le simple fait technique. C'est ce qui fait tout l'attrait des questions d'éthique ou de bioéthique par exemple. En effet, on est en droit de se demander si nous devons brider le progrès des évolutions techniques afin de respecter une morale qui devrait être universelle. La place spécifique de l'être humain dans le monde des vivants lui confère un important potentiel mais également une lourde charge. L'Homme doit ainsi protéger les autres êtres vivants (faune et flore au demeurant) mais également ses semblables. Si on fait une rétrospective succinte de ce que l'être humain a été capable ou pas de faire, on se rend bien compte que les limites morales sont souvent transgressées. J'en veux pour preuve les deux conflits mondiaux avec leurs expérimentations diaboliques, les bombes atomiques (Nagasaki et Hiroshima), les scandales de l'huile frelatée et du sang contaminé (on savait mais il fallait à l'époque garder la tête haute au mépris de la vie des gens) et plus généralement du réchauffement climatique (même si la quantification de la part de l'Homme dans celui-ci mérite d'être précisée). Tout ceci pour souligner l'importance de l'éthique au sens large du terme et du danger que représenterait une course en avant vers le progrès...
J'irais encore plus loin que vous. C'est, me semble-t-il, une régression encore plus archaïque qu'une déification de la nature à laquelle nous assistons dans notre malheureux monde postmoderne, c'est carrément un retour à l'animisme.
Bien à vous.