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Le propriétaire de ce site ne dit pas si les OGM c’est bien ou mal, s’il faut en manger ou pas. Il n'est payé ni par Monsanto, ni par Carrefour, ni par Greenpeace... (lire la suite).    ENGLISH VERSION uk-flag                                                    

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L'auteur

couvMarcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS dans le laboratoire de Physiologie Cellulaire Végétale et enseignant à l’Université Grenoble-Alpes, ses seules sources de revenus.

Dernier ouvrage grand public :

OGM, la question politique

 

 

Ouvrage précédent: Les OGM, l'environnement et la santé  

 

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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 08:59

Graines et produits dérivés de plantes génétiquement modifiées sont importés massivement en Europe et en France. Les cargos arrivent en provenance des Amériques et livrent chaque année plus de 40 millions de tonnes de maïs et de soja sous forme de graines ou de tourteaux, dont 10 % à destination de la France. Sans ce soja, source de protéines pour notre élevage, adieu veaux, vaches, cochons, couvées…

En toute logique, si ces importations sont autorisées, c’est que les produits en question sont considérés comme aptes à être consommés. Et pourtant ces mêmes produits sont interdits à la culture en France ou, plus exactement, il existe un consensus politique pour interdire la culture de maïs transgénique en France qui culmine avec la mise en place d’un moratoire en 2008. La dernière étape de ce feuilleton étant le vote de l’Assemblée nationale du 15 avril demandant l’interdiction de la culture du MON 810.


CHERCHEZ L'ERREUR

Rappelons tout d’abord qu’aucune démonstration, statistiquement solide, tirée de la littérature scientifique, ne vient à l’appui de la toxicité de variétés de maïs, issues de MON 810, sur rats ou souris de laboratoire. En toute logique, si ces OGM sont consommables mais pas cultivables, c’est que leur culture devrait entraîner des risques particulièrement élevés sur l’environnement mais pas sur la santé des consommateurs.

Examinons cette proposition au travers des tribulations du seul OGM cultivé actuellement en Europe (environ 100 000 hectares dans cinq pays de l’Union européenne). Ce maïs MON 810 produit une protéine, issue de Bacillus thuringiensis, qui permet de lutter spécifiquement contre les ravageurs que sont les chenilles de papillons (sésamie et pyrale).

 Dans notre douce France, plusieurs arguments sont avancés pour justifier cette interdiction. Le premier affirme que rapidement, la résistance de ce maïs sera contournée par ces ravageurs, ce qui n’a pas été observé après quinze ans de culture en Europe. Remarquons que pour deux espèces d’insectes ravageurs, sont apparues aux Etats-Unis, des résistances au biopesticide à base de Bacillus thuringiensis, sans que cela fasse l’objet d’un moratoire sur leur utilisation en agriculture biologique, en France ou en Europe. Le second est que certaines chenilles d’autres papillons se nourrissant sur des plantes au voisinage des champs cultivés en M0N 810 pourraient ingérer en même temps des grains de pollen issus de ces maïs et par là même être intoxiquées.


JOUER SUR LES ROTATIONS DES CULTURES

C’est le retour dans l’actualité du « syndrome du papillon Monarque » apparu aux Etats-Unis en 1999 et recyclé en Europe par un article théorique en 2013 à propos du papillon « Paon du jour ». Oui, théoriquement, ces deux risques existent mais ils sont infimes puisqu’ils n’ont pas été repérés aux champs après quinze ans de culture dans les pays européens autorisant la culture du MON 810. Rappelons que dans une population d’insectes, il existe toujours de rares individus portant une mutation qui ne se révèle que lorsqu’une molécule toxique élimine les individus sensibles à cette molécule. Si cette pression de sélection s’exerce en permanence année après année sur les mêmes parcelles cultivées, ce type de résistance est sélectionné. Cela est arrivé aux Etats-Unis après plusieurs années de monocultures de maïs Bt.

