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Le propriétaire de ce site ne dit pas si les OGM c’est bien ou mal, s’il faut en manger ou pas. Il n'est payé ni par Monsanto, ni par Carrefour, ni par Greenpeace... (lire la suite).    ENGLISH VERSION uk-flag                                                    

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L'auteur

couvMarcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS dans le laboratoire de Physiologie Cellulaire Végétale et enseignant à l’Université Grenoble-Alpes, ses seules sources de revenus.

Dernier ouvrage grand public :

OGM, la question politique

 

 

Ouvrage précédent: Les OGM, l'environnement et la santé  

 

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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 20:40

Le temps  http://www.letemps.ch/

Lundi 7 janvier 2008

 

Les politiques anti-OGM sont scientifiquement infondées

 

Marcel Kuntz*, directeur de recherche au CNRS, Grenoble, s'insurge contre les incohérences du personnel politique et sa méfiance à l'égard des scientifiques qu'il choisit lui-même.

 

La politique concernant les OGM est une affaire trop sérieuse pour être confiée à des politiques. La flèche décochée par le très sérieux - et habituellement réservé - journal scientifique Nature Biotechnology (décembre 2007) est acérée. L'éditorial intitulé «Another inconvenient truth», en référence à Al Gore, désigne nommément le président de la République française, au sujet de l'interdiction de la culture du maïs génétiquement modifié MON810, à la suite du débat français sur l'environnement (le très nombriliste «Grenelle de l'environnement»). Interdiction considérée comme le «mouton sacrificiel» accordé aux «lobbies verts», un choix «strictement motivé par des ambitions politiques».

 

L'appel, sans attaques personnelles, d'un groupe de scientifiques auquel j'ai l'honneur d'appartenir** ne dit, sur le fond, pas autre chose: «Une décision de suspension de la culture des maïs GM, qu'elle dise son nom ou qu'elle soit dissimulée derrière des mesures réglementaires discriminatoires - donc dissuasives - n'aurait aucune justification scientifique, car elle ne s'appuierait que sur des incertitudes imaginaires voire mensongères.»

 

Les déclarations récentes du commissaire européen Stavros Dimas, qui propose de ne pas autoriser à la culture de deux maïs OGM bénéficiant d'un avis scientifique favorable de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) suscite, elles, l'ire de la Fédération européenne de biotechnologie qui évoque «la marginalisation de la science en Europe». Un éditorial ravageur (13 décembre 2007) de Nature, le journal scientifique faisant autorité, accuse Dimas de «détourner la science». Et dire que le présent système d'autorisation (voulu par certains Etats membres à l'origine du moratoire sur les autorisations de 1999 à 2004) devait selon la Commission bruxelloise (communiqué du 13 juillet 2000) reposer sur une «base strictement scientifique» et «rétablir la confiance dans la procédure d'autorisation des OGM»!

 

Les concepts de la réglementation européenne sont pourtant honorables: transparence, information du public à tous les échelons de la procédure d'autorisation des OGM, évaluation des risques afin de s'assurer que seuls les OGM «sûrs et sains» soient autorisés. Seulement voilà, le personnel politique n'a pas le courage de s'appuyer sur les travaux scientifiques de ses propres chercheurs. Il emboîte plus volontiers le pas des opposants sur le terrain subjectif du «pas assez d'études» et «on ne connaît pas les effets».

 

Or des OGM ont bien été autorisés par les autorités politiques. Le public entend ainsi qu'il faudrait plus d'études et en même temps que les OGM arrivent. Légitimement, sa réaction est la défiance. Par inconséquence, les politiques scient la branche de confiance (pourtant déjà mince) sur laquelle ils sont assis. Avec un peu de courage, n'eût-il pas mieux valu dire que beaucoup d'études sur les OGM existent déjà (plus que sur les autres pratiques agricoles)? Et que, de ce fait, certains OGM sont autorisés et d'autres non. Pourquoi ne pas expliquer qu'il n'y aura pas de mesures anti-OGM supplémentaires mais plutôt un suivi rigoureux accompagnant la commercialisation?

 

Au risque d'apparaître encore plus politiquement incorrect, j'oserais dire que si les politiques ont échoué, pourquoi ne pas confier la procédure d'autorisation entièrement aux scientifiques? On me rétorquera qu'il y a des scientifiques sceptiques sur les OGM. Certes, et heureusement! Ils ont toute leur place dans les procédures de suivi, dans le cas où l'organisme scientifique en charge du dossier délivrerait un avis favorable à la mise sur le marché. Etonnamment, le ministre allemand Horst Seehofer vient aussi de se prononcer en faveur d'une décision d'autorisation purement scientifique, sans interférence politique. Mais il demande un moratoire en attendant une nouvelle réglementation, ce qui suscite l'opposition de la commissaire européenne Mariann Fischer-Boel, qui craint les «conséquences dramatiques» d'une telle suspension. Le travail de sape continue.

 

Pour en revenir à la France, l'élite étatique que le monde entier lui envie vient de nommer une «Commission de préfiguration d'une haute autorité sur les organismes génétiquement modifiés chargée d'une mission temporaire de réflexion sur les missions, la composition et le fonctionnement de la haute autorité sur les organismes génétiquement modifiés» (sic). Les membres de cette commission, scientifiques ou non, ont bien sûr été nommés par les politiques, ce qui nous rassure sur la sérénité des travaux de «préfiguration» à venir...

 

Que nos voisins suisses ne se gaussent pas trop. Le moratoire helvétique (presque) sans essais au champ ne fait pas progresser la connaissance scientifique. Il pourrait mal «préfigurer» de l'avenir.

 

 

*Auteur de «Les OGM, l'environnement et la santé» (Editions Ellipses).

**http://nonaumoratoire.free.fr

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Published by Marcel Kuntz
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