Pour minimiser ce risque, c'est-à-dire pour ralentir l’apparition de ce type de résistance chez les insectes ravageurs, fut mis en place un plan de gestion qui réservait 20 % de la surface cultivée en maïs non OGM (zone refuge). Ce refuge permet aux insectes résistants de se multiplier sans être soumis à la pression de sélection de la protéine Bt. Cela permet de maintenir, dans la population d’insectes, les individus sensibles à un niveau élevé et à maintenir les individus résistants à un niveau très bas. L’apparition d’insectes résistants indique que cette précaution est insuffisante. Il faut donc jouer sur les rotations des cultures, tenir compte de la fréquence de résistance dans la population de ravageurs et du type de résistance des insectes (résistance dominante ou pas) pour diminuer ce risque.


S’INSPIRER DE L’EXEMPLE AUSTRALIEN

C’est ce que l’expérience de la culture du coton Bt en Australie nous enseigne. Avant de mettre le coton Bt en culture à grande échelle, les autorités australiennes ont évalué ces différents paramètres en expérimentant au champ une gestion adaptative des risques avec des zones refuges allant jusqu’à 70 %. Dans ces conditions, la fréquence des individus résistants fut contrôlée. 

Ne pourrait-on, en France, s’inspirer de l’exemple australien afin d’évaluer effectivement les risques pour l’environnement et les risques socio-économiques, et les comparer aux risques courus en cultivant classiquement des variétés de maïs? A-t-on les moyens d’évaluer ces risques ? Oui, car la puissance publique a mis en place les outils nécessaires pour encadrer cette culture : le Comité de surveillance biologique du territoire (CSBT) permet le suivi des effets intentionnels et non intentionnels de ces cultures. Le Haut Conseil des biotechnologies (HCB) a proposé des approches pour permettre la culture sur un même territoire de variétés conventionnelles et génétiquement modifiées tout en respectant les itinéraires de culture biologique et conventionnelle. De même est paru le décret relatif à l’étiquetage des denrées alimentaires issues de filières qualifiées « sans OGM ».


« OGM INTELLIGENTS »

Tout est en place, mais tout est bloqué, alors que ce MON 810 permet une culture qui diminue l’usage d’insecticides, protège indirectement les cultures de maïs avoisinantes contre ces mêmes ravageurs, diminue indirectement la prolifération du champignon Fusarium produisant des mycotoxines cancérigènes, augmente indirectement le rendement et la biodiversité d’insectes dans les champs cultivés, sans effets sur les abeilles. Bref, MON 810 pourrait être rangé selon certaines personnes dans la catégorie des « OGM intelligents » quand d’autres le diaboliseraient.

Le point délicat en France, pour de nombreuses organisations anti-OGM est la labellisation des produits ne contenant pas d’OGM. C’est important pour certaines filières. Pour résoudre cette question, il est tout à fait possible que des agriculteurs de régions où sévissent les ravageurs, principalement dans le sud-ouest de la France et en Alsace puissent se concerter avec les apiculteurs pour mettre en place ce type de culture. Dans ces deux régions, il devrait être possible de trouver de façon pragmatique des organisations agricoles et apicoles prêtes au dialogue pour évaluer sur le long terme l’introduction de ce type de culture dans un agro-écosystème. Il n’est pas interdit d’imaginer qu’une telle proposition « naïve » puisse un jour prochain se réaliser sous l’égide des pouvoirs publics. Pour mettre à l’épreuve cette proposition, encore faudrait-il autoriser la culture du MON 810, culture autorisée en France en 2006 sur 5 000 hectares, puis en 2007 sur 22 000 hectares environ.


Jean Jacques Leguay (directeur de recherche du CNRS à la retraite). 

Publié par LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 21.04.2014

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Published by - dans Editos
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commentaires

Yves Leclercq 01/05/2014 11:06

Il ne faut pas rêver! Toutes les questions d'environnement et leurs à-côtés scientifiques sont verrouillés par une mouvance écologique extrémiste, qui ne laissera pas en repos les gouvernements, de
gauche (convertis) ou de droite(soumis à l'Inquisition). Si on peut noter un doute grandissant quant aux dogmes écologistes, aucune pénurie ne pèse sur l'opinion des consommateurs. Ils ne sont pas
près de se révolter contre ces interdits.